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Investissements : le grand retour des matières premières
Les investisseurs ont clairement délaissé les matières premières en tant qu'opportunité de placement ces six dernières années, tant leur rendement a baissé depuis 2011 (de plus de 75% sur cinq ans), et alors que le cours du pétrole a connu depuis l'été 2014 une chute vertigineuse, passant de plus de 110 dollars le baril en juin 2014 à un point bas de 27 dollars fin janvier dernier. Si l'évolution du baril et de l'or jaune est encore incertaine à court terme, les commodities pourraient cependant redevenir une thématique d'investissement intéressante à moyen terme. Tel est en tout cas l'avis du responsable dette émergente et matières premières de Schroders, Geoff Blanning, qui s'exprimait ce matin lors de la conférence médias annuelle du gérant à Londres.
Selon l'expert, deux facteurs entraînent généralement une hausse du cours des matières premières : les périodes de forte croissance tout d'abord, qui favorisent la hausse de la consommation et donc la demande mondiale notamment en commodities. L'envolée de l'économie chinoise entre 2000 et 2007 a ainsi contribué à soutenir le cours des matières premières sur la période, et notamment celui des minerais et du pétrole. Autre facteur essentiel favorisant la hausse, la progression de l'inflation. Or, selon Geoff Blanning, ce second aspect, qui dépend en grande partie de la psychologie des investisseurs et de leurs anticipations sur le sujet, est de nouveau sur toutes les lèvres, après deux années de prix au plus bas. "Depuis six ans, les banques centrales ont massivement injecté des liquidités, sans que cela n'ait eu d'impact sur les prix. Les conditions sont désormais en place pour un retour de l'inflation et il ne manquait plus que le détonateur pour que les prix se redressent. L'élection de Trump pourrait bien être ce détonateur que tout le monde attendait", explique ainsi l'expert.
Quel est le lien entre hausse des prix et progression des rendements des indices matières premières ? Les investisseurs, anticipant une forte hausse des prix, souhaitent se protéger contre l'inflation. L'évolution du cours des matières agricoles et de l'énergie étant naturellement liée à celle de l'inflation, ces produits apparaissent donc comme des actifs efficaces pour se couvrir contre une éventuelle envolée des prix. Or les investisseurs sont de nouveau "bullish" à ce sujet : selon une enquête publiée hier par Merrill Lynch Bank of America, 80% des gestionnaires de portefeuille s'attendent à ce que les prix soient plus élevés l'an prochain. Les équipes de Schroders de leur côté, estiment que l'inflation pourrait retourner autour de 2% dès 2017 en Europe, en raison de la hausse des cours du pétrole et anticipent même une hausse des prix de 3% aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
A moyen terme, le métal jaune pourrait être un bon placement, bénéficiant de son statut de valeur refuge dans un contexte très incertain sur les marchés, lié aux récents chocs politiques aux Etats-Unis et en Europe. L'or a d'ailleurs déjà gagné près de 15% depuis un an. Mais selon Geoff Blanning des facteurs plus fondamentaux devraient également soutenir le cours du métal dans les prochaines années : de plus en plus de chinois y placent leur épargne, le marché actions du pays ayant à plusieurs reprises démontré son instabilité et sa grande volatilité, et alors que les autorités tentent d'enrayer la bulle dans l'immobilier. L'Inde, deuxième économie asiatique la plus importante est par ailleurs le premier acheteur en métal jaune au monde et devrait continuer d'en soutenir le cours. En 2017, le coton sera selon Schroders l'une des matières premières les plus rentables en raison du très fort déséquilibre entre l'offre (de 10% inférieure à la demande) et la demande, ce qui soutiendra les prix. Même constat pour le gaz naturel, dont la production américaine est largement inférieure aux besoins du pays.
Les équipes Schroders restent tout de même prudentes à court terme sur les matières premières notamment concernant l'évolution de l'or et du pétrole qui ont plutôt baissé ces dernières semaines et représentent un poids important dans les indices commodities : le prix du pétrole dépendra en grande partie des conclusions du sommet de l'OPEP fin novembre et de la capacité des pays membres de l'organisation à s'entendre sur la hausse du plafond de leur production. En cas d'échec des discussions au sein de l'OPEP, Geoff Blanning estime que le baril de Brent pourrait redescendre autour de 30 dollars, même s'il devrait repartir en milieu d'année prochaine et finir autour de 60 dollars. Le métal jaune par ailleurs pourrait temporairement souffrir de la hausse du dollar et des taux d'intérêts américains, suscité par l'élection du candidat républicain. Il a d'ailleurs perdu 5% depuis la victoire de Trump et l'envolée du billet vert. Mais, estime Schroders, une fois que les marchés auront réalisé l'an prochain que la Fed ne remontera ses taux que progressivement (le gérant anticipe une ou deux hausses des taux de la Fed pour 2017), le dollar pourrait repartir à la baisse ou du moins stopper sa progression, favorisant de nouveau le métal jaune.
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