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Sur les marchés
Après plusieurs mois de vache maigre, le high yield revient en odeur de sainteté
Le printemps revient avec un peu d’avance sur le marché obligataire spéculatif, mais avec vigueur. Un chiffre en atteste : selon Bank of America Merrill Lynch, les collectes nettes de l’obligataire high yield américain ont atteint 5,8 milliards de dollars lors de la semaine qui s’est clôturée le 3 mars, un record jamais atteint jusqu’à présent ! En parallèle, les Treasuries et fonds souverains ont décollecté 2,4 milliards de dollars, un plus haut de 16 semaines.
Ce retour de la demande a déjà eu un effet notable sur les spreads du marché spéculatif : après avoir atteint plus de 8% en début d’année en plein pic de volatilité et de retour de l’aversion au risque, il est revenu à 6,7% selon les données de Barclays, mais reste bien plus élevé que la moyenne à dix ans de 5,9%. La détente a également impacté le rendement total, qui est repassé dans le positif, à 1,5% vendredi dernier toujours selon Barclays.
Cela ne signifie pas pour autant que la grande rotation des capitaux est enclenchée : les Treasuries continuent de s’échanger à un niveau très bas de 1,8%. Ce qui montre que les investisseurs pensent que la Fed ne procèdera pas à quatre hausses de taux cette année comme prévu, et qu’ils favorisent toujours des placements refuge. Malgré cela, le sentiment général s’est amélioré après un début d’année apocalyptique sur les marchés : le pétrole a rebondi de près de 50% par rapport à son point bas du 20 janvier dernier, les statistiques américaines sont un peu meilleures, ce qui éloigne le spectre d’une récession du pays. Pourtant, ce rallye pourrait tourner court si des déceptions devaient arriver de la BCE ce jeudi, puis de la Fed la semaine prochaine et de la Banque du Japon.
Les volumes se reprennent puisque plus de 10 milliards de dollars de « junk bonds » ont été échangés depuis mi-février, contre une moyenne de 8,2 milliards de dollars pendant les 13 mois précédents, selon les données de MarketAxess Holdings. Les titres des groupes énergétiques américains, qui avaient particulièrement souffert ces derniers mois car ils ont misé sur l'essor du pétrole de schiste et se sont endettés massivement, sont ceux qui ont le mieux rebondi. Mais de manière générale, la demande se concentre sur les titres les mieux notés au détriment du CCC, qui a sous-performé ces dernières semaines. Il est plus délicat de se positionner sur la partie la plus risquée du marché, surtout pour de nouveaux émetteurs. Seuls 16 milliards de dollars de nouveaux titres spéculatifs ont été émis en 2016, soit une chute de 70% sur un an, selon les données de LCD (filiale de S&P). Goldman Sachs en a fait les frais sur le LBO de Solera Holdings, puisqu’il n’a pas réussi à placer les 2 milliards de dollars d’obligations high yield inaugurales prévues, et a dû compléter le financement avec un prêt à effet de levier.
Même constat en Europe, où les deux nouvelles émissions high yield qui ont tenté de se lancer n’ont pas trouvé preneur. « Les niveaux de cash sont élevés et la liquidité continue de se détériorer, ce qui amène à de forts mouvements dans un sens ou un autre », relève ainsi la société de gestion Muzinich & Co. Les acquéreurs européens comme américains ont donc tout intérêt à bien ficeler leurs financements en amont s’ils veulent faire aboutir leurs opérations. Mais aussi et surtout travailler sur la qualité du sous-jacent, car les investisseurs sont plus exigeants que jamais sur le risque de crédit auquel ils consentent.
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