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Wells Fargo, la fin d’une époque
Contrairement à ses concurrents Goldman Sachs, JP Morgan, Bank of America ou certaines banques étrangères, Wells Fargo avait échappé jusqu’à présent à la justice américaine. Faisant même figure de gestionnaire de bon père de famille l’empêchant de plonger dans les méandres judiciaires. Mais voilà que cette image de banque modèle s’effrite depuis quelques jours. En effet, la banque du Far West vient d’écoper d’une amende de 190 millions de dollars pour pratiques frauduleuses. Plus de 2 millions de comptes bancaires et de moyens de paiement fictifs ont ainsi été créés par les employés de la banque, dans le but d’atteindre les objectifs commerciaux qui leur étaient demandés. Cette pratique a couru pendant plusieurs années avant que le pot-aux-roses ne soit découvert. La banque se défend aujourd’hui en indiquant avoir licencié pas moins de 5300 personnes pour pratiques frauduleuses sur les 5 ans où les pratiques ont duré et assure avoir mis fin aux pratiques d’objectifs commerciaux.
Hier, le directeur général de la banque, John Stumpf, a dû s’expliquer sur cette fraude de grande ampleur, devant la Commission bancaire du Sénat américain. Alors que la semaine dernière, il avait rejeté la faute sur certains de ses employés qui avaient mis en place ce système, hier, il a finalement assumé la responsabilité de ces faux comptes. « J'assume l'entière responsabilité de ces pratiques de vente contraires à l'éthique », a-t-il déclaré devant les sénateurs et s'est dit prêt à respecter les décisions qui seront prises sur son sort par le conseil d’administration. Mais, même s’il assume la responsabilité de l’arnaque, il ne se dit en rien à l’origine de ces pratiques frauduleuses. En effet, John Stumpf dit n’avoir pris conscience de l’ampleur du phénomène qu’au début de l’année 2015, lors du départ en retraite de Carrie Tolstedt, responsable de la banque de détail jusqu’à cette date. Le départ la semaine dernière, pour un congé sans solde de la personne chargée de la gestion des risques dans la banque de détail a confirmé et amplifié l’ampleur du phénomène.
Wells Fargo a traversé plusieurs crises sans qu’aucun reproches ne lui soit fait. Même la crise financière de 2008 a été franchie sans encombre, sa gestion prudente ayant permis à sa banque d’investissement de ne pas entrer tête baissée dans les affres des subprimes. Elle a même profité de la crise pour racheter Wachovia, lui permettant d’étendre encore sa présence sur le territoire national. Mais pour les sénateurs, ce dernier scandale, qui touche l’une des banques les plus sûres, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Hier, Elizabeth Warren, la sénatrice démocrate du Massachusetts s’est emportée prenant à partie John Stumpf : « Vous devez démissionner, vous devez rendre l'argent que vous avez gagné, vous devez faire l'objet d'une enquête pénale ». Et d'ajouter qu'« une caissière qui vole une poignée de dollars est tenue responsable, mais les patrons de Wall Street ne le sont jamais, même lorsque, comme en 2008, ils mettent l'économie à terre ». L'ensemble des sénateurs était, certes, passablement exaspéré. D'abord parce que les banques ont presque toutes dû passer devant le Sénat pour se défendre de griefs multiples et variés, que ce soit dans les années 2000 avec les affaires Enron, WorldCom et la mise en avant de la trop grande proximité des analystes financiers avec les banques d’affaires, ou encore pour leur rôle dans l’effondrement de l’économie mondiale en 2008. Mais à chaque fois, les affaires se soldent par des amendes pour la banque, sans mise en cause réelle des patrons de ces banques. Certes, certains démissionnent mais ils ne sont que rarement, voire jamais poursuivis à titre personnel.
Mais l’affaire Wells Fargo, qui éclate en pleine campagne présidentielle outre atlantique, pourrait faire bouger les pions. Suite à la publication d’une lettre envoyée aux clients de la banque, Hillary Clinton a insisté : John Stumpf « nous doit tous une explication claire sur la façon dont tout cela a pu se produire sous sa direction ». Elle, qui est souvent montrée du doigt comme une défendresse des intérêts de Wall Street, souhaite que cette impunité cesse. Ellecompte mettre un terme à « la culture de la mauvaise gestion et de l'imprudence » dans le système bancaire. Elle a par ailleurs promis de récupérer les rémunérations des dirigeants impliqués dans des pratiques frauduleuses et de mettre à mal les banques mal gérées. Tout un programme. Du coté de Donald Trump, c’est silence radio sur ce dossier. Peut être vaut il mieux...
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