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Le violent sevrage de Belvédère

Au terme d'un bras de fer épique, le groupe de spiritueux a validé le plan de restructuration qui verra les créanciers prendre 87% du capital. La sanction du titre est sévère, mais la cure était vitale.
C'est l'épilogue d'une saga qui a lieu depuis près de trois ans maintenant. Vendredi soir, au terme d'une assemblée générale extraordinaire qui a failli virer au pugilat entre les petits porteurs représentés par l'activiste Nicolas Miguet et la direction de Belvédère, le groupe de spiritueux a finalement validé le plan de restructuration proposé par l'administrateur judiciaire, Frédéric Abitbol. Celui-ci prescrit une cure drastique pour sortir le groupe du redressement judiciaire: les 672 millions d'euros de dette sont transformés en actions, ce qui signifie que les actionnaires existants n'auront désormais plus que 13% du capital! Comment le groupe a-t-il pu se mettre dans une telle situation de surendettement, tel un alcoolique obligé d'écluser sa dose d'alcool quotidienne? Les problèmes remontent à 2006 lorsque Belvédère, alors en bonne santé, a racheté Marie Brizard au prix fort et contracté quelque 375 millions d'euros de dette pour financer le deal. Problème: les créanciers ont revendu leur dû sur le marché secondaire à des hedge funds. Dès 2008, la société se place en procédure de sauvegarde et tente par tous les moyens -dont certains font l'objet de rappels à l'ordre par l'AMF- d'éviter de rembourser ses créanciers étrangers. Mais ces investisseurs activistes ne sont pas non plus des enfants de choeur et ont fini par parvenir à leurs fins. La résistance s'est formée récemment autour de Nicolas Miguet, qui portait la voix des petits actionnaires. Ce dernier revendiquait de refuser le plan consistant à céder la société "à vil prix", sous prétexte que les ventes d'actifs suffiraient à apurer le passif. Or, on était encore loin du compte: selon l'administrateur judiciaire, les prix de cession offerts pour les actifs de Belvédère atteignaient, dans le meilleur des cas, 155 millions d'euros. Cela n'a pas empêché Nicolas Miguet de faire de la résistance jusqu'au bout, mais faute de déclaration de franchissements de seuil adéquats, les 30% du capital qu'il déclarait représenter ont été réduits à 2,5%. Au final, cette affaire pourrait laisser penser que des fonds "vautours" ont pris possession d'un actif français coté, puisque le fonds Oaktree se retrouve le principal actionnaire, avec 37% du capital. Mais c'est surtout la leçon selon laquelle des dirigeants sans foi ni loi ne peuvent faire ce qu'ils veulent d'une société cotée en France, la plonger dans le surendettement puis se protéger via des procédures collectives trop bienveillantes. L'entrée surprise au capital de Bruce Willis, qui avait jeté quelques paillettes fin 2009, n'a pas réussi à mettre de la poudre aux yeux des investisseurs, et celui-ci a même voté en faveur du plan de restructuration. Au terme de son contrat de représentation de la marque, ce dernier était payé en actions Belvédère mais en numéraire sous un certain seuil. Ce dernier est donc désormais en droit de réclamer 20 millions d'euros au groupe, qui pourrait lui être payés sur sept ans selon le plan de restructuration. Bien sûr, la sanction boursière est terrible à la suite de la validation de ce plan en assemblée générale: le titre perd plus de 30% à 23 euros, ce qui signifie qu'il a perdu 33 millions d'euros de valorisation en l'espace de quelques heures... Ultime étape: le 11 mars, le tribunal de commerce de Dijon doit lui-même valider ce "plan de la dernière chance". Espérons qu'il ne chamboule pas une fois de plus la porte de sortie trouvée au groupe, et surtout à ses 3300 salariés.
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