Le piège du "modèle social"
Nicolas Sarkozy s'est érigé aujourd'hui en protecteur du modèle social français, annonçant la création d'un Haut Conseil du financement de la protection sociale. A cinq mois de l'élection présidentielle!
En déplacement aujourd'hui à Bordeaux sur le thème du financement de la protection sociale, le chef de l'Etat a longuement défendu, dans un discours sentant fort la plume d'Henri Guaino, ce fameux modèle social issu du Conseil national de la Résistance (CNR) mis en place en 1945, "qui fait aujourd'hui partie de l'identité de la nation". Des termes déjà utilisés lors du discours à Versailles sur le lancement du Grand Emprunt.
Le chef de l'Etat a décidé de faire campagne en endossant les habits de grand protecteur des citoyens et de défenseur du modèle social conçu au lendemain de la guerre sur le modèle de l'Etat-providence britannique. C'est son choix. Le problème, et il l'a lui-même reconnu, c'est que ce qu'il appelle un "modèle" absorbe le tiers du produit intérieur brut intérieur brut français. D'où la lucidité du Président de la République lorsqu'il déclare sa "certitude" que le statu quo du modèle actuel, fondé essentiellement sur des cotisations assises sur les salaires, n'était plus possible alors que l'économie française est pénalisée par le coût du travail.
Mais d'un côté le Président-candidat, conscient d'un Etat-providence à bout de souffle, décide de créer, séance tenante et à cinq mois des élections présidentielles, un Haut Conseil du financement de la protection sociale. Ce qui peut laisser espérer que se dessine enfin ce qui aurait du être la grande réforme de structure de ce quinquennat : celle de la protection sociale, pas seulement en termes de coût, mais aussi en termes d'éthique, en termes de contenu (avec notamment la notion de dépendance), ou en termes de rupture avec la société d'assistanat.
D'un autre côté, le chef de l'Etat continue de gérer notre système de protection sociale en bouchant les trous avec des rustines, quand ce n'est pas en creusant de nouveaux trous. Il est plus que normal que l'on impose un jour de carence aux fonctionnaires en arrêt maladie. Il est plus que normal que l'on demande aux bénéficiaires du RSA de travailler 7 heures par semaine (1 heure et 25 minutes par jour!) Il serait tout aussi normal que l'on mette un peu d'ordre dans la dizaine de jours fériés. Le gouvernement n'a pas voulu retenir l'idée d'une nouvelle journée de solidarité. Dans le même temps, au mois de novembre, avec les ponts, beaucoup de français ont chômé trois jours qui auraient pu rapporter 7,5 milliards d'euros à la collectivité.
Nicolas Sarkozy est dans un piège. Car ce n'est pas tant un Etat en faillite qu'il doit gérer, mais un modèle social en décrépitude. Or, personne ne veut dire aux français que les soi-disant "acquis sociaux" des Trente Glorieuses et des années suivantes ont tous été payés à crédit. Et que nous avons de moins en moins d'argent pour les financer. Ce qui impose une reconstruction de l'Etat-providence à la suédoise ou à la sauce canadienne. Mais l'économie française ne peut plus financer à elle seule un modèle social qui ne fonctionne plus et qui prend l'eau de toute part. Encore faudrait-il commencer par le dire aux français, plutôt que d'en appeler aux mannes du Conseil National de Résistance sous des accents churchilliens...!
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