Sale journée pour Hollande !
S&P a directement critiqué l'inaction du gouvernement, estimant que son impopularité croissante réduit encore ses marges de manoeuvres pour mettre en place de vraies réformes. Les ministres ne semblent pas prendre la mesure de la menace vu la mollesse de leur réaction ce matin.
Nouvelle claque pour François Hollande avec la publication de trois mauvaises nouvelles ce matin; les chiffres de la production industrielle ont chuté de 1,7% au mois de septembre et ceux du déficit commercial sont plus mauvais que prévu, confirmant les propos de la Commission européenne que la France ne parviendra pas à rétablir son déficit à 3% du PIB en 2015. Cerise sur le gâteau, la France vient une nouvelle fois d'être dégradée de AA+ à AA par S&P. Et contrairement à la première fois en janvier 2012, où 14 autres Etats européens avaient été mis à l'amende dans un contexte de récession généralisé, c'est le gouvernement français qui est cette fois-ci directement critiqué.
Rarement un communiqué d'une agence de notation n'a aussi explicitement dénoncé le manque d'ambition des membres d'un pouvoir politique. Si l'agence admet que des mesures ont été prises depuis sa dernière revue du pays le 23 novembre 2012, citant le Crédit Impôt Recherche ou l'accord sur la réforme du marché du travail, elles seront selon S&P, "insuffisantes pour débloquer le potentiel de croissance de la France". Ainsi, la flexibilité du marché du travail français reste inférieure à celle des autres Etats bien notés de la zone euro. Et les entreprises exportatrices françaises continuent donc de perdre des parts de marché face à leurs concurrentes européennes.
Autre critique vis-à-vis du gouvernement, sa volonté de rétablir les comptes publics en augmentant les recettes fiscales plutôt qu'en baissant les dépenses. Or, rappelle S&P, les prélèvements fiscaux en France sont parmi les plus élevés d'Europe. "Techniquement, le rôle d'une agence de notation est bien de noter la dette d'un pays ; or S&P fait le constat suivant : le gouvernement comptait sur une hausse du PIB pour faire diminuer mécaniquement le poids de ses dépenses dans le PIB", explique Julien Manceaux, analyste chez ING. "La reprise sera plus faible que prévu et le gouvernement n'a pas l'air décidé à prendre de mesures pour couper dans ses dépenses. La dette du pays devrait donc dépasser 93% du PIB d'ici la fin 2015", poursuit-il. "La décision de l'agence est donc tout à fait justifiée".
L'avertissement de l'agence est d'autant plus inquiétant, que selon elle, le gouvernement est désormais en très mauvaise position pour agir et prendre les réformes nécessaires afin d'inverser la vapeur. "Au lieu de profiter des deux premières années de son mandat, où la popularité est généralement la meilleure, pour pendre les réformes les plus difficiles, le gouvernement n'a pour l'instant pas fait grand-chose", explique Julien Manceaux. Et c'est également ce que semble sous entendre le communiqué : "les pouvoirs publics disposent désormais d'une marge de manoeuvre réduite pour augmenter les recettes. Le mécontentement grandissant de l'opinion publique face au poids croissant de la fiscalité a récemment conduit à des revirements de politique fiscale". Et d'ajouter : "comme nous estimons que la latitude du gouvernement pour réduire significativement les dépenses sur la période 2013-2016 est limitée, nous pensons que la marge de manoeuvre budgétaire s'est réduite".
Les ministres ce matin ne semblent pas prendre la mesure de l'avertissement de Standard & Poor's vu la mollesse de leur réaction ; François Hollande comme Jean-Marc Ayrault ont cité la faiblesse des taux français comme preuve ultime de la bonne santé de l'économie française. Ce qui leur a permis d'éviter de remettre en question la faiblesse de leur propre programme de réformes. Certes, la France n'a jamais emprunté aussi bas, et la décision de S&P ne devrait pas beaucoup impacter les taux français à court terme: ce matin, ils se sont tout de même tendus de 25pb. Mais ils devraient se stabiliser autour de ces niveaux là, qui est celui auquel emprunte un autre pays noté AA, la Belgique. Mais si le gouvernement ne fait rien, à moyen terme, la situation se dégradera. Et il ne faudra alors plus compter sur "la bonne signature de la France", dont se targuait le premier ministre ce matin.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article
À lire aussi

