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Faut-il craindre le retour du risque grec ?
Nouveau rebondissement dans la gestion de la crise grecque : l'Eurogroupe censé se tenir aujourd'hui pour discuter de l'avancée des réformes mises en place par la Grèce dans le cadre de son troisième plan de sauvetage, a été annulé in extremis mardi, faute d'accord entre les partenaires européens. Le gouvernement hellène considérait pourtant qu'il avait fait les efforts requis mais le FMI a mis le feu aux poudres en exigeant un plan d'austérité "de secours", de 3,6 milliards d'euros supplémentaires, estimant que les Grecs étaient encore loin du compte. Du coup, le Premier ministre Tsipras, qui avait promis à sa majorité de ne pas accepter de conditions au-delà de ce qui avait été acté dans le memorandum du mois d'août, a décidé de mettre la pression sur les chefs d'Etats européens et l'institution internationale, en exigeant la tenue d'un sommet extraordinaire afin de négocier un accord politique avec toutes les parties.
Il est vrai que la situation économique du pays est encore difficile à cerner pour les créanciers européens, d'autant que les données conjoncturelles du pays sont très volatiles. Ainsi alors qu'Eurostat avait initialement annoncé un repli de 0,6% au dernier trimestre de 2015, après une contraction de 1,4% trois mois plus tôt, les chiffres ont finalement été revus à la hausse quelques semaines plus tard, avec un PIB finalement estimé à -1,2% au troisième trimestre et une hausse de 0,1% sur les quatre derniers mois de l'année ! Il reste que, selon Frédérique Cerisier, analyste chez BNP Paribas, la crise politique de l'an dernier a mis un coup d'arrêt au redémarrage de l'économie entamé en 2014 et la contribution de la demande intérieure au PIB du pays est redevenue négative. Celle des échanges extérieurs est positive uniquement en raison du recul des importations. Sachant que dans le même temps, la contrainte budgétaire imposée par le plan de restructuration européen est très importante : selon le memorandum en effet, les réformes devront permettre de dégager un excédent primaire de 3,5% en 2018, soit des économies de 5,4 milliards d'euros et l'équivalent d'un effort de 3% du PIB. Des conditions douloureuses donc, dont le Premier ministre essaye clairement de limiter l'ampleur au maximum.
Si Alexis Tsipras a décidé de refuser les conditions du FMI, au risque de refaire plonger son pays dans une crise du type de l'été dernier, c'est parce qu'il sait cette fois-ci que les Etats européens ne sont pas du même avis que l'institution, et pourraient donc plaider en sa faveur. "Côté européen, on veut aller de l'avant et l'heure est déjà à la conciliation", explique ainsi Frédérique Cerisier. Le FMI a de son côté fait savoir dès l'été dernier "qu'il ne voulait plus se retrouver impliqué dans un programme de financement mal conçu, à l'issue duquel la soutenabilité de la dette publique resterait posée", poursuit l'analyste. Il reste que le Premier ministre prend un risque : en effet, de la conclusion de la première revue dépend la restructuration de la dette, dont le FMI a fait une condition pour participer financièrement au plan de sauvetage. De cette revue aussi dépendent les prochains versements, dont le pays aura besoin pour rembourser 5 milliards d'euros arrivant à échéance d'ici fin juillet.
Les chefs d'Etats européens comme les marchés ne semblent pourtant pas inquiets outre-mesure du nouveau coup de force d'Alexis Tsipras. Si la Bourse d'Athènes a dégringolé de près de 4% depuis une semaine, sa plus forte baisse en un mois et la hausse des rendements des obligations à échéance un an (les investisseurs exigent 274 pb de plus que pour les obligations hellènes à dix ans), les autres Bourses et marchés obligataires européens n'ont quasiment pas bougé. "Toutes les parties concernées souhaitent vouloir éviter de retomber dans un blocage de longue durée, et il est très probable qu'une solution sera trouvée dans les prochaines semaines", termine Frédérique Cerisier. Ce qui explique sans doute le calme des marchés européens pour l'instant.
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