Les banques prises au piège
Tant que la crise de la dette ne sera pas résolue, la perspective d'un défaut souverain hantera les banques et les dissuadera de se prêter entre elles.
Les banques sont prises au piège de la crise de la dette européenne. Même si la plupart des établissements sont bien capitalisés et que la Banque Centrale Européenne a les moyens de venir à leur secours à tout moment, elles rechignent à se prêter entre elles, ce qui ne fait qu'augmenter les inquiétudes.
"Tant que l'on parlera du démantèlement de l'euro ou de l'Italie, même si la probabilité est extrêmement faible, il sera extrêmement difficile de protéger totalement les banques", estime Stéphane Déo, économiste chez UBS. "Car ce genre de scenario génèrerait inévitablement une crise financière bien plus grave que la crise post-Lehman".
Les signes de tensions se sont multipliés cette semaine. Lundi, une étude de Fitch révélait que les fonds monétaires américains avaient réduit leur exposition aux banques européennes d'un peu plus de 30 milliards de dollars, entre mai et juin. Un chiffre à relativiser face aux 8000 milliards d'euros que pèse le marché interbancaire européen.
D'autant qu'avant de se tourner vers la banque centrale, les banques ont toujours la possibilité de trouver des sources de financement en Asie et au Moyen-Orient, comme l'a expliqué la direction du Crédit Agricole en présentant ses résultats hier. Mais même si cette semaine aucune banque n'est allée chercher des dollars auprès de la BCE, les investisseurs ne peuvent oublier qu'un établissement lui a demandé 500 millions d'euros en catastrophe la semaine précédente.
Le financement des banques en dollars n'est pas le seul à faire l'objet de tensions. En témoigne le creusement de l'écart entre l'Euribor ou le taux sur le marché du repo ou encore les recours à la BCE pour le financement en euros. Les emprunts auprès de la Banque de Francfort ont atteint 2,82 milliards d'euros mardi. Quant aux dépôts auprès de celle-ci, ils ont plutôt tendance à augmenter. Autant d'indicateurs qui montrent que les banques rechignent à se prêter entre elles.
Pourtant, "le système bancaire est solide et relativement bien capitalisé sauf en Espagne ou dans le cas de certaines Landesbanken en Allemagne", insiste Stéphane Déo. Qui plus est, "énormément de filets de sécurité ont été mis en place par la BCE lorsqu'elle a déployé les politiques monétaires non conventionnelles durant la crise, la majorité de ces mesures sont toujours en place".
Rien n'y fait. Hantés par l'idée d'un défaut pourtant très peu probable, les trésoriers des banques ne semblent pas prêts à prêter, même plus cher que d'habitude. Sans détailler sa position, le président de Rabobank n'a ainsi pas caché que sa banque avait décliné les demandes de financement de banques du Sud de l'Europe, notamment espagnoles.
"Si l'on trouve une solution à la crise souveraine, tout rentrera certainement dans l'ordre assez vite", estime Stéphane Déo. Pour l'instant, les parlements européens doivent toujours ratifier la réforme du Fonds Européen de Stabilité Financière décidée lors du sommet de juillet.
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17/09/2021 - 10:31

