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Saint Gobain : le dossier Sika s'envenime

Les membres du holding de tête de Sika viennent de saisir la justice demandant la convocation rapide d'une AG extraordinaire. Plusieurs fonds pension ont déposé une résolution réclamant la suppression de la clause permettant de prendre le contrôle du groupe sans lancer d'OPA.
St Gobain
St Gobain

Comme on pouvait s’y attendre, le ton monte entre la famille Burkard-Schenker, à la tête du holding Schenker-Winkler, et la direction de la société de spécialités chimiques Sika, dont elle est le premier actionnaire. Depuis que Saint Gobain a pris le contrôle de ce holding, il entend mettre par ricochet la main sur Sika puisqu’en accord avec la réglementation boursière suisse même si Schenker-Winkler ne possède que 16% du capital, il en contrôle 52% des droits de vote. Mais la direction générale et le conseil d’administration de Sika ne l’entendent pas de cette oreille et ne ménagent pas leurs efforts pour faire barrage à ce projet. Le 23 décembre, la Fondation Ethos, association de défense des actionnaires suisses a, avec onze actionnaires (dont plusieurs fonds de pension), déposé une résolution en vue de la prochaine assemblée générale, demandant à ce que la clause d'exemption soit retirée des statuts de la société.

Cette clause est celle qui permet à un actionnaire de prendre le contrôle de plus du tiers des droits de vote sans pour autant lancer une offre publique d'achat. Opération impensable en France où dès lors qu’un ou plusieurs actionnaires agissant de concert franchissent le seuil de 30% du capital, ils sont contraints de lancer une OPA. Dans le cas de Sika, les actionnaires à la tête de 84% du capital se voient ainsi privés d’une offre publique alors que le bloc familial détenteur de 16% se voit accorder la coquette somme de 2,3 milliards d’euros pour leurs titres.

Compte tenu de la tournure des événements, les membres du holding viennent d’assigner en justice la direction de Sika en vu d’exiger la convocation d’une prochaine assemblée générale extraordinaire. Cette dernière n’est effectivement pas pressée d’organiser cette réunion essentiellement prévue pour remanier l’ensemble des têtes dirigeantes. Le sujet est donc dorénavant entre les mains de la justice. Saint Gobain pourrait-il finir par perdre patience ? Le Français brigue cette entreprise suisse de très longue date. Il sait qu’il a le droit suisse pour lui. Il devrait donc faire le gros dos en attendant que la querelle prenne fin. Pour autant, vu le prix qu’il a déjà octroyé à la famille Burkard-Schenker, il n’a très certainement pas l’intention de vouloir lancer une OPA sur l’ensemble du capital, sauf à voir la note finale considérablement alourdie. Ce qui n’était pas prévu à l’origine. Si le droit suisse ne devrait pas évoluer dans l’immédiat, peut-être cette affaire pourrait-elle pousser le gendarme de la Bourse helvète à revoir ses règlements en la matière, comme cela a été le cas, dans les années 90 lorsque l’OPA à 60% de François Pinault sur le Printemps avait fini par faire évoluer le droit des OPA en France.

A voir maintenant si ces démêlés vont largement retarder le calendrier initialement prévu par les parties. Cela ne fait, certes, pas les affaires du groupe de matériel de construction français qui, grâce à cette opération avait repris la main. L’action accuse le coup aujourd’hui avec une chute de plus de 3%, dans un marché, il est vrai, particulièrement morose où le CAC 40 a notamment cassé le seuil des 4.200 points.

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