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Brexit: la Grande-Bretagne dans le viseur des agences

S&P a placé le pays sous perspective négative, en raison de la tenue du referendum sur l’appartenance du pays à l’UE, qui risque de fragiliser les conservateurs au pouvoir.
David Cameron
David Cameron

Alors que le risque de Grexit n’a jamais été aussi proche, celui de Brexit inquiète également les marchés, même si cette perspective est un peu plus lointaine. Standard and Poor’s a ainsi dégradé la perspective du pays vendredi soir après-Bourse, craignant que le referendum sur l’appartenance à l’UE prévu pour 2016 n’accroisse le risque politique de l’île. Le pays aurait en outre plus de difficultés à financer son déficit extérieur s’il sortait de la zone euro, selon S&P.

Hier justement, le Sunday Times publiait un article expliquant que plusieurs grands fonds étrangers seraient contraints de déménager leurs bureaux au cas où la Grande-Bretagne sortait de la zone euro. Si ces fonds n’ont pas souhaité révéler leur identité, tous ont déclaré qu’ils avaient l’obligation d’avoir leurs bureaux européens dans une ville appartenant à l’UE. La plupart ont déclaré qu’ils déménageraient sans doute au Luxembourg en cas de Brexit. C’est notamment l’un des arguments de S&P pour justifier sa décision de placer le pays sous perspective négative: la Grande-Bretagne est depuis 42 ans l’un des Etats qui attire le plus d’investissements étrangers, représentant 1600 milliards de dollars (soit 57% de son PIB), dont 2/3 dans le secteur des services et en grande partie dans les services financiers.

Or, ces investissements directs ont non seulement permis au Royaume-Uni de compenser le peu d’investissements nationaux (17% du PIB soit le plus faible niveau parmi les pays notés AAA) mais également de financer son important déficit, de 5,5% du PIB. Le pays est en déficit depuis 31 ans, souligne l’agence ! Sachant que le Royaume Uni possède aussi l’endettement le plus élevé des pays notés triple A, à hauteur de 80% du PIB contre 23% en moyenne pour les AAA, même si la situation fiscale britannique a de bonnes chances de s’améliorer cette année, avec la poursuite des efforts budgétaires engagés sous le précédent gouvernement. Mais le pays ne parviendra pas à retrouver le même niveau de recettes issues des services financiers et des produits pétroliers qu’avant la crise, souligne l’agence.

Les analystes estiment également que même si le pays ne sort pas de l’UE, la perspective du referundum risque de créer quelques perturbations politiques, malgré l’intention initiale de Cameron de renforcer l’unité au sein des conservateurs. Car les indépendantistes écossais, qui ont emporté 57 sièges à Westminster, pourraient exiger la tenue d’un nouveau vote sur l’indépendance de leur région en cas de Brexit.

Même en cas de vote négatif sur l’adhésion du pays à l’UE ou si la dette du pays devait dépasser les 100% du PIB, l’agence précise tout de même que la Grande-Bretagne dispose d’importants atouts : notamment une devise forte qui constitue l’une des principales monnaies de réserve et une économie flexible qui attire de nombreux travailleurs qualifiés. Le premier ministre devrait tout faire pour négocier les traités avec Bruxelles d’ici à 2016, afin d’éviter de nouvelles tensions avec le SNP (parti indépendantiste écossais) et des perturbations sur les marchés financiers. S’il ne parvient pas à obtenir un aménagement des traités, Cameron risque de se voir débordé par la branche la plus nationaliste des conservateurs.

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