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Les banques françaises menacées par la Russie
La Bourse de Moscou et la monnaie russe poursuivent leur descente aux enfers, malgré la tentative désespérée de la Banque centrale du pays, qui a relevé hier son taux directeur de 10,5% à 17%. Le peu d’impact de cette mesure a achevé d’alerter les marchés aujourd’hui, le rouble accusant sa plus forte baisse depuis la crise financière russe de 1998. « La marge de manœuvre de la banque centrale s’épuise au fur et à mesure, et il devient de plus en plus probable que les autorités russes mettent en place des mesures encore plus drastiques d’ici peu », explique un analyste de FXCM. Selon lui, elles pourraient annoncer des contrôles de capitaux d’ici à la fin de l’année.
C’est la publication d’un rapport de la banque centrale russe qui a mis le feu aux poudres hier matin, l’autorité soulignant que si le baril se maintenait autour de 60 dollars, l’économie du pays pourrait s’effondrer de 4,5% à 4,8% l’an prochain. Un véritable choc pour les marchés alors que les premières estimations de la banque mondiale la semaine dernière, prévoyaient plutôt un recul de 0,7% du PIB russe en 2015. Du coup, les valeurs européennes les plus exposées à la Russie ont subi un sérieux contrecoup en Bourse aujourd’hui, dans la perspective d’une récession très violente l’an prochain.
En France, les financières sont les plus menacées puisque, selon un rapport de la Banque des Règlements Internationaux de juillet dernier, ce sont celles qui détiennent les plus gros encours de créances étrangères sur la Russie, à hauteur de 49 milliards de dollars (environ 39 milliards d’euros), devant les Etats-Unis (32 milliards de dollars) et l’Italie (29 milliards de dollars). Selon ce rapport, celles-ci sont principalement constituées de créances locales comptabilisées par les filiales russes des banques françaises. Selon Eric Dor directeur des Etudes Economiques de l’IESEG à Lille, les créances des banques françaises s’élevaient à 3,92 milliards sur les seules banques russes. « Par comparaison, l’exposition des banques allemandes à la Russie s’élève à 17,01 milliards d’euros » a-t-il déclaré.
La Société Générale est naturellement la première touchée par les turbulences russes, via sa filiale Rosbank qu’elle détient à 99,40%. Selon Oddo, la Société Générale serait ainsi exposée à hauteur de 3,2 milliards d’euros au marché actions russes, et SG Paris posséderait une dette de 1,6 milliard auprès de SG Russie ; à fin septembre, le montant des dépôts russes auprès de Rosbank étaient de 8,2 milliards d’euros tandis que les prêts de la filiale se chiffraient autour de 13 milliards. Selon la société de Bourse, le pire scénario serait une faillite de SG Russie, qui entraînerait alors de lourdes pertes pour la banque française. En mai dernier, Frédéric Oudéa avait pourtant déclaré qu’il resterait engagé en Russie à long terme malgré un bénéfice d’exploitation en recul de 7 millions d’euros en Russie au premier trimestre, contre une hausse de 61 millions d’euros un a plus tôt.
L'exposition des autres banques françaises reste bien inférieure à celle de la Société Générale. Celle du Crédit Agricole à la Russie atteignait 4,7 milliards d'euros à fin février. « Il s'agit en large partie du financement de pétrole et de gaz », avait-on alors expliqué au sein du groupe mutualiste. BNP Paribas n'a pas dévoilé son exposition, mais avait alors souligné que « ses positions sont limitées. Il s'agit principalement d'activités de banque de financement et d'investissement, qui concernent des grands groupes russes et sont collatéralisées. » Au premier trimestre, BNP Paribas avait toutefois passé en Russie une provision forfaitaire de 50 millions d'euros.
Les banques françaises ne seraient néanmoins pas les seules pénalisées puisque 400 filiales d'entreprises de l'Hexagone sont implantées en Russie, en particulier dans le secteur automobile ( Renault, PSA,Michelin...), de la distribution (Auchan...) du BTP (Bouygues, Vinci...), de l'agro alimentaire ou des services. Au total, le stock d'investissements directs de la France dans le pays atteindrait 8,7 milliards d'euros. L'effondrement du baril, s'il se poursuit, entraînerait l'économie russe dans la tourmente et pourrait du même coup pénaliser nombre de sociétés françaises.
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