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exclusif Espagne : une baisse des taux ne changerait rien

EXCLUSIF. Si la BCE décidait d'intervenir sur les marchés périphériques et calmait la pression sur les taux espagnols, cela ne règlerait pas pour autant la crise dans le pays, qui découle avant tout d'une activité réelle déprimée.
Le chef du gouvernement espagnol travaille ses relations diplomatiques européennes et prépare le terrain pour son pays, au cas où un nouvel embrasement de la crise demanderait une intervention de la BCE. Après avoir rencontré le président de la Commission Herman Van Rompuy, qui a salué un programme de rigueur " très important, ambitieux et courageux ", il recevait hier François Hollande. Mais reste à savoir si un éventuel soutien de la BCE et la baisse des taux espagnols qui en suivrait suffiraient à guérir le pays. Selon Natixis, cela n'est pas certain. Même si effectivement, le niveau des taux d'intérêt sur la dette publique a des effets d'autant plus négatifs pour le pays qu'il se communique aux taux sur les dettes bancaires et sur les dettes des entreprises non financières. Mais en se basant sur une hypothèse de taux à dix ans à 3%, les problèmes économiques et financiers de l'Espagne ne seraient pas réglés pour autant. Du point de vue du déficit public tout d'abord, qui a augmenté depuis deux ans en raison du recul de l'activité. Avec des taux d'intérêt bas (3% sur le 10 ans par exemple) sur tout le stock de dette, le déficit total serait réduit de 1,5 point de PIB mais l'excédent budgétaire primaire nécessaire pour stabiliser le taux d'endettement public serait toujours de 3 points de PIB. Or même dans ces conditions de taux, le pays conserverait un déficit public primaire de 4% du PIB. Ensuite, même si les taux sur les stocks de dette publique et privée étaient très bas, le pays resterait insolvable du point de vue de sa dette extérieure, puisque l'Espagne a un déficit courant primaire de 2 points de PIB. Il lui faudrait un excédent courant primaire de 3 points selon les analystes, pour que le pays soit de nouveau solvable. Ce déficit extérieur provient avant tout de la désindustrialisation du pays et non des taux payés sur sa dette extérieure. L'activité réelle du pays est également mauvaise : l'explosion de la bulle immobilière et du crédit ont entraîné d'énormes pertes d'emplois et de production. Une fois encore, une baisse des taux n'aurait que peu d'impact sur ces variables, compte tenu du niveau excessif de l'endettement et de l'énorme stock de maisons invendues. Enfin, même lorsque les effets de l'éclatement de la bulle immobilière seront terminés, la croissance devrait rester atone pour des raisons structurelles : les efforts d'innovation sont faibles pour l'instant dans le pays et la qualification de la population active insuffisante. L'intervention de la BCE contribuerait certes à faire baisser les taux, mais cela ne permettrait malheureusement pas de sortir l'Espagne de la crise : le pays a en réalité besoin de politiques de l'économie réelle, afin d'augmenter sa croissance de long terme.
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