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éditorial / Laurent Bigorgne

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Laurent Bigorgne

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Feux de poubelles et écran de fumée
par Laurent Bigorgne

Les résultats de PISA 2025 publiés début septembre auraient dû secouer le monde de l’éducation et animer la campagne présidentielle. Il n’en fut rien. Après avoir tout fait pour esquiver cette première vague, le gouvernement doit affronter un mouvement lycéen qui n’a pas de vrai fondement et dont l’instrumentalisation politique ne fait aucun doute. Nouvelle preuve de ce que la France est devenue insensible aux faits comme aux évidences scientifiques pour leur préférer la conflictualité entretenue par les partis populistes et extrémistes, notamment LFI

04/10/2026 - 06:30 Lecture 9 mn.

L’enfer lycéen ?

 

La France… cet enfer sur terre pour les lycéens, où la dépense moyenne par élève atteint, selon l’OCDE*, 13 250 euros par an, soit 35 % de plus que la moyenne de l’Union européenne. C’est certes un peu moins qu’en Belgique et aux Pays-Bas, mais c’est davantage qu’en Suède, en Espagne, au Portugal, en Italie ou en Pologne. Ou même qu’au Royaume-Uni qui, lui, améliore ses performances dans PISA. Conséquence, nous comptons 11 élèves par enseignant au lycée contre 13 dans l’OCDE.

Ces statistiques ne disent pas tout de telle ou telle situation locale. On rappellera cependant, qu’en 2024, les régions ont consacré près de 7 milliards d’euros au fonctionnement et à l’investissement dans l’enseignement secondaire, principalement les lycées. Soit un milliard de plus en euros 2024 qu’en 2014 et 300 millions de plus qu’en 2019.

On pourrait multiplier les comparaisons du même type. Intéressons-nous un instant à Parcoursup, qui déchaîne les passions aussi bien dans les rangs de LFI que de ceux du RN. D’abord, pour souligner que la plupart des pays se sont dotés d’un système d’admission à l’enseignement supérieur à l’échelle nationale et qu’aucun n’est parfait, mais le nôtre est plutôt performant. Ensuite, pour rappeler que malgré le stress subi par les élèves et les familles, en 2025, 91,9 % des néobacheliers inscrits ont reçu au moins une proposition, dont 66 % dès le premier jour, et 80 % la première semaine. Au total, 84,1 % des lycéens ont accepté une des propositions reçues et 73 % sont satisfaits de la proposition reçue.

 

Doit-on vraiment parler de mouvement lycéen ?

 

Pour massif qu’il paraît, le « mouvement lycéen » ne concerne absolument pas les 3 600 lycées de notre pays, dont 500 seulement étaient perturbés à la mi-journée vendredi. Ce qui choque, c’est la violence utilisée et la récupération politique dont il fait l’objet. Selon le ministre Édouard Geffray, 235 personnes ont été blessées depuis le début du mouvement, dont 170 élèves et 65 personnels, parmi lesquels figurent 40 proviseurs. Ces derniers constituent souvent les derniers remparts de la présence de l’État et de la République dans certains territoires et dans une indifférence à peu près générale.

Doit-on vraiment parler de mouvement lycéen ? En effet, les organisations lycéennes – l’USL, présidée par Ryad Rani, « lycéen » de 19 ans, déjà candidat sur la liste LFI aux dernières élections municipales à Wattrelos, et le MNL, « le seul syndicat lycéen ouvertement révolutionnaire » (selon son site web) – ne représentent pas grand-chose. S’il faut croire les effectifs qu’elles revendiquent, elles rassembleraient à elles deux 4 500 adhérents, soit au mieux 0,19 % de la population lycéenne.

Si la spontanéité de ce mouvement est questionnable, sa récupération ne fait aucun doute. Ainsi, Patrice Faure, le préfet de police de Paris, a-t-il saisi la justice contre Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis pour « des faits présumés de provocation à commettre un délit ». Ce dernier n’a pas hésité à déclarer à BFM-TV que « la violence, à un moment donné, peut être légitime ». Rappelons que ce jeudi 300 pompiers, gendarmes et policiers ont également été blessés.

À sept mois de l’élection présidentielle, personne n’est dupe de la stratégie de LFI : elle veut accentuer sa domination sur l’électorat jeune, car 40 % au moins des 18-24 ans prévoiraient de voter Jean-Luc Mélenchon en avril prochain, 20 % pour Marine Le Pen**. En quête d’audience, les organisations syndicales en profitent pour entretenir le fantasme de la « jonction des luttes » après l’échec de leur mobilisation pour la fonction publique de mardi dernier. Malgré l’appel conjoint de la CGT, de FO, de la CFDT, de l’UNSA, de la FSU, de Solidaires, de la CFE-CGC et la FA-FP, 206 000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur, auraient défilé dans toute la France… sur un total de 5,5 millions d’agents publics.

 

Que d’occasions manquées…

 

L’instrumentalisation par l’extrême gauche ne suffit néanmoins pas à rendre compte du terreau sur lequel la grogne lycéenne a pris. En témoigne la parution le 8 septembre des résultats une nouvelle fois en baisse de la France à l’étude PISA 2025, qui mesure les performances scolaires des jeunes de 15 ans, dont une grande partie est en classe de Seconde. Elle aurait pu constituer une occasion d’élever le débat au-dessus des clivages politiques et permettre à certains dirigeants politiques d’affirmer une vision et un cap pour notre école. Il n’en fut rien.

Même le débat sur l’utilisation du téléphone portable et des réseaux sociaux – qui est un sujet essentiel pour leur concentration et pour leur travail – n’a rien eu de vraiment fécond. Ceux qui brûlent des poubelles à l’entrée de leur lycée depuis quelques jours en réclamant davantage de moyens pour étudier passent cinq heures par jour sur internet, dont trois sur les réseaux sociaux (Médiamétrie, 2025).

Parmi les candidats qui ont d’ores et déjà dévoilé leur ambition pour l’éducation, Gabriel Attal et Édouard Philippe ne sont pas parvenus à marquer les esprits, ni à embarquer qui que ce soit. Pire, avec une proposition d’augmentation générale des enseignants sans contrepartie, Édouard Philippe a donné le sentiment d’alimenter la machine, comme à la grande époque de la loi Jospin de juillet 1989, sans se soucier le moins du monde de l’amélioration de sa performance. Le tout dans un système qui ne mesure rien et où plus personne n’est responsable, ni les élèves, ni leurs parents, ni l’institution. Sans parler même des syndicats, qui sont d’abord et avant tout des corporations.

Attal et Philippe ne diffèrent malheureusement en rien de la ligne adoptée par Emmanuel Macron à partir de son deuxième quinquennat. On peut même affirmer sans peine que l’éducation et l’enseignement supérieur compteront parmi les plus graves échecs du Président de la République à l’heure de son bilan. Après les cinq années de Jean-Michel Blanquer passées rue de Grenelle, où il dut souvent batailler avec Édouard Philippe qui redoutait sa concurrence, le président de la République a choisi de laisser filer un système dont la transformation était encore possible.

La preuve : sept ministres se sont succédé depuis 2022, un peu comme s’il fallait désormais que « tout change pour que rien ne change » rue de Grenelle. Rien de nouveau n’a été entrepris depuis à l’école primaire et au collège afin que, devenus lycéens, ces élèves obtiennent de meilleurs résultats aux évaluations PISA de 2029 comme aux suivantes. La fumée des poubelles brûlées devant les lycées de France cette semaine nourrit l’écran de fumée de ce quinquennat devenu interminable.

 

laurent@fnxlb.org

 

* OCDE, Regards sur l’éducation 2026

** Ipsos BVA-CESI École d’ingénieurs, 3 au 9 septembre 2026, pour Le Monde.

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