éditorial / Laurent Bigorgne
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Laurent Bigorgne
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Vous avez dit rassemblement ?
par Laurent Bigorgne
À sept mois de la présidentielle, chacun veut rassembler. Les deux candidats qui disposent aujourd’hui du socle électoral le plus solide, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, s’y emploient. À gauche, la progression du candidat de LFI pèse déjà sur les alliances et les programmes ; au centre et à droite, la compétition entre prétendants empêche encore l’émergence d’un candidat commun. Deux enquêtes de Cluster17 cette semaine éclairent cette situation. Nous en tirons trois enseignements pour ce début de campagne.
Marine Le Pen toujours en tête
Premier enseignement : Marine Le Pen est toujours donnée largement en tête au premier tour, entre 30 et 31 % en fonction des hypothèses testées*. Elle est surtout remarquablement stable par rapport à la dernière enquête de cet institut il y a trois semaines. Les récentes polémiques – notamment autour de la marginalisation de Jordan Bardella et de « re-familialisation » du RN – n’ont à ce stade pas entamé son niveau d’intentions de vote. Il en sera sans doute de même à la suite de ses récents atermoiements sur l’Ukraine et sur la Russie… pour l’instant, rien ne semble l’affecter.
Une autre enquête de cet institut, parue vendredi**, vient documenter cette résilience. De tous les principaux candidats déclarés à l’élection de 2027, Marine Le Pen est la moins « rejetée ». Certes, 62 % des Français interrogés déclarent une probabilité faible ou nulle de voter un jour pour elle. Mais aucun candidat ne fait mieux : 66 % de probabilité faible ou nulle pour Raphaël Glucksmann, 68 % pour Edouard Philippe… Jean-Luc Mélenchon (73 %) et Marine Tondelier (81 %) ferment le ban. Surtout, 30 % déclarent une probabilité forte ou très forte de voter Le Pen, le double ou presque des scores de Glucksmann (16 %) ou de Philippe (18 %).
Interrogés sur les raisons qui fondent leur rejet ou leur adhésion aux différents candidats, les Français établissent une solide différence entre la candidate du RN et les autres. Sur une note de 0 à 10, elle obtient 3,7 à l’item « comprend la vie des gens comme vous », 3,3 à « serait capable d’améliorer le pouvoir d’achat des Français » … Ces notes, qui peuvent paraître faibles, la placent néanmoins devant tous les autres ! « Moins capable de rassembler les Français » que Raphaël Glucksmann ou Édouard Philippe, elle l’est beaucoup plus que Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier est de loin celui qui, le plus, « présenterait un risque dérive autoritaire » (6,7/10 contre 5,6 pour Marine Le Pen).
L’éléphant dans la pièce de la primaire socialiste
Deuxième enseignement : quelles que soient les préventions des Français quant aux capacités de rassemblement de Jean-Luc Mélenchon, c’est lui qui a le plus progressé ces derniers mois derrière Marine Le Pen. Depuis la rentrée, son accès au second tour ne relève plus seulement du cas d’école. Il était fréquemment donné à 12-13 % il y a un an et entre 16 et 19 % à la fin de ce mois d’août (Ifop dans les deux cas). Cette semaine, Cluster17 le donne entre 19 et 20 %. Pour mémoire, c’est la quatrième candidature du leader de la France insoumise, qui n’avait jamais atteint un tel niveau sept mois avant l’élection : 5 à 7 % fin septembre 2011, 14 à 15 % fin septembre 2016, 9 % fin septembre 2021.
Sa percée n’est pas seulement quantitative. Il était en effet l’éléphant dans la pièce à l’occasion du premier débat de la primaire dite « socialiste et démocratique » mercredi dernier. Ce débat n’avait rien de social-démocrate tant il a semblé devoir tirer toujours plus à gauche. Sur le plan économique, la réflexion des candidats reste ancrée dans le passé et tous les effets des leviers qu’ils ont proposés sont malheureusement connus : grand emprunt et indexation des salaires sur l’inflation (Emmanuel Maurel), "grande Sécu" (Jérôme Guedj), sécurité sociale alimentaire (Olivier Faure), baisse non financée des taxes sur l’essence (Ségolène Royal), taxation des successions permettant de financer la baisse de la CSG (Raphaël Glucksmann)…
La progression de Jean-Luc Mélenchon renforce la pression exercée sur le reste de la gauche, comme lors de la primaire dite « citoyenne » de 2017, remportée par le candidat le plus à gauche, Benoît Hamon (6,36 % au premier tour de la présidentielle vs 19,58 % pour Mélenchon). En 2026, trois des cinq candidats de la primaire de la gauche sont pour un rassemblement au second tour derrière Mélenchon si nécessaire – et par-delà aux législatives. Même si Glucksmann ou Guedj, qui y sont opposés, sortaient vainqueurs de cette primaire, ils seraient sans doute impuissants à l’empêcher, comme l’ont montré l’alliance des gauches au moment des élections de juin 2024 et les accords locaux lors des municipales de mars 2026.
Commencer par rassembler son camp
Troisième enseignement : les forces de la droite et du centre sont émiettées et leur représentation au second tour n’est en rien assurée. Aucun leader ne s’impose. Cluster17 donne Édouard Philippe entre 19 et 19,5 %, Gabriel Attal à 13,5 %, Bruno Retailleau entre 7,5 et 9,5 %. Fait nouveau, David Lisnard émerge pour la première fois à 5 % dans une des hypothèses de l’institut.
Ce qui frappe d’abord, c’est le tassement d’Édouard Philippe et l’absence de dynamique collective pour la droite et le centre. Aucune dynamique qui se traduirait dans les sondages n’accompagne leurs campagnes respectives, de sorte que Philippe et Attal se donneraient désormais jusqu’à janvier ou à février pour tirer les conséquences de leur compétition pour l’instant stérile. Ni Attal, ni Philippe n’ont un profil de leader incontesté comme le sont Le Pen et Mélenchon dans leurs camps et auprès de leurs électeurs, alors que le maire du Havre serait beaucoup plus à même qu’eux de rassembler les Français, selon Cluster 17.
Encore faut-il ne pas oublier de rassembler son propre camp… La crise des prix des carburants a contraint l’homme qui reste identifié comme celui de la limitation de vitesse à 80 km/h lorsqu’il était Premier ministre à bouger. Il a ainsi proposé de doubler les aides ciblées à certains usagers de la route, pour un montant de 450 millions d’euros, gageant cette dépense nouvelle sur 7 000 des 130 000 départs à la retraite de fonctionnaires en 2027. Cette mesure court-termiste et électoraliste a aussitôt déclenché une réaction nette et vive de la numéro deux de son parti Horizons, Christelle Morançais, présidente de la région des Pays de la Loire, en pointe sur la nécessité de s’attaquer enfin à la dépense publique. Elle n’a pas hésité, mardi, à rabrouer son candidat : « la politique du chèque, c’est la politique de l’échec ». Avertissement sans frais ?
laurent@fnxlb.org
* Cluster 17, « Présidentielle 2027 : Le Pen largement en tête, Mélenchon et Philippe au coude-à-coude », 24/09/26.
** Cluster 17, « Baromètre du rejet en vue de 2027 (vague 1) : Marine Le Pen moins rejetée que ses concurrents », 25/09/26.
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