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Soitec / Photonics-SOI
La photonique redessine la trajectoire de Soitec / Porté par l’IA, le groupe relève encore ses perspectives
Deux fois en six semaines, Soitec a relevé ses objectifs. Le groupe grenoblois avait passé les deux années précédentes à faire rigoureusement l’inverse. Derrière ce retournement, un produit : le Photonics-SOI, un matériau semi-conducteur utilisé dans les composants photoniques qui assurent les liaisons optiques à très haut débit des data centers d’intelligence artificielle. Sa demande accélère désormais plus vite que prévu, au point de modifier la trajectoire du spécialiste français des matériaux semi-conducteurs.
Le chiffre d’affaires du deuxième trimestre est désormais attendu en croissance d’environ 50 % sur un an à périmètre et changes constants, contre plus de 30 % jusqu’ici. Dans le seul Photonics-SOI, les ventes devraient tripler au deuxième trimestre par rapport aux quelque 25 millions de dollars réalisés un an auparavant et être multipliées par 2,3 sur l’ensemble du premier semestre. Sur l’exercice, Soitec vise désormais entre 2,5 et 3 fois les un peu plus de 100 millions de dollars réalisés en 2025-2026, contre « plus de deux fois » encore en juillet.
Le changement de moteur de Soitec
Le rythme des dernières semaines ferait presque oublier la séquence qui l’a précédé. Entre la fin 2023 et mai 2025, le fabricant de matériaux semi-conducteurs avait enchaîné les révisions à la baisse, au rythme d’une correction des stocks chez ses clients qui n’en finissait pas. La crise touchait précisément ses deux grands débouchés historiques. Dans les communications mobiles, le RF-SOI, utilisé notamment dans les smartphones, a été frappé par un long déstockage chez les clients, tandis que l’automobile, où Soitec fournit notamment du Power-SOI et du FD-SOI, subissait une demande atone. Le chiffre d’affaires du groupe a ainsi reculé trois exercices d’affilée, de 978 millions d’euros en 2023-2024 à 891 millions, puis 592 millions en 2025-2026. Fin 2025, sa capitalisation boursière était même tombée autour de 800 millions d’euros.
Or ces deux marchés historiques restent encore fragiles. Les Communications mobiles reculaient toujours de 10 % au premier trimestre 2026-2027, tandis que l’activité Automobile & Industrie demeurait déprimée malgré une forte progression liée à une base de comparaison très faible. Le retournement actuel ne vient donc pas, pour l’essentiel, de leur reprise, mais de l’émergence du Photonics-SOI comme relais de croissance. Jeudi, l’action gagnait 13,5 %, à 127,15 euros, portant la capitalisation du groupe autour de 4,4 milliards d’euros. Le titre avait même brièvement approché les 200 euros fin mai, avant de corriger au cours de l’été.
Quand l’IA bascule vers l’optique
L’essor du Photonics-SOI répond à une contrainte croissante des infrastructures d’IA : à mesure que les architectures doivent faire circuler davantage de données entre processeurs, les besoins de connectivité à très haut débit augmentent et l’optique prend une place croissante. La technologie de Soitec peut accompagner plusieurs générations d’architectures, des transceivers enfichables aujourd’hui dominants aux solutions Near-Package Optics (NPO), qui rapprochent les composants optiques des processeurs, puis aux architectures Co-Packaged Optics (CPO), qui les intègrent encore plus étroitement au sein du même ensemble. De quoi augmenter la bande passante, réduire la latence et améliorer l’efficacité énergétique des interconnexions optiques.
« L’accélération de la demande en Photonics-SOI est impressionnante et s’accompagne d’une bonne capacité à adapter l’outil industriel », relève le cabinet d’analyse Oddo BHF. Car l’autre versant de cette accélération se joue désormais dans les usines : Soitec doit être capable de convertir la demande en volumes livrés.
Une capacité industrielle encore extensible
Cette capacité de production permet à Soitec de transformer la demande en chiffre d’affaires. Dès juillet, la direction expliquait tirer parti de la fongibilité de ses lignes SOI et avoir qualifié son usine 300 mm de Singapour auprès de premiers clients. Lors de la présentation du premier trimestre, Laurent Rémont, qui a succédé le 1er avril dernier à Pierre Barnabé à la direction générale de Soitec, indiquait aussi que la hausse attendue serait alimentée à la fois par la demande et par la capacité d’exécution du groupe, sans identifier alors de goulet d’étranglement immédiat. « Nous adaptons notre outil de production pour répondre à la demande », expliquait le directeur général, ajoutant : « Il n’y a pas de goulet d’étranglement à ce stade ».
Oddo BHF estime que Soitec dispose encore de plusieurs leviers avant d’avoir à construire une nouvelle usine, notamment en réallouant des lignes sous-utilisées à Bernin, près de Grenoble, et Singapour. Le groupe peut également mobiliser de l’espace à Bernin 4 et, à terme, équiper l’extension existante de son site singapourien. Cette flexibilité industrielle est d’autant plus précieuse que le changement de mix peut également soutenir la rentabilité : le Photonics-SOI présente, selon le bureau d’études, des « marges très supérieures à la moyenne du groupe ».
Des contrats pour sécuriser la demande
La visibilité commerciale s’améliore en parallèle. Soitec prévoit d’avoir conclu dans les prochaines semaines des accords pluriannuels de réservation de capacités avec huit de ses quelque dix clients clés dans le Photonics-SOI. Ces engagements sont assortis d’acomptes. Selon Oddo BHF, ils fixent aussi un prix pour les volumes convenus et imposent aux clients de communiquer leurs niveaux de stocks afin de limiter le risque de surcommandes. Une évolution importante pour un groupe dont les résultats avaient précisément été lourdement affectés ces dernières années par les corrections de stocks de ses clients.
La diversité d’architectures limite aussi le risque technologique pour Soitec. Lors de la présentation du premier trimestre, Laurent Rémont expliquait que l’essentiel de l’activité provenait encore des transceivers enfichables, tandis que le Near-Package Optics et le Co-Packaged Optics devaient progressivement prendre le relais. Pour Soitec, le choix entre ces différentes architectures change relativement peu l’équation : « Toutes, qu’il s’agisse des transceivers enfichables, du NPO ou du CPO, représentent de formidables opportunités pour nous », soulignait le dirigeant.
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