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Abivax rassure sur son médicament vedette / Les nouvelles données de sécurité confortent le dossier avant la FDA

Un mois après la panique provoquée par plusieurs cas de cancers observés dans son essai clinique, Abivax apporte de nouveaux éléments de réassurance sur la sécurité de son traitement phare contre la rectocolite hémorragique. Un enjeu crucial pour la biotech française, qui approche du dépôt de sa demande d'autorisation de mise sur le marché aux États-Unis.
Marc de Garidel, le directeur général d'Abivax (Photo by ERIC PIERMONT / AFP)
Marc de Garidel, le directeur général d'Abivax (Photo by ERIC PIERMONT / AFP)

Rares sont les secteurs où une thèse d'investissement peut se renverser aussi vite que dans les biotechnologies. Abivax, la biotech française la plus valorisée à ce jour, en a offert ce mois-ci une démonstration spectaculaire : après avoir perdu 43,6 % en une séance début juin, effaçant près de 3,9 milliards d'euros de capitalisation boursière, la société rebondissait de 38 % ce mardi, soldant, à la faveur du terrain regagné entre-temps, l'intégralité de sa chute du début de mois.

Cette fois, le marché a choisi de retenir le message qu'Abivax cherchait à faire passer depuis un mois : les interrogations apparues sur la sécurité de son médicament phare, l'obéfazimod, ne remettent pas en cause, à ce stade, ses chances d'arriver sur le marché.

L'enjeu est considérable pour la biotech française. L'obéfazimod est destiné au traitement de la rectocolite hémorragique, une maladie inflammatoire chronique de l'intestin qui provoque douleurs abdominales, diarrhées et poussées parfois sévères. Après plusieurs années de développement, le produit approche désormais de son principal rendez-vous : le dépôt, attendu au quatrième trimestre, d'une demande d'autorisation de mise sur le marché auprès des autorités sanitaires américaines. Pour Abivax, il s'agit du moment de vérité. Une approbation ouvrirait l'accès à un marché de plusieurs milliards de dollars et ferait entrer la société dans une nouvelle dimension. C'est cette perspective qui a porté sa valorisation à des niveaux inédits pour une biotech française et alimente régulièrement les spéculations sur l'intérêt que pourraient lui porter de grands laboratoires pharmaceutiques.

 

Un bénéfice confirmé chez les patients réfractaires

 

Les données publiées lundi soir ne concernent pas le cœur du dossier réglementaire, déjà dévoilé début juin, mais un volet complémentaire de l'étude de phase III. Elles portent sur les patients les plus difficiles à traiter : ceux qui n'avaient pas suffisamment répondu au traitement après les premières semaines ou ceux dont l'état s'était de nouveau dégradé après une amélioration initiale.

Les résultats suggèrent que l'obéfazimod conserve une utilité même dans ces situations complexes. Parmi les patients n'ayant pas répondu lors de la première phase du traitement, 37,2 % étaient en rémission clinique après une exposition plus longue au produit. Chez ceux ayant rechuté, une augmentation de la dose a permis de retrouver une rémission clinique dans environ 45 % des cas.

 

Des données de sécurité plus rassurantes

 

Mais le véritable sujet n'était pas l'efficacité. Sur ce point, le marché était déjà largement convaincu. Sur le plan de la sécurité en revanche, plusieurs cas de cancers observés chez des patients recevant la dose la plus élevée avaient semé le doute. La question était donc de savoir si ces événements révélaient un risque propre à l'obéfazimod ou s'ils relevaient d'un phénomène statistique amplifié par le faible nombre de cas observés.

Or, en ajoutant les nouvelles données à l'ensemble de son programme clinique, la société dispose désormais d'un recul représentant 1 704 années-patients d'exposition à l'obéfazimod. Malgré cet élargissement substantiel de la base de données, aucun nouveau signal de sécurité n'est apparu, la fréquence des cancers observés demeurant compatible avec celle habituellement constatée chez les patients atteints de rectocolite hémorragique, une maladie qui présente déjà, par elle-même et du fait de certains traitements antérieurs, un risque accru de tumeurs.

Une interprétation confortée par les nouveaux événements recensés dans cette deuxième partie de l'étude. Deux nouveaux cancers hors peau y ont été signalés, mais tous deux ont été considérés comme sans lien avec le traitement par les investigateurs. Plus largement, les tumeurs observées dans le programme clinique touchent des organes différents, sans concentration particulière qui suggérerait un mécanisme commun. Quant aux cancers cutanés, ils concernent des patients présentant déjà plusieurs facteurs de risque, notamment un âge plus avancé ou des antécédents établis, et ne montrent pas de relation claire avec la dose administrée.

 

La FDA en ligne de mire

 

« Les nouvelles données nous paraissent globalement rassurantes », jugent ainsi les analystes d'Oddo BHF. Chez Stifel, on souligne également qu'« aucun nouveau signal de sécurité n'a émergé avec le suivi supplémentaire », un élément qui continue selon le courtier à soutenir « un profil bénéfice-risque favorable ». Sans permettre d'écarter définitivement tout risque, ces résultats renforcent l'idée que le signal observé il y a un mois pourrait relever davantage d'un effet de petit nombre que d'un problème de sécurité propre à l'obéfazimod.

De quoi redonner du crédit au dossier à quelques mois de son rendez-vous réglementaire. Pour Oddo BHF, les nouvelles analyses apportent même « un niveau de réassurance sensiblement supérieur à celui disponible après la première lecture des résultats de maintenance ». Une évolution qui conduit le courtier à juger que ces résultats « renforcent les chances d'un examen réglementaire favorable ».

C'est désormais vers la FDA que tous les regards se tournent. Abivax prévoit toujours de déposer au quatrième trimestre sa demande d'autorisation de mise sur le marché aux États-Unis. L'enjeu est majeur : une approbation ouvrirait la voie à la commercialisation de l'obéfazimod dans la rectocolite hémorragique et transformerait la biotech française en laboratoire disposant de son premier médicament sur le marché. Le prochain grand rendez-vous clinique interviendra ensuite à mi-2027 avec les résultats de phase II dans la maladie de Crohn, une autre maladie inflammatoire chronique de l'intestin pour laquelle le groupe espère reproduire ce succès.

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