Macro-économie / Taux / Chine / Union européenne / France
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Chine / Union européenne / France
La planification chinoise évolue et inspire / Un cruel rappel des manques européens
Une habitude que l’Europe pourrait gagner à adopter. Thomas Grjebine, économiste au CEPII, et Mattéo Torres, conseiller transversal au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP), viennent de revenir sur l’inclinaison chinoise à la planification stratégique et, tout en rappelant que cela ne garantit en rien le succès de l’Empire du milieu, l’idée d’une déclinaison française ou européenne leur semble pertinente. Les rapports de force futurs entre États seraient à leurs yeux essentiellement dictés par la capacité de ceux-ci tant à hiérarchiser leurs priorités qu’à inscrire leur action dans le temps long et à tenir leurs engagements.
Un monde d’autant plus possible qu’ils martèlent que dans le cas hexagonal, « le cadre existe : la loi de 1982 permet toujours l’adoption d’une loi fixant, pour cinq ans, les grandes orientations stratégiques de la Nation ». Ils imaginent une loi dite « des grandes options », laquelle serait adossée « à un rapport stratégique et débattue au Parlement au début de chaque mandat présidentiel ». Aussi espèrent-ils permettre « d’éclairer les arbitrages du quinquennat à venir et de redonner de la cohérence à l’action publique ». Une idée qu’ils ne cantonnent pas à l’échelon national, puisqu’il est proposé de la décliner à l’échelon européen et ce, via un plan septennal. Il est proposé que celui-ci puisse « être débattu et validé par le Conseil européen et adossé au prochain cadre financier pluriannuel européen, pour la période 2028-2034 ».
Inspiration
Reprenant largement l’exemple de ce qui se fait à Pékin, le projet dessiné à quatre mains évoque la possibilité de fixer « un nombre limité de priorités stratégiques, des moyens identifiés et des objectifs mesurables », et de le voir porté par la Commission européenne. Là encore, il est question d’un débat devant les différents parlements qu’ils soient européens ou nationaux. S’il est illusoire de maîtriser rapidement l’art de la planification comme la Chine, celle-ci en est à son 15e plan quinquennal, l’expérience chinoise plaide en faveur d’une flexibilité. Nous faisions à l’époque de l’annonce de ce dernier, le constat d’un recentrage net de la part des autorités chinoises.
Les deux auteurs établissent le même constat, expliquant qu’à l’aide de leur « nouvel Indice de priorité stratégique (IPS), qui pondère les occurrences selon leur position dans le texte, montre que les thèmes liés à la ‘puissance productive et la souveraineté économique’ représentent près de 90 % des priorités implicites du 15e plan, contre environ 80 % dans le 14e plan ». Les politiques chinoises produiraient des effets tangibles et notamment via une nouvelle forme de concurrence pour l’Union européenne. Celle-ci voyant désormais l’Empire du Milieu la concurrencer sur ce qui est qualifié comme le cœur de son appareil productif, à savoir le secteur automobile, celui de la chimie, ou encore de l’électronique et des technologies vertes.
Colosse aux pieds d’argile
L’analyse de la stratégie chinoise par les deux spécialistes est celle d’un pays qui souhaite à la fois produire davantage, en ayant une maîtrise plus forte sur le plan technologique et ce tout en s’assurant que l’ensemble de son économie bénéficie de l’IA et autres outils numériques. Une méthode qui porte ses fruits, la Chine occuperait actuellement « la première place mondiale dans la majorité des technologies critiques, passant de 3 domaines dominés au milieu des années 2000 à 57 sur 64 entre 2019 et 2023 ». Ce qui ne doit pas faire oublier que Pékin doit également s’occuper d’autres priorités qui menacent son modèle, qu’il s’agisse de sa tentative de rééquilibrer son économie vers le marché intérieur, de maintenir une stabilité sociale ou encore de faire face au défi de sa démographie.
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