Entreprises / Actions / Crédit Agricole / Crédit Agricole SA
Entreprises / Actions
Crédit Agricole / Crédit Agricole SA
Banco BPM : Crédit Agricole au-delà des 20 % / Une montée au capital à lire dans la durée
Dans le dossier Banco BPM, Crédit Agricole avance d’un pas de plus. En autorisant le groupe à dépasser les 20 % du capital de son partenaire stratégique transalpin Banco BPM, la Banque centrale européenne vient de permettre de franchir un seuil qui confère à la participation une portée nouvelle, sans en modifier la nature fondamentale. Il ne s’agit ni d’une prise de contrôle, ni d’un changement de cap stratégique, du moins à ce stade.
Dans son communiqué, la banque prend ainsi le soin de préciser qu’elle "n’a pas l’intention d’acquérir ou d’exercer le contrôle sur Banco BPM et [qu’elle] maintiendra sa participation sous le seuil d’offre publique obligatoire", continuant de revendiquer une posture d’actionnaire de long terme.
Ce franchissement de seuil s’inscrit dans le renforcement d’une présence au capital construite par étapes successives. Après l’entrée initiale à 9,18 % en avril 2022, puis des renforcements successifs jusqu’à 9,9 %, le groupe avait obtenu au printemps 2025 le feu vert de la BCE pour monter à 19,9 %. Au troisième trimestre 2025, la banque a complété son dispositif via des instruments dérivés représentant 0,3 % additionnel, avec l’intention affichée de procéder à une livraison physique des titres. L’opération, désormais validée, porte la participation à 20,1 %.
Le passage au régime de l’influence notable
Un pas supplémentaire qui emporte des conséquences comptables et financières très concrètes. Le passage au-delà de 20 % fait en effet entrer Crédit Agricole dans le champ de l’"influence notable" au sens des normes IFRS, Banco BPM n’est ni consolidée globalement ni contrôlée conjointement, mais désormais mise en équivalence à compter du quatrième trimestre 2025. Ce changement de méthode modifie le traitement de la participation. Jusqu’alors, celle-ci était traitée comme un instrument financier, avec des variations de juste valeur directement reflétées dans le compte de résultat de Crédit Agricole. Désormais, ces fluctuations boursières sortent du périmètre du résultat net.
"Compte tenu de cette évolution, le compte de résultat de Crédit Agricole S.A. n’est plus exposé à la volatilité induite par l’évolution du cours de Banco BPM", explique la banque. La participation est désormais appréhendée via la performance comptable de Banco BPM, et non plus à travers ses variations de marché, Crédit Agricole intégrant sa quote-part du résultat net plutôt que les fluctuations du titre.
Un impact ponctuel
Une transition qui n’est pas neutre à court terme. Crédit Agricole va en effet devoir enregistrer un impact ponctuel d’environ –600 millions d’euros au titre de la "première consolidation", comptabilisé au quatrième trimestre 2025 sur la ligne "quote-part du résultat net des entreprises mises en équivalence". Avec toutefois une précision importante : cet ajustement est présenté par le groupe comme étant "hors Purchase Price Allocation", signalant un effet strictement technique lié au changement de méthode comptable, et non à une dégradation de la performance de Banco BPM.
Rapporté à l’ensemble de l’exercice 2025, l’effet est toutefois d’une autre nature. En tenant compte des réévaluations antérieures de juste valeur et des dividendes perçus, l’impact global de la participation dans Banco BPM ressort positif d’environ 200 millions d’euros. Le choc négatif du quatrième trimestre apparaît donc bien ponctuel, non récurrent et sans lien avec la trajectoire économique de long terme associée à cet investissement.
Banco BPM au cœur des équilibres italiens
Au-delà des effets financiers immédiats, la portée stratégique de cette montée au capital devra s’apprécier dans la durée. Elle s’inscrit dans un paysage bancaire italien encore en recomposition, dominé par deux grands acteurs, Intesa Sanpaolo et UniCredit, entre lesquels Banco BPM occupe une position intermédiaire : suffisamment importante pour compter dans les équilibres du secteur, mais structurellement exposée aux mouvements de consolidation.
Dans ce contexte, UniCredit, qui avait tenté une approche hostile sur Banco BPM à l’automne 2024 avant d’y renoncer à l’été 2025 face aux oppositions rencontrées, semble aujourd’hui regarder ailleurs. Selon des informations révélées par Reuters, la deuxième banque italienne aurait récemment exploré un intérêt pour Monte dei Paschi di Siena, via la participation détenue par la holding Delfin.
S’agissant des intentions de Crédit Agricole, la ligne affichée demeure inchangée. Lors de la présentation du plan à moyen terme de la banque en novembre, Olivier Gavalda avait rappelé le niveau d’engagement déjà atteint avec Banco BPM, notamment dans le crédit à la consommation et l’assurance non-vie, mettant en avant l’épaisseur industrielle des coopérations existantes. "Si nous pouvons amplifier les partenariats avec Banco BPM, nous le ferons. Nous en avons en tout cas la capacité", expliquait Olivier Gavalda, sans exclure pour autant d’autres scénarios. "Nous verrions une telle évolution de façon tout à fait positive si elle devait se présenter", ajoutait-il, tout en précisant que, à ce stade, le groupe restait concentré sur sa trajectoire de développement propre en Italie.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

