Contes de campagne / Yves de Kerdrel
Contes de campagne
Yves de Kerdrel
Contes de campagne
Le calendrier de la République ne se négocie pas avec les casseurs
par Yves de Kerdrel
À six mois du second tour, fixé au 2 mai, Bruno Retailleau, Louis Aliot et Raphaël Glucksmann veulent fuir le lendemain du 1er mai. Le gouvernement tient bon. Il a raison, et pas seulement par bravade.
Dans six mois jour pour jour, le 2 mai 2027, les Français choisiront leur président pour les cinq années à venir. Une partie de la classe politique semble s’émouvoir de cette date parce que la veille sera un 1er mai comme l’aurait dit Monsieur de La Palice. Bruno Retailleau a ouvert le feu le 19 octobre, deux jours après les pillages de Paris à Limoges, en passant par Lyon et Marseille, en dénonçant une date taillée pour « bordéliser le second tour ». Louis Aliot a suivi pour le Rassemblement national, puis Raphaël Glucksmann, ce matin, a jugé qu’il serait « intelligent » de déplacer le scrutin.
L’argument se tient. Un samedi de cortèges et de vitrines brisées, en plein silence électoral, laisse à la rue le dernier mot d’une campagne Car à ce moment-là les candidats n'ont plus droit à la parole. De surcroit il n’est pas impossible qu’en cas d’un second tour opposant les deux extrêmes, les policiers et les gendarmes soient fortement mobilisés à l’annonce des résultats du scrutin, le dimanche 2 mai au soir. Plusieurs partis avaient d’ailleurs plaidé pour les dates des 11 et 25 avril 2027
En face, Maud Bregeon a répondu le 28 octobre qu’il n’y avait « pas de raison de changer ces dates », sauf à poser un genou à terre devant les casseurs. Marc Fesneau y devine, lui, une manière de leur « donner raison », et Manuel Bompard, dès juillet dernier, ne voyait « pas trop le problème ». Quand les insoumis défendent le calendrier, c’est qu’ils comptent sur la rue. Le 1er mai 2002, plus d’un million de Français, dont près d’un demi-million à Paris, avaient défilé contre Jean-Marie Le Pen, qualifié face à Jacques Chirac. Quatre jours plus tard, le sortant recueillait 82 % des voix. La rue n’avait pas « bordélisé » la République, elle l’avait réveillée.
Reste le droit, qui se moque des humeurs. L’article 7 de la Constitution enferme le premier tour entre le 8 et le 23 avril, le second tombe quatorze jours plus tard, et l’exécutif garde jusqu’au 31 janvier prochain la faculté d’avancer le tout d’une semaine. Au moment où certains, à l’extrême gauche, font de l’insurrection un programme et du chaos une méthode, il n’est pas inutile de rappeler qu’un calendrier né de nos institutions ne se déplace pas comme un dîner en ville. Bruno Retailleau fut ministre de l’Intérieur. On attendait de lui qu’il fasse reculer les casseurs, pas le calendrier.
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