Chroniques / Jean-Baptiste Noé
Chroniques
Jean-Baptiste Noé
Chronique
Pourquoi Donald Trump ménage Pékin, mais pas Bruxelles
par Jean-Baptiste Noé
Lors de la visite d’État de Xi Jinping à Washington, le 24 septembre 2026, Donald Trump a annoncé la prolongation de la trêve commerciale entre les deux pays jusqu’au 10 janvier 2027. Face à la Chine, Trump s’apaise, mais face à l’Europe, il continue de jouer les durs.
Fini les coups de sang et les propos à l’emporte-pièce. Pour la visite d’État de Xi Jinping à Washington, Donald Trump s’est fait agneau et a sorti le grand jeu pour son hôte de marque. Première entorse à l’ordinaire : Donald Trump est venu en personne accueillir Xi Jinping sur le tarmac de l’aéroport, ce qu’un président américain ne fait pas d’ordinaire, recevant ses invités à la Maison-Blanche. Un geste d’attention destiné à amadouer celui qui représente le grand rival des États-Unis.
Prolongation de la trêve
Deuxième geste majeur : Donald Trump a annoncé la prolongation de la trêve commerciale pour deux mois supplémentaires, soit jusqu’à janvier 2027. Un geste d’apaisement qu’il n’a pas avec ses alliés historiques, comme le Canada et les pays européens. Avec Donald Trump s’ancre l’idée tenace qu’il vaut mieux être adversaire qu’allié. Mais il vaut mieux, surtout, être puissant.
L’accord dit de Busan, signé en octobre 2025 en Corée du Sud, devait expirer le 10 novembre ; il a finalement été étendu de deux mois. Washington gagne du temps, Pékin aussi, mais les sujets de fond ne sont pas vraiment réglés.
Le contenu de cet accord éclaire le rapport de force entre les deux pays. Les États-Unis ont abaissé leurs droits de douane sur les produits chinois de 57 % à 47 %, en divisant par deux le volet lié au fentanyl. En échange, la Chine a suspendu les contrôles à l’exportation sur les terres rares qu’elle avait décrétés début octobre 2025, elle s’est engagée à reprendre ses achats de soja américain, à hauteur d’au moins 25 millions de tonnes par an jusqu’en 2028, et à sévir contre les trafiquants de précurseurs chimiques. La visite de septembre y a ajouté une baisse tarifaire réciproque d’environ 30 milliards de dollars et l’ouverture d’un canal de dialogue sur l’intelligence artificielle. Un bilan qui semble satisfaire les deux parties et où chacun avance avec ses avantages.
Mais à y regarder de plus près, c’est la Chine qui sort gagnante de l’épreuve. Au début de l’année 2025, avant que Washington ne déclenche les hostilités tarifaires, Pékin achetait déjà du soja américain, coopérait sur le fentanyl et n’avait institué aucun régime de contrôle des terres rares. Autrement dit, la Chine a obtenu la levée de restrictions qu’elle n’avait mises en place qu’en représailles, et les terres rares, ces métaux indispensables à l’automobile, à l’aéronautique et à l’armement, sont devenues son arme de dissuasion commerciale la plus redoutable.
Elle contrôle l’essentiel de leur production et de leur raffinage, et la trêve ne fait que suspendre, sans la désamorcer, sa capacité de rétorsion. Si Donald Trump a cédé sur les tarifs, c’est notamment pour préserver l’accès américain à ces métaux indispensables à l’industrie. Autrement dit, c’est bien Pékin qui tient le levier économique, donc politique.
Si Donald Trump présente cela comme une victoire, c’est surtout, pour les États-Unis, le retour à la situation antérieure. Ce qui n’est pas sans faire penser à un autre dossier, celui du détroit d’Ormuz, où Donald Trump présente la réouverture comme une victoire, oubliant qu’il était ouvert avant l’intervention militaire américaine.
Fort avec les faibles
Mais cette rencontre Xi / Trump met surtout en exergue la grande différence de traitement imposé à l’Europe. Car les Européens, eux, n’ont obtenu aucune clémence. L’accord arraché en juillet 2025 au golf de Turnberry, en Écosse, entre Donald Trump et Ursula von der Leyen, impose un droit de douane de 15 % sur la grande majorité des exportations européennes vers les États-Unis. Un taux présenté par la Commission comme un moindre mal, puisqu’il écartait la menace d’un tarif de 30 %, mais qui reste très supérieur aux niveaux antérieurs et pèse lourdement sur l’industrie du continent. L’acier et l’aluminium européens, eux, restent frappés à 50 %.
Pire, l’Europe a dû payer son maintien dans le marché américain par des engagements considérables : l’achat de 750 milliards de dollars d’énergie américaine sur la durée du mandat, l’ouverture de ses marchés à tarif nul pour les produits industriels américains, et des promesses d’investissement outre-Atlantique.
La situation est désormais claire : la Chine peut négocier d’égal à égal avec les États-Unis, et souvent même de façon supérieure, alors que les Européens ont une marge de manœuvre quasiment nulle et ne font que subir les foucades du président américain. Avec Pékin, Washington négocie un rapport de force ; avec Bruxelles, il dicte ses conditions à un partenaire qui n’a pas les moyens de répliquer. Trump ne cède et ne négocie que face à ceux qui ont des moyens de rétorsions, ce que Pékin a, mais dont est dénué Bruxelles.
La Chine dispose de moyens de rétorsion que l’Europe n’a pas : les terres rares, la dette américaine dont elle est une grande détentrice, un marché intérieur gigantesque qu’elle peut fermer aux produits américains. Et surtout, Pékin est prêt à faire usage de ses cartes alors que les Européens ne veulent pas braquer l’Amérique. Eux préfèrent jouer la montre, et espérer que la défaite annoncée aux midterms et surtout la fin du mandat dans deux ans permettront de revenir à une situation plus pacifiée. Mais il n’est pas certain que le prochain président soit plus conciliant que Donald Trump.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
du même auteur
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / Diesel : une pénurie qui menace l’économie
19/09/2026 - 08:28
de la semaine
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / Diesel : une pénurie qui menace l’économie
19/09/2026 - 08:28
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / Bab el-Mandeb : les Houthis referment un verrou du commerce mondial
12/09/2026 - 08:28
Chronique / Jean-Baptiste Noé
Chronique / Chypre Nord : l’épine dans le pied de l’Europe
18/07/2026 - 08:28

