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éditorial / Laurent Bigorgne

éditorial
Laurent Bigorgne

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It’s the economy, stupid !
par Laurent Bigorgne

Le "Grand Chelem" organisé par le Medef jeudi dernier avec sept candidats déclarés à l’élection présidentielle a donné le ton du cycle électoral qui vient. Il sera économique ou il ne sera pas. Les mauvaises nouvelles s’accumulent : croissance en berne, hausse du chômage, inflation persistante, défaillances d’entreprise, envolée des taux… Les Français l’ont compris : 91 % estimaient en juillet que la situation économique du pays était mauvaise (Ipsos BVA).

30/08/2026 - 06:27 Lecture 8 mn.

Quatre dehors et trois dedans

 

Au terme de l’exercice, certains ont salué le tour de force d’avoir réuni sept candidats. D’autres ont surtout relevé que quatre d’entre eux – Glucksmann, Le Pen, Mélenchon et Tondelier – avaient multiplié les propositions déconnectées de la réalité économique : annulation unilatérale d’une partie de la dette ou hausse immédiate des salaires pour Mélenchon ; retraite à 62 ans, voire 60 ans, et refus de toute TVA sociale pour Le Pen ; nouvelles taxations du patrimoine et de l’héritage pour Glucksmann et Tondelier

Si les positions de Marine Tondelier et de Jean-Luc Mélenchon étaient prévisibles, Raphaël Glucksmann était davantage attendu. Le débat a surtout révélé le gouffre entre la justesse de certaines de ses analyses géopolitiques, notamment sur la Chine, et son incapacité à en tirer les conséquences pour renforcer notre appareil productif. On voit mal comment l’abrogation de la réforme des retraites et la fin du pacte Dutreil provoqueraient le choc productif dont le pays a besoin. À vouloir réaliser la synthèse entre première et deuxième gauches, curieuse hybridation de Chevènement et de Rocard, Glucksmann reste prisonnier du vieux logiciel socialiste : taxer et redistribuer plutôt qu’investir et produire.

Son statut de meilleur rempart à la France insoumise pourrait par ailleurs être rapidement mis à l’épreuve. Il lui faut d’abord gagner une primaire et imposer sa ligne anti-Mélenchon à une gauche qui ne la partage pas unanimement, loin s’en faut. Pendant ce temps, Jean-Luc Mélenchon mène une offensive frontale contre le monde économique. Une de ses proches, la députée européenne Manon Aubry, affirme qu’« il ne faudra pas seulement taxer les riches, mais interdire les milliardaires » et qualifie ces derniers de « nuisibles ». Cette animalisation de l’adversaire et les dérives antisémites répétées de LFI - pratiques dignes de l’extrême droite des années Trente - installent désormais ce mouvement dans un registre profondément antidémocratique.

Les trois candidats du bloc central et de la droite – Attal, Philippe et Retailleau – ont, quant à eux, placé la relance de l’économie de l’offre au cœur de leur discours. Fait nouveau, Attal et Philippe semblent avoir compris qu’une politique favorable à l’emploi et à l’investissement ne pourra plus être financée à crédit : avec des taux d’emprunt désormais supérieurs à 4 %, elle devra être gagée sur des économies budgétaires.

 

« Tout ça pour ça ? »

 

Philippe a paru moins à l’aise face aux critiques sur sa part de responsabilité dans les échecs de la décennie Macron. Attal, quant à lui, s’est montré plus libre par rapport au passé, prêt à distinguer ce qui a réussi de ce qui a échoué. Cette question du bilan pèsera lourd : Édouard Philippe veut par exemple relancer les infrastructures, mais comment ne pas lui opposer l’abandon de Notre-Dame-des-Landes en 2018 ? François Baroin l’a bien résumé samedi : « Renverser la table ? Je ne vois pas comment on le fait avec ceux qui ont mis la nappe. »

À Roland-Garros, beaucoup de dirigeants économiques établissaient jeudi soir le même podium : Attal vainqueur sur la forme, plus vif, combatif et concret ; Retailleau très solide sur le fond et porteur de propositions nouvelles, mais pas assez incisif dans leur présentation ; Philippe en retrait, hésitant et insuffisamment précis. Son « 50/50 » sur les aides aux entreprises a une nouvelle fois exaspéré, en accréditant la vulgate sur leur niveau dont une partie de la gauche a fait sa marotte. Le jugement était parfois sévère au sortir du cours Philippe-Chatrier : « Tout ça pour ça », après avoir eu cinq années pour se préparer…

Plus le temps passe, moins on distingue ce qui permettra de départager Édouard Philippe et Gabriel Attal, surtout si ce dernier comble les quelques points qui le séparent encore du maire du Havre, lequel ne décolle pas dans les sondages. D’autant que Jean-Luc Mélenchon se rapproche comme jamais du deuxième tour dans les enquêtes de rentrée.

 

Que va faire le RN ?

 

La route est encore longue et le prochain point de passage sera le budget. Le PLF 2027 doit être déposé le 30 septembre à l’Assemblée nationale. LFI et le PS annoncent déjà la censure, et on voit mal les Écologistes agir autrement. Le RN sera donc en première ligne : choisira-t-il le chaos budgétaire, catastrophique pour la croissance, l’activité et les taux d’intérêt, ou la responsabilité ?

La question est d’autant plus brûlante que Marine Le Pen a semblé jeudi accomplir une mue spectaculaire en reprenant à son compte l’idée d’une règle d’or. Celle qui proposait encore en 2017 un référendum sur la sortie de l’euro annonce désormais 125 milliards d’euros d’économies. Mais elle maintient simultanément la retraite à 62 ans, voire à 60 ans, et la TVA à 5,5 % sur les produits énergétiques : deux mesures dont le coût cumulé atteindrait au moins 40 à 45 milliards d’euros par an. Son plan d’ajustement, dont on n’a pas vu une ligne, s’en trouve déjà dépassé. 

Le récent limogeage de François Durvye, censé apporter au RN la culture économique et entrepreneuriale qui lui fait défaut, ajoute au doute. À Roland-Garros, Marine Le Pen a davantage parlé aux retraités qu’aux chefs d’entreprise, comme l’illustre son refus obstiné de toute TVA sociale.

Elle aura très bientôt l’occasion de montrer la sincérité de sa conversion. Lors du débat budgétaire au parlement, il lui faudra choisir : laisser à nouveau les voix du RN se mêler à celles de LFI et de la gauche pour voter des amendements anti-économiques comme l’an passé, pratiquer la politique du pire en faisant tomber le gouvernement, ou démontrer que la responsabilité économique dont elle se réclame désormais résiste à l’épreuve des faits.

 

laurent@fnxlb.org

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