Succès des émissions française et espagnole
EXCLUSIF.
Malgré l'inquiétude des marchés avant la BCE, l'Espagne et la France sont parvenues à lever à moyen et long terme à des taux en forte baisse. Les investisseurs du Golfe et de Chine soutiennent l'OAT.
Il était ambitieux de venir sur les marché à quelques heures de la réunion cruciale de la BCE, alors que de nombreux observateurs craignent que Mario Draghi ne déçoive les investisseurs. Pourtant le pari est réussi pour la France comme pour l'Espagne. La première a levé pour près de 8 milliards d'euros de titres à 5, 10 et 15 ans à des taux en forte baisse et la seconde 3,4 milliards sur des échéances à 2, 4 et 5 ans.
Dans le détail, le Trésor français a émis pour 1,53 milliard d'euros de titres octobre 2017 à un rendement de 1,05% (contre 1,89% en mai), pour 2,99 milliards d'euros de titres avril 2022 à un taux de 2,21% (contre 2,53% début juillet) et pour 3,452 milliards à 15 ans à 2,85% (contre 3,46% au mois d'avril). Le taux de couverture moyen est bon, supérieur à 2. Ce qui signifie que l'appétit pour les obligations françaises ne diminue pas, malgré une situation budgétaire très fragile.
La France continue d'être associée à l'Allemagne mais offre des rendements plus intéressants, d'où le succès des récentes émissions. "La France n'est pas encore en récession à la différence des autres pays européens, et les investisseurs estiment qu'elle devrait atteindre ses objectifs de déficit. Tant qu'elle remplira ces deux critères, elle pourra émettre à des taux très raisonnables", explique Jean-François Robin, analyste chez Natixis. Selon Yves Zlotowski, économiste en chef à la Coface, la faiblesse des rendements français s'expliquerait également par l'achat massif d'OAT par certains gros investisseurs du Golfe et de Chine. Reste que la plupart des économistes estiment que la France aura du mal à tenir son objectif de baisse du déficit public l'an prochain (de 4,5% à 3% du PIB) en l'absence d'un rebond de la croissance.
Côté espagnol, l'adjudication est également satisfaisante. Le pays a émis 682 millions d'euros à 2 ans à 2,96%, 1,4 milliard de titres juillet 2015 à 3,77% et 1,4 milliard à octobre 2016 à 4,69%, soit des taux en forte baisse. Ainsi lors de la dernière émission à 4 ans début août, les titres s'étaient adjugés à 5,97%, une chute de près de 130 points de base en un mois. Avec cette émission, l'Espagne a désormais réalisé 70% de son programme d'émissions.
La baisse des taux espagnols s'explique principalement par les annonces de Mario Draghi, qui s'est engagé début août à racheter des titres souverains à court terme, à condition que le pays fasse une demande d'aide auprès du FESF au préalable. "Si Draghi fait des annonces conformes aux attentes des marchés cet après-midi, les niveaux de taux espagnols devraient rester soutenables. Dans le cas contraire, ils repartiront à la hausse et dans ce cas le pays a bien fait de profiter de l'accalmie du marché ce matin", conclut Jean-François Robin. D'après El Pais pourtant, citant des sources gouvernementales, l'Espagne souhaiterait solliciter l'aide européenne sans qu'elle soit pour autant associée à des conditions budgétaires supplémentaires, alors que 24 milliards d'euros arrivent à échéance en octobre. Les annonces de Mario Draghi cet après-midi devraient aider le gouvernement à prendre ou non cette lourde décision.
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