Top 10 des tendances du private equity pour 2018
1/ Les levées de fonds du private equity atteignent des records
2017 a été une année historique de levées de fonds pour le private equity, avec 621 milliards de dollars collectés, et a enfin dépassé le record de 2008, de 557 milliards, selon les données de Triago. Cette année devrait être encore supérieure à 750 milliards de dollars, si l’on en croit les projections de hausses d’allocations et de capitaux frais de nouveaux investisseurs. Dans un contexte de taux en légère hausse, la promesse crédible de rendements à deux chiffres par le non coté suscite l’afflux des Limited Partners. Sans compter les dizaines de milliards que pourrait bientôt abonder le fonds souverain norvégien, dont l’enveloppe total atteint 1.100 milliards de dollars et qui envisage de s’exposer au segment.
2/ Des fonds de plus en plus gros sont levés
Les tailles record de fonds sont régulièrement dépassées. L’an passé, Apollo closait le plus gros fonds de l’histoire à 24,7 milliards de dollars et KKR marquait l’histoire pour un fonds nord-américain, à 13,9 milliards de dollars. Silver Lake a clôturé un fonds technologique de 15 milliards de dollars, mais a été rapidement doublé par le japonais Softbank et son méga Vision Fund de 98 milliards de dollars – la plus importante enveloppe jamais dédiée au private equity et quatre fois la taille du véhicule d’Apollo. Les investisseurs limitent leurs relations avec des gérants et augmentent leurs mises auprès de ceux en qui ils ont confiance, en une fois. Selon une étude de Palico, 50% des investisseurs et gérants anticipent que des fonds de 30 milliards de dollars et plus verront bientôt le jour. Et 56% d’entre eux estiment que le Vision Fund sera dépassé d’ici trois à cinq ans.
3/ Les fonds de private equity alternatifs émergent comme une source d’alpha
Au cours des six dernières années, la taille d’un fonds de private equity a presque doublé, à 1,3 milliard de dollars. Mais les fonds ont plus de mal à maintenir leurs rendements historiques. Et de plus en plus, les fonds sectorisés ou les nouveaux gérants, qui lèvent leurs premiers fonds, surperforment les plus classiques. Si bien que les investisseurs sont de plus en plus enclins à abonder le private equity dit « alternatif ». Les Limited Partners devraient donc d’un côté engager de larges sommes chez les gérants traditionnels, et de l’autre chercher de meilleurs rendements via de plus petites allocations dans le private equity alternatif.
4/ Les fonds de dette privée continuent à augmenter
Dans les cinq dernières années, les fonds de dette privée ont triplé à 475 milliards de dollars. Ils offraient des rendements légèrement au-dessus de 10% pour des risques minimes, mais avec l’augmentation de la liquidité globale, celui-ci est tombé à moins de 10%. Cela reste bien mieux que les retours sur les marchés de crédit avec le même profil de risque à l’heure actuelle. Les fonds de private equity devraient donc diversifier leur offre avec des fonds de dette privée en 2018 et après. Cela a du sens d’élargir l’investissement en equity à de la dette pour les mêmes types de sociétés, selon Triago. Les fonds ont ainsi une connaissance plus profonde et poussée de leurs participations, un angle critique pour se distinguer à l’heure actuelle.
5/ La consolidation du private equity poursuit son chemin
Les fusions-acquisitions de sociétés de gestion, qui étaient plutôt rares, ont accéléré en 2017. L’année précédente, cela a commencé avec le rapprochement de deux gérants connus, L Capital et Catterton, afin d’allier leurs forces et non parce qu’ils étaient en position délicate, comme c’était plutôt le cas dans le passé. Les opérations de toute taille ont eu lieu en 2017, comme l’important rachat d’Idinvest Partners par Eurazeo ou la vente plus petite d’EPF Partners à Apax France. Les gérants de moyenne et petite taille voient désormais les M&A comme un moyen de combattre les coûts de marketing et de régulation, alors que les LP engagent plus d’argent avec moins d’acteurs.
6/ Plus de dette entraîne la hausse des prix et du volume dans le secondaire
La dette permet de réconcilier les intérêts dans le secondaire, où sont vendues des parts de fonds qui ont déjà bouclé leurs levées et commencé à investir. Grâce à elle, les acheteurs obtiennent ainsi une décote sur l’Actif Net Réévalué et le vendeur vend à l’ANR ou même avec une prime. La dette a donc été utilisée dans 23% des opérations secondaires, marché qui a atteint un record de 45 milliards de dollars en 2017. Cela a aussi conduit à des prix record, avec une moyenne à 96% de l’ANR contre 94% en 2015 et 2016. Cette proportion devrait même monter à 30% et plus en 2018 selon Triago, ce qui va encore tirer les prix et le volume.
7/ Le restructuring monte à un tiers du marché secondaire
Le restructuring de fonds, qui consiste à transférer des parts de fonds d’un groupe d’investisseurs à un autre, a touché un record de 24% du marché secondaire en 2017, contre 20% l’année précédente et 5% il y a dix ans. Il devrait à nouveau grossir en 2018 à un tiers du volume total du secondaire, tiré par des innovations comme des opérations « strip ». Celles-ci consistent à écarter les actifs que certains investisseurs ne veulent pas, via un spin-off dans un nouveau véhicule que le gérant garde en portefeuille. Les investisseurs bullish peuvent ainsi abonder ce nouveau fonds, tandis que les bearish voient leur exposition réduite. Cela pourrait en particulier être utile pour les actifs britanniques en 2018, dans un contexte d’inquiétude liée au Brexit.
8/ La transparence des fonds de private equity s’accroît
Si certains jugent que l’administration Trump va entraîner un recul de la transparence dans le private equity américain, notamment avec l’abandon d’une partie de la régulation Dodd-Frank, la clarté des termes et de la performance des fonds de private equity devrait s’améliorer aux Etats-Unis et globalement en 2018, en raison de la demande des institutionnels mais aussi de la volonté des gérants d’attirer des capitaux d’individuels. Les particuliers fortunés et family offices sont au centre de l’attention des gérants de private equity, mais après 2018, ils vont se tourner vers le retail. Et pour les attirer, la seule solution est d’améliorer la transparence.
9/ Le private equity est de plus en plus à l’aise avec le digital
Les gérants et investisseurs du non coté ont envie de détenir des sociétés technologiques et d’utiliser l’innovation pour améliorer la performance de leurs participations, mais ont été jusqu’à présent connus pour leur lenteur à l’adopter dans leur portefeuille. Cela change et l’adoption de la technologie a toutes les chances d’accélérer en 2018. L’an passé, quelques gérants marginaux, surtout en Europe, ont commencé à utiliser la blockchain pour suivre et partager des informations sur les transactions, les cash flows, les contrats et la compliance réglementaire. En Californie, quelques fonds de venture utilisent désormais l’intelligence artificielle pour étudier des opportunités d’investissement. Et un sondage Coller Capital montre que trois quarts des investisseurs estiment qu’ils pourront améliorer significativement leur programme de private equity via des bases de données externes (logiciels, plateformes comme Palico etc), notamment pour identifier des acteurs alternatifs.
10/ Les réformes fiscales américaines bénéficient au private equity
Si certains ont mis en garde contre l’impact négatif de la réforme fiscale américaine pour les rendements du private equity et la rémunération des gérants, c’est l’inverse qui prévaut. Les paiements d’intérêts sur les portefeuilles du private equity sont situés entre 32% et 42% des cash flows annuels, légèrement au-dessus du plafond de déductibilité des intérêts fixés par la réforme, à 30%. Le private equity devrait donc être modérément impacté et surtout, devrait être largement compensé par la baisse de l’impôt sur les sociétés de 35% à 21%, qui va profiter aux participations comme à la rémunération du carried interest, considéré comme des gains de capitaux. La seule restriction sur le carried interest – une durée de détention de trois ans minimum – est aussi minime, dans la mesure où seulement 11% des participations sont aujourd’hui vendues après moins de trois ans en portefeuille.
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