M&A : un rebond en trompe-l'oeil
EXCLUSIF.
Les quelques opérations majeures du troisième trimestre ne suffisent pas à dynamiser un marché en recul de 22% en volume. Une fois de plus, les Etats-Unis et Royaume-Uni assoient leur domination.
Le dernier M&A Index d'Allen & Overy illustre les contradictions du marché des fusacqs. Si ce dernier progresse de 13% en valeur à 529 milliards de dollars au troisième trimestre, il accuse toutefois une baisse de 22 % en volume (458 opérations) par rapport à la même période l'année dernière. Il s'agit même du plus faible volume d'activité trimestriel depuis six ans. Le rebond observé est en réalité dû à quelques opérations majeures (Verizon/Vodafone, Nokia/Microsoft...). Par ailleurs, on observe une relocalisation des capitaux des marchés émergents vers des marchés plus matures.
Là encore, il ne faut pas aller trop vite en besogne. L'ensemble des économies avancées a beau profiter de ce regain de vitalité, ce sont bien les Etats-Unis et le Royaume-Uni qui continuent de mener la danse. Le premier compte ainsi pour 54% de l'activité M&A, les incertitudes concernant l'économie mondiale ayant conduit à un véritable boom des deals sur le territoire US; le second profite de la confiance des investisseurs, suite notamment au changement de direction à la tête de la banque d'Angleterre. On ne peut toutefois pas occulter le rôle de l'opération Vodafone/Verizon (130 milliards d'euros) dans les bons chiffres de ces deux pays. Outre Atlantique, la fermeture des administrations - due au shutdown du gouvernement - pourrait néanmoins remettre en cause la poursuite de cette inflation de deals depuis le début de l'année.
La France, elle, a connu un trimestre en demi-teinte. Si elle a été à l'origine de 27 deals (38,7 milliards de dollars), elle ne constitue toutefois pas un marché cible majeur. Et cela n'est pas prêt de s'améliorer ; cherchant à dissuader les investisseurs étrangers de réaliser des OPA hostiles, l'exécutif a annoncé une série de mesures qui pourraient donner davantage de poids aux employés lors de telles opérations et forcer certaines entreprises à documenter leurs recherches d'acquéreur avant de pouvoir envisager la fermeture d'une unité de production. Des mesures qui, si elles étaient votées, détérioreraient un peu plus la perception qu'ont les investisseurs de la France. D'ores et déjà, selon une étude menée par Bain et la chambre de commerce américaine en France, seuls 13% des entreprises américaines ayant investi dans le pays en ont "une perception positive". Une situation qui interpelle quand on sait que les américains sont les premiers investisseurs en volume en France.
Qui plus est, la France est loin d'être un Eden fiscal ; or les M&A sont de plus en plus perçues comme des opportunités d'ajustement de la structure fiscale des entreprises. A titre d'exemple, la fusion entre Omnicom et Publicis a permis de localiser la nouvelle société aux Pays-Bas, entraînant une économie fiscale de 80 millions de dollars. Idem pour l'entreprise pharmaceutique américaine Perrigo, qui a profité de l'acquisition d'Elan pour relocaliser ses activités en Irlande, réduisant ainsi de 13% son taux d'imposition pour une économie annuelle de 150 millions de dollars.
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17/09/2021 - 10:31

