Ce qui s'est dit au diner de l'Afep avec Hollande
EXCLUSIF.
Pas moins de 71 grands patrons étaient présents hier soir au dîner de l'Afep, qui recevait, pour la première fois de son existence, le Président de la République en exercice. Dans ses locaux.
Tout le gratin de la finance et de l'industrie dînait hier au siège de l'Afep en compagnie du Président de la République, qui s'était engagé à la fin du mois d'août dernier à parler dans ce cénacle ultra-secret avant la fin de l'année. La promesse a donc été tenue. Et le mérite en revient très largement à Emmanuel Macron, ancien associé-gérant de Rothschild & Cie, aujourd'hui secrétaire général adjoint de l'Elysée, qui veille scrupuleusement à maintenir un lien entre l'exécutif et le monde de l'entreprise. Il accompagnait hier soir François Hollande à ce dîner, où 71 des 98 adhérents avaient répondu présent.
Depuis que Pierre Pringuet, le président de l'Afep et patron opérationnel de Pernod Ricard, a repris les commandes de l'association créée il y a trente ans par Ambroise Roux, ces diners-débats ressemblent davantage à des figures imposées qu'à une discussion à bâtons rompus. C'est-à-dire qu'un certain nombre de dirigeants sont sélectionnés pour interroger l'invité sur un thème bien précis après avoir fait, éventuellement, un court exposé liminaire.
C'est ainsi que Serge Weinberg, le président de Sanofi, est intervenu sur la compétitivité, que Robert Brunck, le président de CGG Veritas, a fait un exposé jugé un peu long sur l'emploi, et considéré par ses pairs comme un peu trop laudatif à l'égard des mesures prises par le gouvernement Ayrault. Gilles Michel, le patron d'Imerys, a également pris la parole.
Mais les deux temps forts de ce dîner ont été d'une part un exposé très brillant de Jean-Pierre Clamadieu, le patron de Solvay, sur le gaz de schiste, démontrant comment toute l'industrie mondiale était transformée par cette nouvelle énergie. Ce à quoi François Hollande a répété qu'il n'était pas opposé au gaz de schiste en lui-même, mais seulement au mode d'extraction par fracturation hydraulique. Sans doute le président de la République ignore-t-il que toutes les compagnies d'eau font dèjà depuis longtemps de la fracturation hydraulique, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans que cela ne pose le moindre problème aux nappes phréatiques !
D'autre part, les participants ont pu assister à une joute entre le locataire de l'Elysée et son ancien camarade de l'Ena, Henri de Castries, président d'Axa, sur la fiscalité, le traitement réservé à l'actionnariat salarié et toutes les conséquences que différentes mesures prises depuis six mois ont eues de manière négative sur les cours de bourse et donc les capitalisations boursières des grandes entreprises françaises. Ce à quoi François Hollande a répondu par une boutade en déclarant que pour favoriser l'épargne à risque, il lui était encore possible de taxer l'assurance-vie...!
Pour l'essentiel, la plupart des patrons que WanSquare a pu joindre sont sortis de ce dîner en considérant qu'ils avaient eu droit à un formidable exercice de "langue de bois". Seuls trois points intéressants ont été retenus. Primo : s'agissant des questions de gouvernance et de rémunération, François Hollande a déclaré qu'il attendait maintenant les propositions du Medef et de l'Afep avant de voir s'il fallait réglementer et, le cas échéant, de quelle manière. Secundo : s'agissant de la tranche d'imposition à 75 % établie pour deux ans, le Président de la République a laissé entendre que si la situation financière ne s'était pas suffisamment améliorée en deux ans, elle pourrait être prolongée. Tertio : sur l'ISF, il a souligné lui-même que le nouveau dispositif pouvait être remis en cause par le Conseil Constitutionnel. Comme une note récente de la Fondation pour l'Innovation Politique, faite par Aldo Cardoso, l'a très justement souligné. A suivre !
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17/09/2021 - 10:31

