Les idées de Macron sur l'Europe font leur chemin
Si le Président français est à la peine pour renforcer la coopération franco-allemande, face à une Angela Merkel qui vient tout juste de trouver un compromis avec le SPD pour former un gouvernement, ses idées sur l'Europe commencent à gagner du terrain à Bruxelles. Ainsi les les ministres des Finances de la zone euro, qui se réunissent cet après-midi pour le premier Ecofin de l'année, devraient discuter de propositions de la Commission pour renforcer l'UEM, dont plusieurs sont dans la droite ligne de ce que défend Emmanuel Macron.
Ces propositions, publiées début décembre par l'organe exécutif de la zone euro, comprennent quatre grandes initiatives : l'une concerne la création d'un Fonds monétaire européen permanent, destiné à remplacer l'actuel Mécanisme européen de stabilité (MES), mis en place pendant la crise de la dette souveraine pour apporter un soutien financier aux Etats en difficulté. L'idée d'un FME va dans le sens de celle du Président français, qui a de son côté proposé d'aller encore plus loin, en créant un budget de la zone euro, dont une partie serait effectivement dédiée à l'assistance financière d'urgence, une autre aux crises économiques et la dernière aux investissements d'avenir. Autre proposition de la Commission: intégrer les éléments du pacte budgétaire de l'UE (fameux critères de Maastricht) dans le cadre juridique de l'UE. Emmanuel Macron souhaite de son côté conditionner l'accès au budget européen au respect des règles communes en matière fiscale, autre façon de les rendre contraignantes.
Les ministres des Finances examineront également cet après-midi la possibilité d'un ministre européen de l'Economie et des Finances, qui serait aussi vice-président de la Commission et président de l'Eurogroupe. Une nouvelle fonction visant à améliorer la cohérence, l'efficacité et la transparence en matière d'élaboration des politiques économiques de l'UE. Le Président français défend lui aussi l'idée d'un ministre de l'Economie, qui serait responsable du budget de la zone euro. Même pour Emmanuel Macron, le moyen d'améliorer la légitimité démocratique de l'Europe serait de rendre ce ministre responsable devant un Parlement de la zone euro, qui rassemblerait l'ensemble des parlementaires de la zone.
Deux autres initiatives seront discutées aujourd'hui : l'éventualité de nouveaux instruments budgétaires pour la zone euro, tels qu'un appui aux réformes structurelles apporté aux Etats membres, un mécanisme de soutien à la convergence pour les Etats qui adhéreraient à la monnaie unique, un filet de sécurité pour l'union bancaire de l'UE et un mécanisme de stabilisation visant à protéger les investissements en cas de chocs asymétriques. Et enfin une communication sur de nouvelles étapes en vue de l'achèvement de l'Union économique et monétaire (union bancaire et des marchés de capitaux compris).
Le Président français a, dans son programme de campagne, défendu de nombreux autres aspects pour renforcer l'UE, et notamment un fonds européen de défense, une Europe du numérique, la réforme du marché carbone ou des instruments anti-dumping. Idées avec lesquelles les sociaux-démocrates allemands sont assez en phase et qui pourraient émerger plus facilement, une fois que la Chancelière aura formé son gouvernement. Mais les propositions discutées par les ministres des Finances aujourd'hui sont déjà une bonne étape pour renouveler l'Europe telle que l'entend Emmanuel Macron. Le Parlement et le Conseil devront d'ailleurs donner leur accord sur cet ensemble d'initiatives d'ici mi-2019, ce qui permettrait leur mise en oeuvre avant l'entrée en fonction de la prochaine Commission.
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