La France se bâtit son "fiscal cliff"
EXCLUSIF.
Alors que les Etats-Unis feront tout pour limiter l'impact du fiscal cliff, la France fait exactement le contraire. Ce qui explique la différence de croissance entre les deux pays.
Cela fait maintenant plusieurs mois que les Etats-Unis ont damé le pion à la zone euro et à la France. Alors qu'au deuxième trimestre le PIB américain grimpait de 2,1%, celui de l'UE baissait de 0,5%, la publication des indices PMI lundi est venue souligner cet écart de rythme grandissant : tandis que de l'autre côté de l'Atlantique, l'indice de l'activité industrielle est repassé au-dessus du seuil des 50 points, grâce notamment aux nouvelles commandes et amélioration de l'emploi dans le secteur, celui de la zone euro a stagné à 46,1 points. Et le chiffre est encore plus mauvais pour la France, avec une accélération de la contraction de l'activité manufacturière.
Selon les analystes de Natixis, il y a des raisons structurelles derrière cet écart de croissance. La flexibilité nominale est un premier facteur qui soutient le PIB américain, à savoir que lorsque la situation économique se dégrade dans le pays, l'ensemble des variables nominales (salaires, coûts salariaux unitaires, prix de l'immobilier ou loyers) s'ajustent à la baisse. La France souffre au contraire de la rigidité salariale et du marché du travail. La souplesse permet d'améliorer la compétitivité par le recul des coûts salariaux, tout en préservant le pouvoir d'achat par la baisse des prix. Deuxième raison souvent citée: l'effort d'innovation. En 2009, les dépenses totales en R&D représentaient 2,9% du PIB américain contre 2,06% du PIB de l'UE et 2,26% en France tandis que les dépenses d'éducation supérieure par étudiant sont deux fois plus élevées chez les américains.
Surtout, selon René Defossez, analyste chez Natixis, "alors qu'aux Etats-Unis, l'essentiel du débat porte sur la manière de réduire l'obstacle fiscal, en zone euro on bâtit des 'fiscal cliff' partout. Le dernier en date est le PLF Français". Quel que soit le nouveau président élu aux Etats-Unis, "le pays ne prendra pas la voie d'une austérité budgétaire sévère, et démocrates et républicains devraient se mettre d'accord pour limiter le fiscal cliff". En augmentant le poids des charges des entreprises et en mettant la priorité sur les prélèvements obligatoires plutôt que la baisse des dépenses publiques, le gouvernement français a lui adopté la stratégie inverse. Plus le poids des cotisations sociales des entreprises augmente, plus le taux de chômage structurel est élevé : en zone euro, il a atteint 11%, tandis qu'aux Etats-Unis, il est revenu à 8%. Après la chute de Lehman, le niveau d'emploi était pourtant le même dans les deux continents.
Dernier élément cité pour expliquer la différence de croissance entre les Etats-Unis et la zone euro, notamment la France : les entreprises américaines semblent prendre plus de risques en sortie de récession et font davantage d'efforts d'investissements. Alors que la profitabilité des sociétés françaises stagne, celle des Etats-Unis est en hausse depuis 2011. Les mesures d'alignement de la fiscalité du capital sur celle des revenus, dévoilées vendredi par le gouvernement français, devraient ajouter à la frilosité des entrepreneurs français, décidément peu soutenus par les politiques publiques.
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