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Alan Greenspan ne croit pas au miracle de la réforme fiscale

L’ex-président de la Fed a mis en garde contre la réforme fiscale, qui selon lui ne boostera pas la croissance, installée à un rythme de 2%. Il prévoit le passage des Etats-Unis de la stagnation à la stagflation, en raison des montants anormalement élevés de dette.
Alan Greenspan
Alan Greenspan

A 91 ans, Alan Greenspan reste une voix qui compte pour les marchés. L’ex-président de la Réserve Fédérale, qui il y a tout juste 21 ans avait pointé du doigt « l’exubérance irrationnelle » des marchés, et anticipé l’explosion de la bulle Internet, est à nouveau très inquiet pour l’économie américaine. Dans une interview à CNBC, il a regretté le passage de la réforme fiscale par le Sénat il y a quelques jours, qui selon lui ne sera pas à même de provoquer le grand rebond de croissance attendu. « L’administration fait des coupes fiscales et des baisses de dépenses, mais le fait dans le mauvais ordre. Nous avons besoin de nous focaliser totalement sur la réduction de la dette », a-t-il martelé, alors que les deux chambres doivent trouver un compromis pour aboutir à un texte final d’ici la fin de l’année.

Les risques sont tangibles, selon l’économiste. « Si rien ne change, nous allons passer d’une stagnation à une stagflation, avec une hausse significative de l’inflation et un déséquilibre manifeste de l’économie, qui est difficile à anticiper à ce stade », plaide-t-il. Pourtant, les données ne semblent pas aller dans le sens d’une hausse des prix à l’heure actuelle : les coûts du travail unitaires du pays, publiés mercredi, ont affiché en net retrait, à un taux annualisé de 0,2% au dernier trimestre, contre une première estimation à 0,5% le mois dernier. Et les dernières statistiques des hausses de salaires ne sont pas vraiment réjouissantes non plus, avec une croissance de 1,2% en rythme annuel en novembre contre un objectif d’inflation à 2% pour la Fed.

Par ailleurs, la stagflation est caractérisée par une faible croissance : si la croissance a été au rendez-vous lors des deux derniers trimestres -avec un PIB en hausse de 3,1% et 3,3% respectivement aux deuxième et troisième trimestres - elle devrait être « significativement plus faible » sur les trois derniers mois de l’année, selon Alan Greenspan. Ce dernier juge que le climat actuel est celui d’une croissance annuelle à 2%, même si les Réserves Fédérales de plusieurs Etats l’anticipent à plus de 3%. Enfin, la stagflation entraîne une hausse du taux de chômage qui, à l’heure actuelle, est à 4,1% le plus bas depuis décembre 2000.

En tout état de cause, l’homme qui a passé 19 ans à la tête de la Banque centrale américaine avertit, à l’instar de Bill Gross, sur les niveaux des taux d’intérêt à long terme, « anormalement faibles ». Sans employer le terme d’exubérance irrationnelle, il est préoccupé par une correction violente des marchés, qui ne sera qu’aggravée par le creusement du déficit issu de la réforme fiscale. Seule inconnue : quand ce grand big-bang des marchés aura lieu.


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