Macro-économie / Taux / Italie / Institut français d'économie
Macro-économie / Taux
Italie / Institut français d'économie
Un miracle italien qui sera jugé dans la durée / Le pouvoir d’achat et la productivité laissent à désirer
Un exemple qui pourrait ne pas l’être éternellement. Les faiblesses de l’économie italienne sont loin d’avoir totalement disparu ces dernières années et pourraient revenir plus rapidement que prévu sur le devant de la scène. En ce qui concerne la croissance du PIB italien, les chiffres de l’IFE publiés cette semaine misent sur une hausse de 0,8 % en 2026 et de 0,7 % en 2027 après 0,7 % en 2025. Pour rappel, en ce qui concerne la zone euro, ce sont respectivement 1,1 % et 1,2 % qui sont attendus en 2026 et 2027, après 1,3 % en 2025.
Si Rome n’a donc pas réussi à faire de l’Italie un moteur pour la croissance européenne, elle arrive néanmoins à faire rentrer le déficit public italien dans les rangs, avec des chiffres attendus par l’IFE à -2,9 % du PIB en 2026 et -2,7 % en 2027, après -3,1 % en 2025. Francesco Saraceno, directeur de programme adjoint de l’IFE-OFCE, rappelle que « la publication des chiffres du déficit en avril dernier par la Commission européenne tempérait pourtant ces résultats en confirmant que l’Italie ne sortirait pas de la procédure de déficit excessif en 2025, puisque celui-ci s’établit encore au-dessus du seuil de 3 %, soit à 3,1 %, même s’il devrait passer ensuite sous le seuil. » Un effort accompli petit à petit qui devra bientôt composer - à partir de 2027 - sans l’impulsion du plan de relance européen, qui a volé pendant des années au secours de la croissance et de l’investissement en Italie.
Rééquilibrage
L’économiste martèle que l’extinction de ce plan aura pour conséquence que dès 2027, « c’est la consommation, si elle est soutenue par une croissance de l’emploi et une augmentation des salaires, qui devrait être le principal moteur de la croissance. » Difficile d’être optimiste pour cette dernière confie l’économiste, étant donné que la loi de finances italienne ne comporterait que quelques allègements modestes en faveur des entreprises et ne prévoirait aucune politique industrielle de long terme. Chez Francesco Saraceno, on veut non pas tant mettre en avant un solde migratoire net en 2024 qui demeure positif - 103 000 personnes - mais la « forte hausse du nombre de diplômés partis à l’étranger à la recherche de rémunérations adéquates et d’emplois correspondant à leur niveau de capital humain. »
Le paysage décrit par ses soins n’incite pas à l’optimisme, puisqu’il s’agit d’une situation mêlant une croissance lente de l’investissement, une faible réallocation des ressources vers les entreprises les plus productives et, enfin, des fragilités structurelles. Le cercle vicieux en place conduit à une faible productivité, laquelle réduit à la fois « les incitations à investir, [tout en] limitant la capacité du système productif à accumuler du capital matériel et immatériel dans les secteurs à fort potentiel d’innovation et de croissance future. »
Avenir
Les orientations du gouvernement auraient bien du mal à remédier à l’ampleur du problème, puisqu’elles seraient avant tout signe de continuité. L’économiste rapporte qu’il est question d’une « nouvelle baisse, d’ampleur limitée, de l’IRPEF (l’impôt sur le revenu), de possibles incitations à l’embauche des jeunes, ainsi que quelques mesures supplémentaires. » Le tout alors que le gouvernement Meloni demande à Bruxelles une flexibilité fiscale qui indique que ses marges de manœuvre sont pour l’heure ténues. Les gains produits par la politique de stabilisation budgétaire sont quant à eux capables de produire une réduction relative du coût d’emprunt de l’Italie, mais non pas de remédier aux principales faiblesses structurelles de l’économie transalpine.
Bien que la performance italienne en matière de solde primaire, hors intérêts, soit qualifiée de « remarquable au vu de sa situation lors de la crise de la zone euro », cette considération s’accompagne du constat que « le coût de cette orientation politique a été la renonciation à utiliser le dividende de croissance » à bon escient. Le chercheur est conscient qu’il a fallu veiller à donner des gages aux différents partenaires européens. Malheureusement, cela semble bel et bien s’être fait au détriment du dénouement des blocages qui freinent la croissance italienne.
D’autant que pour l’heure, la faible croissance maintient l’Italie dans une situation où elle est le deuxième État membre le plus endetté de l’Union européenne, après la Grèce, avec une dette avoisinant 137,1 % du PIB, qui devrait commencer à diminuer à compter de 2027. De quoi relativiser l’intérêt de la trajectoire italienne comme exemple pour le débat budgétaire de ce côté-ci des Alpes.
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