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Les entreprises cotées peinent à décrypter leur valeur en Bourse / Seuls 4 % des dirigeants comprennent très clairement le jugement des investisseurs
Les entreprises cotées n'ont jamais disposé d'autant d'informations sur les marchés financiers. Pourtant, elles peinent à comprendre ce qui détermine le jugement des investisseurs. C'est ce qui ressort du « Global Corporate Issuer Report 2026 » de MSCI, qui vient de paraître. L’étude repose sur une enquête menée en avril et en mai auprès de 250 responsables de groupes cotés, issus notamment des fonctions financières, des relations investisseurs, de la durabilité et des risques, dans 17 pays. Tous ces groupes réalisent au moins 500 millions de dollars de chiffre d’affaires. Cela ne signifie pas pour autant que les autres avancent à l’aveugle : 87 % jugent leur compréhension « assez claire ». Mais ils peinent à expliquer les mouvements qu’ils observent. Une entreprise voit son cours évoluer, sa notation extrafinancière changer ou sa place dans un indice bouger, sans toujours savoir ce qui a provoqué le mouvement.
Ainsi, 30 % des sondés disent manquer de visibilité sur les ressorts du sentiment des investisseurs et de la valorisation, 24 % sur la construction des notations de durabilité, 23 % sur la façon dont sont bâtis les groupes de comparaison. « Nous recevons souvent plusieurs signaux à la fois, mais il n’existe aucun moyen clair de savoir lesquels comptent vraiment pour la valorisation », résume le directeur financier d’un groupe italien de plus de 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires, cité dans l’étude de MSCI.
Les angles morts du financement
La maîtrise du coût et de l’accès au capital figure parmi les deux premières priorités de 84 % des répondants, loin devant la compréhension de la perception des investisseurs, citée par 22 % seulement. Or, le coût du financement d’une entreprise dépend en partie de la manière dont les investisseurs évaluent son profil de risque. « Comprendre comment les investisseurs institutionnels évaluent une entreprise n’est pas une tâche de communication, c’est une tâche de stratégie du capital », souligne MSCI.
Ce manque de visibilité pèse aussi sur les choix internes. Pas moins de 85 % des responsables interrogés reconnaissent manquer de données pour éclairer leurs arbitrages stratégiques, comme le choix des investissements, et 84 % ne parviennent pas à relier de manière fiable leurs indicateurs de durabilité ou de risque à leurs résultats financiers. Le dialogue avec les actionnaires n'échappe pas à ces contradictions : 85 % affirment que les échanges avec leurs investisseurs éclairent directement leurs décisions relatives aux marchés de capitaux, mais 78 % estiment ne pas savoir suffisamment ce qui compte le plus aux yeux de ces mêmes investisseurs. L’enquête, déclarative, ne mesure en revanche ni une éventuelle décote boursière ni son coût.
Autre résultat révélateur : seuls 10 % des sondés déclarent que les flux de la gestion passive et la demande liée aux indices éclairent directement leurs décisions. Aux États-Unis, les fonds passifs ont pourtant dépassé les fonds actifs en encours dès la fin de 2023, selon Morningstar. MSCI calcule lui-même une partie de ces indices et publie ses propres notations ESG. Il fournit donc certains des signaux que les entreprises disent mal décrypter. MSCI précise toutefois que les méthodologies de nombreux indicateurs sont publiques : la difficulté réside surtout dans leur interprétation et leurs conséquences pour les entreprises.
Dans la tête des investisseurs
Les entreprises interrogées cherchent moins à accumuler de nouvelles données qu’à mieux relier celles dont elles disposent déjà. « Nous avons vraiment besoin d’une vision unique qui explique comment les signaux de marché se transforment réellement en décisions des investisseurs et en variations de valorisation », confie le responsable financier d’une société américaine. Près de quatre sur cinq (79 %) placent au premier rang des outils intégrés de comparaison avec leurs concurrents, et 60 % veulent mieux connaître leur actionnariat : qui détient leurs titres, pour quelles raisons, et comment cette base pourrait évoluer. En moyenne, seules 6 % environ envisagent de développer ces capacités en interne, tandis que 87 % envisageraient de partager des données non publiques avec un prestataire de confiance, sous réserve de garanties appropriées.
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