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Les délais de paiement s’améliorent de peu… mais les déséquilibres persistent / Le "déficit" de trésorerie des PME reste estimé à 13 milliards d'euros
Il n’y a pas encore de quoi crier victoire, mais il reste possible de voir le verre à moitié plein. Dans un contexte où la mise en place de la facturation électronique pourrait, à l’avenir, jouer sur les comportements de paiement et où les sanctions contre les mauvais payeurs devraient venir se renforcer, la Banque de France a publié vendredi, en parallèle des Assises des délais de paiement organisées à son siège, son bulletin dédié au sujet, éclairant les comportements de paiement des entreprises françaises à fin 2025.
Ainsi, un recul de 0,8 jour d’achat des délais fournisseurs (hors microentreprises) a été observé entre 2024 et 2025 : ils se sont établis, en fin d’année dernière, à 49 jours en moyenne. Une nouvelle baisse, bien que davantage contenue que l’an passé. « Ce recul est modéré, mais poursuit un mouvement qui a démarré à la fin des années 2010 – exception faite de la période du Covid-19. Pour l’année 2025, l’amélioration des délais, côté fournisseurs comme clients, concerne par ailleurs l’ensemble des entreprises. Cela évolue favorablement, mais pas encore suffisamment assez pour que les déséquilibres identifiés depuis un certain temps ne se règlent », détaille auprès de WanSquare Olivier Gonzalez, économiste à la Direction des Entreprises de la Banque de France et auteur de l’étude.
De fait, la baisse des délais dans lesquels les entreprises règlent leurs fournisseurs est comparable d’une catégorie à une autre, précise la note de la Banque de France, aux alentours d’un jour de moins par rapport à 2024. Il est en revanche à noter que les grandes entreprises ont profité d’une réduction du temps mis par leurs clients pour les payer de deux jours l’année dernière, tandis qu’il est très légèrement orienté à la baisse pour les ETI et PME, hors microentreprises. Ainsi, les délais fournisseurs et clients une fois mis en regard, le solde commercial des grandes entreprises est proche de zéro. Ce qui signifie qu’elles financent, quasi intégralement, les délais accordés à leurs clients grâce à ceux obtenus de leurs fournisseurs. Ce n’est pas le cas pour les ETI et PME : leurs soldes commerciaux tutoient, voire dépassent, dix jours de chiffre d’affaires en 2025.
Les particularités sectorielles à prendre en compte
Certaines particularités se révèlent à l’aune de l’analyse sectorielle. Par exemple, dans l’hébergement et la restauration, ou le commerce, qui s’adressent en grande partie à une clientèle de consommateurs particuliers, les entreprises sont généralement payées au comptant et enregistrent donc peu de retards de paiement - signifiant que le crédit interentreprise reste une ressource, comme en témoignent leurs soldes commerciaux négatifs. Mais leurs délais fournisseurs font en tout cas partie des baisses les plus marquées de l’année, et se situent désormais nettement en dessous de leur niveau pré-crise sanitaire pour l’hébergement et la restauration. Ces deux secteurs font aussi partie du bas de la fourchette de l’ensemble des délais fournisseurs.
D’autres éléments restent à prendre en compte pour analyser certains écarts entre secteurs. « Ce que dit la littérature économique, est que les différences entre secteurs s’expliquent également par l’organisation et les équilibres au sein d’une chaîne d’approvisionnement. Le commerce, par exemple, peut justifier de délais auprès des fournisseurs alors que ses délais clients sont très courts, dans la mesure où le distributeur prend le risque de la mise sur le marché et de la gestion des stocks. L’amont de la chaîne peut donc accepter de financer davantage, que dans d’autres secteurs, l’aval », précise par ailleurs Olivier Gonzalez.
Les autres baisses des délais fournisseurs les plus marquées sont à relever du côté des services aux entreprises, ainsi que de l’information et communication. Elles se sont accompagnées d’un recul comparable des délais clients, si bien que leurs soldes commerciaux sont restés stables. Ils sont les plus défavorables, représentant respectivement un besoin de financement de 40 et 37 jours de chiffre d’affaires. Dans les autres secteurs, la situation est globalement à l’équilibre.
Les retards persistent et signent
S’il existe donc des améliorations globales en matière de délais de paiement, une constante demeure, année après année : les entreprises aux poches les plus profondes sont aussi celles qui ont les comportements les moins vertueux. Ainsi, plus d’une grande entreprise sur deux continue de payer ses fournisseurs avec retard, soit au-delà du délai légal de 60 jours. « Les délais progressent véritablement avec la taille des entreprises, les plus petites structures ont les délais les plus courts », nous fait de son côté remarquer Thomas Allen, économiste à la Banque de France. Et les PME (microentreprises inclues) restent les plus pénalisées par la persistance des retards, avec un « déficit » de trésorerie estimé de nouveau à 13 milliards d’euros. Dans le même temps, le montant de trésorerie que les grandes entreprises devraient transférer à leurs partenaires, si ces retards venaient à disparaître, a augmenté pour atteindre, là aussi, 13 milliards d’euros (contre 11 milliards en 2024).
Déviances particulières ou généralisées ?
Pour approfondir l’analyse de ce résultat, la Banque de France a mené pour la première fois un travail sur ces transferts de trésorerie au bénéfice des grandes entreprises. « Il faut d’abord souligner que toutes les grandes entreprises ne sont pas des mauvais payeurs. Parmi celles qui paient leurs fournisseurs en retard, certaines sont aussi mal payées par leurs clients. Mais l’on observe qu’un tiers des grandes entreprises profitent de retards de paiement pour gagner en trésorerie et qu’une dizaine d’entre elles représentent plus de la moitié de cet impact de 13 milliards d’euros. Cela est bien supérieur aux autres catégories d’entreprises, avec en particulier une microentreprise sur cinq ou une PME sur quatre qui affiche des retards », détaille Thomas Allen.
Reste ensuite à savoir comment ces montants se répartissent au sein de cette population : si un nombre comparable de grandes entreprises retardataires se retrouve à chaque niveau de chiffre d’affaires, la somme se concentre donc néanmoins sur un nombre restreint d’entre elles. Près de 50 % des montants captés par les grandes entreprises qui tirent avantage des retards le sont, ainsi, par celles qui appartiennent aux 10 % ayant les revenus les plus élevés. « Ce n’est pas parce qu’elles sont moins vertueuses que les autres, mais parce que les montants en jeu sont supérieurs. Cela est logique : un jour de retard chez elles représente des sommes bien plus importantes que pour les entreprises qui ont moins de factures à régler. Mais on ne peut donc pas dire que ces comportements se résument à une poignée de grandes entreprises déviantes, ils sont finalement plus généralisés que dans les autres catégories », explique Olivier Gonzalez.
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