Macro-économie / Taux
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Deux ans après le rapport Draghi, l’Europe avance à pas de tortue / L’exécution reste loin de l’urgence affichée
Le compte est très loin d’y être. Le rapport Draghi devait servir de feuille de route à une Europe confrontée à un décrochage industriel, technologique et énergétique. Deux ans après sa publication, le passage des recommandations aux décisions concrètes reste pourtant limité. C’est le principal enseignement d’un rapport de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI), qui a conçu un indicateur qui suit trimestriellement 30 des propositions jugées les plus déterminantes du rapport.
Selon l’organisation présidée par André Loesekrug-Pietri, 26 % de ces recommandations sont désormais considérées comme pleinement mises en œuvre, contre 14 % en septembre 2025. Toutefois, aucune des trente mesures suivies n’atteint encore, selon la méthodologie de l’étude, le niveau correspondant à une mise en œuvre complète.
L'organisation relève surtout un écart entre l'activité politique et l'application effective des décisions. Les deux tiers des recommandations suivies, soit 66 %, sont « en mouvement », mais seulement 30 % seraient engagées de manière jugée crédible et suffisamment ambitieuse par le Tracker. Cinq recommandations, elles, n'auraient fait l'objet d'aucune avancée identifiable.
Plusieurs dossiers importants ont ainsi avancé. Le projet de « 28e régime », rebaptisé EU Inc., destiné à faciliter la création et le développement d'entreprises à l'échelle européenne, a été présenté en mars 2026 et engagé dans une procédure législative accélérée. Les nouvelles orientations européennes en matière de contrôle des concentrations ont également été publiées en avril. Dans l'intelligence artificielle, le lancement en juillet de l'appel à projets pour les « AI Gigafactories » constitue une autre étape importante. Le dispositif vise jusqu'à sept infrastructures et entend mobiliser davantage d'investissements privés autour des capacités européennes de calcul.
La défense et les matières premières apparaissent également parmi les domaines où l'action européenne est la plus avancée. Le programme SAFE, doté de 150 milliards d'euros de prêts européens pour les investissements de défense, a été déployé auprès de plusieurs États membres. Le programme EDIP a, de son côté, engagé 1,5 milliard d'euros pour 2026-2027. Pour JEDI, ces exemples montrent que l'Union européenne peut agir rapidement lorsque la pression géopolitique ou industrielle est suffisamment forte. Le domaine énergétique illustre cependant les difficultés persistantes.
La recommandation visant à réduire le lien entre les prix de l'électricité et ceux du gaz a progressé, mais n'est pas considérée comme pleinement réalisée. Or c'est précisément l'un des enjeux centraux du diagnostic de Draghi : le différentiel de coût de l'énergie avec les États-Unis pèse directement sur les entreprises européennes. JEDI souligne notamment que le gaz a continué à déterminer fréquemment le prix de gros de l'électricité sur plusieurs marchés européens en 2026. L'organisation cite l'Espagne comme un cas de comparaison, avec une exposition plus faible au mécanisme de formation des prix fondé sur le gaz.
L’indicateur identifie par ailleurs cinq recommandations sur lesquelles aucun progrès significatif n'aurait été enregistré. La première concerne la création d'une « banque d'évaluation » chargée, au début de chaque mandat de la Commission, de passer en revue les réglementations existantes avant d'en adopter de nouvelles. La deuxième porte sur l'extension du brevet unitaire à l'ensemble des États membres. Le système de juridiction unifiée des brevets reste actuellement limité à 18 pays, selon l'étude.
JEDI relève également l'absence de mécanisme européen réellement comparable aux agences de type DARPA pour financer des innovations technologiques à haut risque. La coopération formalisée entre les initiatives européennes, nationales et privées de rupture figure elle aussi parmi les recommandations sans avancée notable. Enfin, aucune initiative européenne de négociation transfrontalière des prix et remboursements de certains médicaments n'a émergé, alors même que Mario Draghi avait identifié ce levier comme un moyen de renforcer le pouvoir de négociation des États.
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