Macro-économie / Taux
Macro-économie / Taux
Quand La France insoumise met en cause la Banque de France / Celle-ci remet l’église au milieu du village
En cette rentrée, la Banque de France ne s’imaginait probablement pas être au cœur des débats de la campagne présidentielle. C’est Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise (LFI), qui l’y a fait entrer. L’ex-ministre de Lionel Jospin souhaite annuler la part de la dette publique française qui figure à son bilan. Pour mémoire, la Banque de France en détient une quantité importante du fait des programmes d’achats d’actifs, qui furent menés par l’Eurosystème (Banques centrales nationales de la zone euro et Banque centrale européenne), visant à empêcher la survenance d’une déflation. Fin juin, elle en possédait pour 488 milliards d’euros.
En fin de semaine dernière, un des lieutenants de Jean-Luc Mélenchon, le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Eric Coquerel, a accusé à demi-mot la Banque de France de manœuvrer pour mettre à mal ce plan. « La part de la dette a fondu de 58 milliards d’euros en six mois puisqu’elle était de 546 milliards d’euros fin 2025. De 18 % de la dette publique, sa part est aujourd’hui de 13 % », a souligné Eric Coquerel.
« S’il y a une telle différence, c’est qu’il y a un loup », a-t-il déclaré. « Je me demande, mais vous avez compris que je fais plus que de me demander, si sous la direction d’Emmanuel Moulin, la Banque de France n’est pas en train d’organiser une revente de ces titres », a-t-il indiqué. « Si nous voulons annuler cette dette, encore faut-il qu’elle existe encore », a ajouté Eric Coquerel, expliquant ne pas croire que la baisse des montants détenus est liée à l’arrivée à échéance des obligations.
Et pourtant, « cela résulte exclusivement de l’arrivée à maturité d’une partie des titres de ces portefeuilles », a précisé, hier soir, la Banque de France, dans un communiqué. « Aucune vente sur les marchés de ces titres n’a eu lieu depuis leur acquisition », a-t-elle ajouté.
La vitesse de normalisation du bilan de l’Eurosystème est tout à fait prévisible puisque la BCE publie à l’avance les montants des titres arrivant à échéance chaque mois dans le cadre de ses deux programmes, l’Asset Purchase Programme (APP) et le Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP). Ainsi, entre septembre 2026 et décembre 2027, ce sont 459,8 milliards d’euros d’obligations publiques de la zone euro qui vont disparaître de ses livres. La part des titres de dette française dans cette diminution n’est toutefois pas rendue publique. Il n’est pas forcément pertinent de l’approximer en multipliant la diminution par le poids de la France au capital de la BCE, la part des achats de chaque programme étant censée plus ou moins respecter cette pondération, car les titres de chaque pays n’avaient pas tous la même maturité résiduelle lors de leur acquisition par l’Eurosystème.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

