Macro-économie / Taux
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France : une hausse du taux d’activité des seniors mettrait du beurre dans les épinards / Toutefois, il ne faut pas en attendre monts et merveilles
C’est l’un des nombreux leviers dont dispose la France pour se redresser sur le plan économique. Le taux d’activité des 55-64 ans, c’est-à-dire la proportion d’entre eux qui occupent un emploi ou en recherchent un, se situait à 65,2% en 2025, soit 4,8 points en dessous de la moyenne de la zone euro (12 points en-dessous de l’Allemagne et des Pays-Bas), d’après les données d’Eurostat. Que se passerait-il concrètement pour son économie, si l’Hexagone améliorait ses performances en la matière ?
Un article académique à paraître dans les Annales d’économie et de statistique tente d’y répondre. A l’aide d’une modélisation économétrique, en simulant un choc de taux d’activité des 55-64 ans d’un point de pourcentage, les chercheurs Hippolyte d’Albis, Mélika Ben Salem et Ekrame Boubtane trouvent que cela entraineraît, après trois ans, une augmentation de 0,36 % du Produit intérieur brut (PIB) par habitant. En conséquence de quoi, l’impact bénéfique sur le solde public atteindrait 0,15 point de PIB.
Une hausse du taux d’activité ne signifie pas nécessairement que toutes les personnes supplémentaires deviennent immédiatement salariées. Certaines peuvent rechercher un emploi sans en trouver. C’est précisément ce que montre l’étude : une hausse d’un point du taux d’activité des travailleurs âgés s’accompagne d’une augmentation temporaire du chômage, estimée à environ 0,13 point de pourcentage deux ans après le choc.
L’un des arguments parfois avancés contre le maintien des seniors dans l’emploi est celui d’un éventuel « effet de substitution » : si les travailleurs âgés restent plus longtemps en poste, les jeunes auraient-ils moins de possibilités d'embauche ? Les résultats de l’étude ne vont pas dans ce sens. Lorsque les chercheurs intègrent également le taux d’activité des 15-54 ans dans leur analyse, ils constatent qu’une hausse du taux d'activité des seniors ne semble pas réduire celui des travailleurs plus jeunes. Au contraire, la participation de ceux-ci augmente légèrement, d’environ 0,09 point de pourcentage deux ans après le choc.
Par ailleurs, l’étude met en évidence un résultat intriguant : une baisse du taux d’activité d’un point n’a pas l’effet exactement inverse d’une hausse de même ampleur. En effet, dans le premier cas, la diminution du PIB par habitant s’élève à 0,7%, soit deux fois l’impact qu’aurait une hausse de même intensité du taux d’activité. « Une explication possible de cette asymétrie est qu’à mesure que le taux d’activité augmente, les personnes supplémentaires accédant à l’emploi pourraient avoir, en moyenne, une productivité plus faible que celles déjà en emploi, entre autres parce qu’elles ont pu être éloignées du marché du travail pendant une longue période », explique à WanSquare Hippolyte d’Albis, professeur à l’ESSEC.
Cette non-linéarité implique que l’on ne peut pas faire l’hypothèse que, si le taux d’activité des 55-64 ans rejoignait la moyenne de la zone euro, le solde public de la France serait affecté positivement à hauteur de 0,69 point de PIB (0,15 multiplié par 4,6). « Nous avons mené des travaux sur le Japon, qui possède un taux d’activité des seniors très important par rapport à la norme, et l’on s’est rendu compte que chaque accroissement de celui-ci n’avait qu’un impact très faible sur la croissance économique », indique Hippolyte d’Albis.
Pour autant, ce levier ne devrait pas être négligé par la France pour améliorer la soutenabilité de ses finances publiques et donner un coup de pouce à sa croissance. « Nous disposons d’une forte réserve de main-d’œuvre, c’est une chance, il faut donc s’efforcer de la mobiliser. Néanmoins, sur le long terme, elle doit être accompagnée d'autres types de politiques favorables à la croissance telles que l'éducation, la recherche et l'innovation», juge l’économiste.
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