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Arthur Mensch / Mistral

Mistral lève 3 milliards pour rester dans la course / Une série D qui porte sa valorisation au-delà de 21 milliards d’euros

Trois ans après sa création, Mistral continue de changer de dimension. L’arrivée de Samsung au capital, après ASML, renforce à la fois son ancrage industriel et son ambition de rester un acteur de premier plan face aux géants américains de l’IA.
Arthur Mensch, cofondateur et directeur général de Mistral AI. (Photo by STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)
Arthur Mensch, cofondateur et directeur général de Mistral AI. (Photo by STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

« Pas seulement un vote de confiance dans une valorisation. Un vote de confiance dans une vision : une IA de pointe et ouverte, puissante et contrôlable, mondiale et indépendante. » C'est en ces termes qu'Arthur Mensch a salué, sur LinkedIn, le tour de table annoncé ce mardi 8 septembre par Mistral. L'opération porte sur 3 milliards d'euros en série D, pour une valorisation post-money supérieure à 21 milliards d'euros, soit la plus importante levée en fonds propres jamais bouclée par une entreprise technologique européenne, trois ans après sa création. Samsung Electronics conduit le tour, aux côtés de deux co-chefs de file : le Scaleup Europe Fund, géré par EQT, et PSG Equity, déjà présent au capital.

Un an plus tôt, presque jour pour jour, la série C atteignait 1,7 milliard d'euros et valorisait la société à 11,7 milliards. Le montant levé comme la valorisation ont donc presque doublé en douze mois. Le syndicat d'investisseurs s'élargit dans le même mouvement, avec l'entrée d'Advent, de fonds et comptes gérés par BlackRock et du Grand-Duché de Luxembourg, tandis que la plupart des actionnaires historiques réinvestissent, d'a16z à Nvidia en passant par ASML, BNP Paribas CIB, Bpifrance, Eurazeo ou Korelya Capital. « Les entreprises et les gouvernements du monde entier recherchent une alternative, et Mistral est aujourd'hui la seule entreprise européenne en mesure de la proposer », fait valoir Hala Fadel, Managing Partner de l'équipe Growth d'Eurazeo, qui soutient Mistral depuis sa création et a réinvesti à chaque levée depuis 2023.


Samsung après ASML


« Ce tour de financement pose les bases d'une collaboration de long terme entre les deux entreprises », indique de son côté Young Hyun Jun, qui dirige les activités de semi-conducteurs et de mémoires de Samsung. Après ASML l'an dernier, Mistral s'adosse ainsi à un second industriel de premier plan dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs, un choix cohérent avec son ambition de maîtriser davantage de briques de la chaîne technologique de l'IA, des modèles jusqu'à l'infrastructure.


Toujours dans la course aux modèles


Ces derniers mois, Mistral avait surtout renforcé les briques d’infrastructure de son modèle, en développant ses propres capacités de calcul et en élargissant son offre cloud, notamment avec le rachat de Koyeb. Une évolution qui pouvait laisser penser que le groupe s’orientait davantage vers un rôle de fournisseur européen de solutions souveraines que vers celui de laboratoire de recherche de pointe. L’affectation annoncée des 3 milliards d’euros montre que les deux ambitions restent étroitement liées. Selon Mistral, « ce tour va considérablement renforcer [sa] recherche de pointe » tout en lui permettant d’« accroître ses capacités de calcul pour l’entraînement de modèles puissants ». Le groupe entend donc rester dans la course aux modèles de frontière, ces modèles les plus avancés qui fixent à un instant donné l’état de l’art en matière d’IA, mais en conservant l’approche qui le distingue de ses grands concurrents américains.

« Les organisations veulent industrialiser l'IA à l'intérieur de systèmes déjà complexes : leurs propres données, leurs propres outils, leurs propres contraintes de conformité. C'est pourquoi nous avons construit Mistral sur des modèles de frontière à poids ouverts et sur une infrastructure que nous contrôlons de bout en bout, afin que nos clients puissent en faire autant », explique le cofondateur et directeur général. Un rappel de l'un des marqueurs historiques de Mistral : à la différence d'OpenAI ou d'Anthropic, la société privilégie des modèles à poids ouverts, qui peuvent être adaptés et déployés avec davantage de contrôle par ses clients.


La frontière capitalistique


Reste l'échelle. Ces 3 milliards d'euros, soit environ 3,5 milliards de dollars, et cette valorisation proche de 24 milliards de dollars restent modestes face aux montants mobilisés outre-Atlantique. Anthropic avait levé 30 milliards de dollars en février dernier, sur une valorisation post-money de 380 milliards, tandis que sa future introduction en Bourse pourrait la valoriser jusqu'à 2 000 milliards de dollars. OpenAI bouclait de son côté en mars un tour de 122 milliards de dollars de capitaux engagés, pour une valorisation de 852 milliards, près de trente-six fois celle de Mistral. Dans les classements techniques, Mistral Medium 3.5, l’un des principaux modèles généralistes développés par la société, occupe la vingt-deuxième position du palmarès « intelligence » d'Artificial Analysis. À mesure que la frontière capitalistique s'éloigne, le défi pour Mistral reste d'éviter que l'écart technologique ne se creuse dans les mêmes proportions.

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