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éditorial / Laurent Bigorgne

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Laurent Bigorgne

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Encore une décennie perdue
par Laurent Bigorgne

L’accoutumance à la dette n’est pas seulement une menace existentielle pour notre économie et nos entreprises. Elle mine durablement la crédibilité de nos dirigeants politiques. Après presque dix ans au pouvoir, Emmanuel Macron fait l’objet d’une défiance aussi forte que pendant l’épisode des « gilets jaunes ». Elle est néanmoins silencieuse, car chacun sait que les élections présidentielle et législatives constitueront un moment de vérité, au risque de voir la colère des Français tout emporter sur son passage.

06/09/2026 - 06:27 Temps Lecture 8 mn.

Le rapport Pébereau a 20 ans

 

Les milieux économiques n’ont pas attendu la récente envolée des taux d’intérêt pour prendre la mesure des conséquences possibles d’un demi-siècle de déficits publics. On se souvient du rapport sur la dette remis par Michel Pébereau en décembre 2005 à Thierry Breton, alors ministre de l’Économie et des Finances. Notre déficit public était « seulement » de 2,9 %…  La pédagogie a fini par porter ses fruits : 85 % des Français jugent désormais urgent de réduire la dette publique (+ 9 points depuis mai 2023)*.

Le tableau d’ensemble est connu : une grande partie de la classe politique de notre pays s’est discréditée, ceux qui ont laissé filer les déficits comme les apprentis sorciers qui ont prétendu régler ce douloureux problème d’un coup de baguette magique. L’offensive récente de Jean-Luc Mélenchon pour l’annulation d’une partie de la dette publique a pris le relais des positions pas si anciennes du Front national pour la sortie de l’euro.

Le mur de la dette pèsera sur la présidentielle qui vient. Elle sera aussi marquée par une colère tous azimuts, au point de rendre très crédible un second tour opposant en mai prochain Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, comme le confirmait encore hier un sondage Cluster 17. Signe des temps, qui souligne la faiblesse de ce qui reste du camp macroniste : parmi les cinq personnalités dont les Français ont une image positive, on trouve Édouard Philippe (4e à 26 %), mais les quatre autres sont des figures de l’extrême droite : Jordan Bardella (37 %), Marine Le Pen (37 %), Marion Maréchal (29 %) et Éric Ciotti (25 %)**.

 

Le quinquennat manqué

 

Le premier mandat d’Emmanuel Macron a été celui du « quoi qu’il en coûte » et le deuxième n’a jamais vraiment débuté, avant de s’interrompre brutalement avec la dissolution incompréhensible de juin 2024. L’arrêt de la politique de l’offre et la dérive de nos comptes publics estompent le bilan dont il pouvait se prévaloir. Le gouvernement a d’ailleurs admis qu'il ne tiendrait pas l'objectif d'un déficit ramené à 5 % du PIB pour le dernier budget des années Macron.

Le temps est loin où Mario Draghi, à la tête de la Banque centrale européenne, adjurait les États de transformer le répit offert par des taux nuls ou négatifs en réformes structurelles… D’autres pays autrefois en difficulté ont fait mieux que nous : en 2025, le déficit moyen de la zone euro était de 2,9 %, celui de l’Italie de 3,1 %, de l’Espagne de 2,4 %, quand la Grèce était en excédent de 1,7 % et le Portugal de 0,7 %.

Certes, Bercy est parvenu à emprunter ce jeudi 13,5 milliards d’euros sans difficulté. Mais le revers de la médaille est là : le taux à l’émission de l’OAT à 10 ans est à son plus haut depuis 2009. Le spread avec l’Allemagne, de 50 points de base avant la dissolution, vient de monter à 86 points, et la discussion budgétaire n’a pas même commencé. Si l’Agence France Trésor a placé nos obligations à 10 ans à 4,23 % cette semaine, contre 3,73 % en juillet et 3,45 % en février, on ne voit pas bien pourquoi ce coût baisserait dans les prochains mois.

Nombreux sont ceux qui redoutent des tensions sans précédent à l’issue de la présidentielle. La crise pourrait pourtant nous toucher plus tôt, du fait du contexte international et d’un débat budgétaire dont Édouard Philippe a déjà dit qu’il ne faut rien attendre. Un expert en vue pariait cette semaine sur l’insincérité programmée du projet de loi de finances… Ce qui ne rassurera évidemment pas les marchés. 

 

Politique d’abord

 

La confiance a bel et bien changé de camp. La part des Français qui font confiance au Président de la République a reculé de 4 points cet été, à 20 % il y a une semaine**. C’est au-dessus des 14 % de l’automne 2025, son point le plus bas, mais Emmanuel Macron a rejoint l’étiage de François Hollande (15 % dans le même baromètre en septembre 2016***), qui avait conduit ce dernier en décembre 2016 à ne pas briguer un second mandat.

Pire, 51 % des Français ne font « pas confiance du tout » à l'actuel Président, comme au cœur de la crise des « gilets jaunes » à l’hiver 2018. L’exceptionnel est devenu la norme, et le Président a en outre perdu la confiance des retraités. Dans ce contexte, la couverture de Paris Match le montrant sur un jet-ski cet été a donné le sentiment d’une énième bravade. Il a d’ailleurs perdu la confiance de la moitié de ses électeurs du premier tour de 2022.

Même déficit de perception s’agissant de la compétence économique des héritiers du « macronisme », censée être le point fort de cette famille politique. Selon une récente enquête Odoxa, Marine Le Pen arrive en tête des candidats susceptibles de mener une « bonne politique économique » (36 %), devant Édouard Philippe (35 %) et Gabriel Attal (29 %)****, comme si elle avait fait oublier sa calamiteuse prestation du débat d’entre-deux-tours de 2017…

Sans reproduire sa confusion d’alors entre Alstom et SFR, la candidate du Rassemblement national n’a à aucun moment donné le sentiment de s’être réconciliée avec l’économie lors du débat de la Rencontre des Entrepreneurs de France il y a dix jours. Après avoir écarté Jordan Bardella et congédié François Durvye, comme à la grande époque des purges du Front national, elle entend décider seule du programme économique et social de son parti. « Politique d’abord », comme l’affirmait Charles Maurras au siècle dernier…

 

laurent@fnxlb.org

 

* Les Français et la dette publique, sondage Elabe pour Les Échos, septembre 2026.

** L’observatoire politique, sondage Elabe pour Les Échos, septembre 2026.

*** L’observatoire politique, baromètre Elabe pour Les Échos, septembre 2016.

****Sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro, septembre 2026.

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