Macro-économie / Taux
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REF 2026 : la réindustrialisation au cœur du débat présidentiel / Sept candidats dévoilent leurs recettes pour en faire une réalité
La réindustrialisation s’est imposée comme l’un des grands thèmes du débat entre 7 candidats à la présidentielle organisé par le Medef aux Rencontres des entrepreneurs de France (REF). Face aux chefs d’entreprise, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Marine Le Pen, Raphaël Glucksmann, Gabriel Attal, Marine Tondelier et Bruno Retailleau ont affiché des diagnostics parfois convergents sur la perte de compétitivité française, mais profondément divergents sur les moyens de redresser l’industrie.
Marine Le Pen a placé la question du foncier et de la réglementation au cœur de son intervention. S’appuyant sur une commission d’enquête consacrée aux freins à la réindustrialisation, elle a affirmé que « 90 % des intercommunalités » n’auraient plus de foncier disponible dans les quatre prochaines années pour accueillir de nouvelles activités industrielles. Elle plaide pour accélérer drastiquement les procédures. « Toute implantation industrielle sera considérée par nous comme un projet d’intérêt national majeur », a-t-elle déclaré, promettant une réduction importante des normes et des délais. La candidate entend également mobiliser les quelque 150 000 hectares de friches déjà artificialisées. Sur le terrain fiscal, Marine Le Pen défend un « choc de compétitivité » passant par la suppression des impôts de production. « Il faut supprimer la CVAE, il faut supprimer la CFE, il faut supprimer le C3S », a-t-elle détaillé, estimant que « les impôts de production, c’est l’ennemi de la réindustrialisation ». Elle propose enfin de réorienter la commande publique, évaluée à 200 milliards d’euros par an, vers les entreprises présentes sur le territoire français. Pour s’attaquer à l’empilement réglementaire, elle mise sur les comités de filière et promet un « train d’ordonnances ».
Jean-Luc Mélenchon a contesté le diagnostic d’une France particulièrement difficile pour les entreprises. « Nous sommes classés dans les pays, par la Banque mondiale, dans les 15 % de pays où c’est le plus facile de faire des affaires », a-t-il rappelé. Pour le candidat, le principal enjeu est moins de déréglementer que de déterminer les secteurs industriels que la France souhaite développer. « Pour réindustrialiser, il faut dire ce que l’on veut faire dans notre pays », a-t-il insisté. Il cite notamment le textile, la filière bois, le ferroviaire ou encore les technologies permettant d’exploiter l’énergie marine. « C’est en disant dans quelle direction la planification doit aller » que le pays pourra reconstruire son appareil productif, selon lui, notamment grâce à la planification écologique et au développement de l’économie circulaire.
Édouard Philippe a, lui, défendu le bilan de la politique d’attractivité menée depuis 2017, rappelant que la France avait été « le pays qui a concentré le plus d’investissements étrangers de toute l’Union européenne » à partir de 2017-2018. Pour l’ancien Premier ministre, la priorité reste néanmoins la compétitivité. Il identifie quatre chantiers : la dette, la stabilité réglementaire, la formation et les infrastructures. « La France [...] produit de la norme comme d’autres produisent des discours », a-t-il lancé, avant de proposer un « moratoire normatif » une fois le premier budget adopté. Mais Édouard Philippe veut également agir à l’échelle européenne. Il appelle à « finir le marché commun », notamment avec une véritable union des marchés de capitaux, et à adopter une politique plus offensive face à la Chine et aux États-Unis.
Raphaël Glucksmann a, de son côté, rejeté l’idée que la principale menace pour l’industrie française viendrait de ses voisins européens. « Partout, on ne parle que de la Chine », a-t-il affirmé, dénonçant une stratégie chinoise fondée selon lui sur les subventions, le soutien ciblé à certaines filières et la vente à bas prix. Sa réponse passe par un protectionnisme européen renforcé. « Fini les accords au rabais », a-t-il lancé, appelant à réserver les 2 000 milliards d’euros de commandes publiques européennes aux productions européennes. Il défend également des « mesures miroirs » : les produits importés devraient respecter des exigences comparables à celles imposées aux producteurs européens. « On ne peut pas imposer à nos producteurs une concurrence étrangère de producteurs qui ne respectent pas les normes que nous imposons aux nôtres », a-t-il résumé. Il refuse de faire de la baisse des normes la principale arme de la réindustrialisation. Il réclame au contraire une stratégie européenne d’innovation, avec « un projet Manhattan sur l’IA ».
Gabriel Attal a reconnu l’échec des politiques successives de simplification. « Même parler de simplification, ça n’est [...] plus pris crédiblement par les chefs d’entreprise », a-t-il constaté, estimant que les lois censées alléger les contraintes ont parfois rendu les procédures « encore plus compliquées ». L’ancien Premier ministre veut notamment généraliser le modèle utilisé pour la reconstruction de Notre-Dame, avec des procédures accélérées dans la majorité du pays et des règles renforcées dans les zones nécessitant une protection particulière. Il propose aussi d’exempter d’études et de formalités certaines extensions d’usines réalisées sur des friches industrielles déjà détenues par les entreprises. En outre, Gabriel Attal souhaite « fixer un seuil d’écrêtement de l’empilement des recours » et limiter à 18 mois la durée pendant laquelle un projet pourrait être contesté.
Marine Tondelier a jugé cruciale la souveraineté industrielle et énergétique. La secrétaire nationale des Écologistes a notamment cité le cas d’ArcelorMittal, qu’elle considère comme stratégique pour éviter une dépendance accrue de la France à l’acier chinois ou américain. « Les impérialismes nous font la guerre aussi sur le plan économique, aussi sur le plan industriel, aussi sur le plan énergétique », a-t-elle déclaré, estimant que la désindustrialisation constitue une vulnérabilité stratégique. Elle défend un protectionnisme européen reposant notamment sur la commande publique, avec « des quotas de matériaux bas carbone », ainsi qu’un élargissement du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. La candidate écologiste insiste également sur le coût de l’énergie, plaidant pour un prix de l’électricité « compétitif et stable ». Elle voit dans le développement massif des renouvelables un enjeu de compétitivité autant qu’environnemental, citant l’accélération chinoise dans le solaire comme exemple à suivre.
Bruno Retailleau a résumé l’état de la France en deux mots : « surfiscalisée et surréglementée ».« Je ne parlerai plus de simplification. On doit assumer la déréglementation », a-t-il affirmé. Le candidat propose, dès les premières semaines d’un éventuel mandat, de supprimer par ordonnance une centaine de normes qu’il juge particulièrement contraignantes, citant notamment les seuils réglementaires et le « ZAN ». Il veut également interdire toute surtransposition des normes européennes : « Ce qui est vrai à Munich et à Milan devra l’être aussi à Nantes, à Rennes ou à Marseille. » Par ailleurs, il propose de réviser la Constitution pour supprimer le principe de précaution, qu’il considère désormais comme « un principe de blocage et un principe d’inaction ».
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