WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

La guerre en Iran nous coûte bonbon / Une facture à plus de 300 milliards de dollars pour les pays importateurs d’énergies fossiles

Six mois après les frappes américano-israéliennes contre l’Iran, les importateurs de pétrole, de produits pétroliers et de GNL ont déboursé 330 milliards de dollars de plus que ce qu’anticipaient les marchés avant la guerre, selon une étude du Center for Research on Energy and Clean Air (CREA). La production d’électricité propre ajoutée depuis 2020 a permis d’éviter 36 milliards de dollars d’achats de charbon, de gaz et de pétrole au cours des cinq premiers mois de la crise.
Photo par BASTIEN OHIER / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP
Photo par BASTIEN OHIER / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

La note est salée. Entre mars et août 2026, les importateurs de combustibles fossiles ont payé 330 milliards de dollars supplémentaires pour leurs achats maritimes de pétrole brut, de produits pétroliers et de gaz naturel liquéfié (GNL), estime le CREA. Un surcoût calculé par rapport aux prix que les marchés à terme anticipaient avant les premières frappes américaines et israéliennes contre l’Iran.

Cette estimation mesure les paiements effectivement réalisés et non l’impact global de la crise sur les économies. Elle tient notamment compte de la baisse des volumes importés lorsque les prix ont augmenté, mais ne comptabilise pas les combustibles auxquels certains acheteurs ont dû renoncer faute de pouvoir les payer. Elle exclut également les coûts du fret, les primes liées au risque de guerre, le gaz acheminé par pipeline et plusieurs autres produits pétroliers. Le montant de 330 milliards de dollars constitue donc, selon le CREA, une estimation conservatrice.

La guerre entre les États-Unis et l’Iran a provoqué le plus important choc durable sur les prix du pétrole depuis la guerre du Golfe de 1990, selon l’étude. Entre mars et août, le Brent s’est négocié en moyenne 35 % au-dessus de ce que les marchés anticipaient avant les frappes. Son prix a même atteint près du double de son niveau d’avant-guerre dans les semaines qui ont suivi. Il est resté supérieur à son niveau pré-frappes pendant 94 % des séances de cotation. Le prix moyen du Brent a atteint 93 dollars le baril sur les six mois étudiés. Il faut remonter à la période qui s’est achevée en décembre 2022, au lendemain de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, pour retrouver une moyenne aussi élevée sur une période de six mois.

Le choc ne s’est toutefois pas limité au pétrole brut. Le diesel s’est établi en moyenne 59 % au-dessus des anticipations pré-guerre, tandis que le GNL asiatique a flambé de 75 % et le GNL européen de 60 %. Et si le pétrole brut a commencé à refluer, les carburants raffinés et le gaz restent sous pression. En août, le diesel se négociait encore 65 % au-dessus des anticipations établies avant les frappes. Le GNL asiatique atteignait même un écart de 98 %, contre 76 % pour le gaz européen. À l’inverse, le gaz américain, moins exposé aux perturbations du détroit d’Ormuz, a évolué sous les anticipations pré-guerre depuis avril et terminait août 22 % en dessous de celles-ci.

Le pétrole brut représente à lui seul 164,1 milliards de dollars du surcoût mondial calculé par le CREA. Le diesel et le gasoil comptent pour 73,8 milliards, l’essence pour 35,7 milliards, le GNL pour 38 milliards et le carburant d’aviation pour 20 milliards. Cette répartition montre l’importance des produits raffinés dans la facture finale. Une analyse limitée au pétrole brut aurait ainsi laissé de côté une part considérable du choc subi par les importateurs.

Le diesel, en particulier, est devenu l’un des principaux vecteurs de transmission de la crise. Utilisé dans le transport routier, l’agriculture et l’industrie, il a conservé un écart supérieur à 55 % par rapport aux anticipations pré-guerre pendant cinq des six mois étudiés.

En valeur absolue, l’Union européenne a subi le plus important surcoût brut, avec 78 milliards de dollars, devant la Chine, à 35 milliards, et l’Inde, à 22 milliards. Après prise en compte des recettes supplémentaires générées par les exportations, l’Union européenne affiche un coût net de 54 milliards de dollars. L’Asie de l’Est arrive derrière, avec 49 milliards.

La situation est très différente pour les régions productrices. Le Moyen-Orient a enregistré un gain net de 61,2 milliards de dollars sur les six mois, l’Amérique du Nord de 47 milliards et la Russie de 35,9 milliards. La hausse des prix a ainsi plus que compensé, dans ces régions, le renchérissement de leurs propres importations. La Russie a notamment bénéficié d’une forte remontée de ses recettes d’exportation de combustibles fossiles, après leur chute au plus bas historique en janvier 2026. Selon le CREA, les dérogations aux sanctions américaines ont également facilité les achats de carburants russes. Ces soldes régionaux masquent cependant d’importantes disparités nationales. En Afrique, par exemple, 32 des 41 pays couverts par les données ont payé davantage pour leurs importations de combustibles fossiles, pour un total de 21,9 milliards de dollars. Les recettes supplémentaires de neuf pays exportateurs ont presque entièrement compensé cette facture à l’échelle du continent.

La crise fournit aussi un aperçu de la valeur économique des capacités électriques bas-carbone développées ces dernières années. Entre mars et juillet 2026, la production d’électricité propre ajoutée depuis 2020 aurait permis aux pays importateurs d’éviter environ 36 milliards de dollars d’achats de combustibles fossiles, selon le CREA. Sur cette somme, 22 milliards correspondent au gaz, 10 milliards au charbon et 5 milliards au pétrole.

Près de 10,6 milliards de dollars, soit environ 29 % du total, correspondent directement au surcoût lié à la guerre : les pays n’ont pas eu à acheter ces combustibles à des prix gonflés par la crise. La Chine est le pays qui a réalisé les économies les plus importantes, avec 7,9 milliards de dollars évités, devant le Japon, à 4,9 milliards. L’Espagne, la France, l’Italie, les Pays-Bas, le Brésil et l’Inde figurent également parmi les principaux bénéficiaires. Rapportée à la facture énergétique qui aurait autrement été supportée, la protection offerte par les nouvelles capacités propres est encore plus visible dans certains pays. Le Brésil aurait évité l’équivalent de 35 % de sa facture nationale de combustibles fossiles, contre 25 % pour la Lituanie, 24 % pour le Danemark et 19 % pour la Suède.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article