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Moderna valide son pari dans le cancer / L’ARN messager au début d’une nouvelle ère

Moderna vient de franchir avec Merck une étape majeure dans le cancer : leur traitement personnalisé à ARN messager a atteint ses objectifs en phase 3 dans le mélanome. Une première qui conforte la stratégie de diversification de la biotech américaine, provoquant une envolée spectaculaire du titre à New York.
MADDIE MEYER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
MADDIE MEYER / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Cinq ans après avoir contribué à faire de l'ARN messager une technologie de masse avec son vaccin contre le Covid, Moderna vient de démontrer que sa plateforme pouvait franchir une phase 3 en cancérologie.

Wall Street a immédiatement pris la mesure de l'annonce. L'action de la société de biotechnologie dirigée par le Français Stéphane Bancel s'est envolée mercredi de 177 % à 174,38 dollars sur le Nasdaq, tandis que le titre du groupe pharmaceutique Merck gagnait 12,6 %, à 152,20 dollars à la Bourse de New York. Et pour cause : jamais encore une thérapie anticancéreuse à ARN messager n’avait franchi avec succès une phase 3, ultime étape de validation clinique à grande échelle avant une éventuelle autorisation de mise sur le marché.


« Un moment charnière »


Avec Merck, la biotech américaine a franchi ce cap grâce à intismeran autogene, son traitement personnalisé à ARNm, associé à Keytruda, l’un des traitements de référence du mélanome, un cancer de la peau, chez des patients à haut risque de récidive après chirurgie.

L’essai INTerpath-001, mené auprès de 1 137 patients atteints d’un mélanome cutané de stade IIB à IV complètement réséqué, a atteint son critère principal de survie sans récidive ainsi qu’un critère secondaire clé, la survie sans métastase à distance. Lors d’une analyse intermédiaire prévue au protocole, l’association a produit une amélioration statistiquement significative et cliniquement pertinente par rapport à Keytruda seul. Aucun nouveau signal de sécurité n’a été observé et l’étude se poursuit pour mesurer notamment la survie globale.

« Ces résultats de phase 3 représentent un moment charnière pour la recherche sur le cancer. Pendant de nombreuses années, l’idée de créer un traitement à ARNm conçu spécifiquement pour le cancer d’un patient restait une aspiration. Nous contribuons maintenant à transformer cette vision en réalité », souligne Stéphane Bancel, directeur général de Moderna. Le principe d’intismeran consiste à partir d’un échantillon tumoral pour identifier la signature mutationnelle propre au cancer de chaque patient. L’ARN messager, qui sert ici à transmettre aux cellules des instructions permettant de produire des protéines ciblées, est ensuite personnalisé en fonction de cette signature. Un ARNm synthétique codant jusqu’à 34 néoantigènes est ainsi fabriqué afin de déclencher une réponse immunitaire dirigée contre la tumeur.


Une première en oncologie


Mais la portée de l’annonce dépasse largement le seul traitement du mélanome. Moderna et Merck présentent INTerpath-001 comme le premier essai de phase 3 positif pour une thérapie individualisée ciblant les néoantigènes et comme la première phase 3 positive d’une thérapie anticancéreuse reposant sur l’ARN messager. La technologie qui a fait le succès de Moderna dans les vaccins contre les maladies infectieuses obtient donc pour la première fois une validation de phase 3 en oncologie.
Le résultat confirme en outre à plus grande échelle les données déjà obtenues dans le mélanome en phase 2b. Après cinq ans de suivi, l’association d’intismeran et de Keytruda avait réduit de 49 % le risque de récidive ou de décès et de 59 % celui de métastase à distance ou de décès par rapport à Keytruda seul. La magnitude du bénéfice observé cette fois en phase 3 n’a toutefois pas encore été communiquée.


Au-delà des vaccins respiratoires


« Au-delà de l’opportunité commerciale dans le mélanome, nous retenons surtout de cette annonce la validation de la plateforme oncologique de Moderna », résument les analystes d’Oddo BHF.

Pour Moderna, cette validation touche donc directement à l’un des principaux enjeux de son après-Covid : démontrer que sa plateforme peut donner naissance à des relais de croissance majeurs au-delà de ses vaccins respiratoires.


Neuf essais pour élargir la preuve


L’enjeu est d’autant plus important qu’intismeran ne se limite pas à cette indication. Le programme INTerpath comprend actuellement neuf essais de phase 2 et de phase 3 dans plusieurs types de tumeurs, notamment le mélanome, le cancer du poumon non à petites cellules, le cancer de la vessie et le carcinome rénal. La réussite d’INTerpath-001 « renforce la crédibilité du programme INTerpath plus largement », estime Oddo BHF, tout en rappelant que « l’extrapolation aux autres indications reste à démontrer ».

Merck et Moderna prévoient désormais de présenter les données détaillées d’INTerpath-001 lors d’un prochain congrès médical international et d’engager les discussions avec les autorités réglementaires en vue de dépôts. Les groupes n’ont pas encore précisé la date ni le congrès retenu. L’essai continuera parallèlement à suivre les patients pour ses autres critères secondaires, notamment la survie globale.

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