WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Macro-économie / Taux

Macro-économie / Taux

L’Europe doit multiplier par dix ses dépenses d’exploration minière / Deux milliards par an nécessaires pour jouer dans la cour des grands

Selon une étude de la Banque européenne d’investissement (BEI), les dépenses consacrées à l’exploration devraient passer d’environ 200 millions d’euros à 2 milliards d’euros par an au cours des cinq prochaines années pour contribuer aux objectifs européens d’extraction de matières premières critiques.
Photo par OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP
Photo par OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP

L’Europe possède des ressources minérales susceptibles de renforcer sa sécurité d’approvisionnement, mais elle manque encore de projets suffisamment avancés pour transformer ce potentiel géologique en nouvelles mines. C’est l’un des principaux enseignements d’une étude technique commandée par la Banque européenne d’investissement (BEI), avec l’assistance d’Aurum Exploration Limited. Le rapport se concentre sur une étape déterminante de la chaîne des matières premières qui est l’exploration minière. Sans découverte de nouveaux gisements, pas de nouvelles mines, et donc pas d’augmentation de l’approvisionnement européen.

Selon l’étude, environ un projet d’exploration sur 10 000 à ses débuts et un sur 1 000 à un stade plus avancé aboutissent finalement à une mine en activité. L’écart entre les ambitions européennes et les moyens consacrés à l’exploration apparaît particulièrement marqué. Les dépenses d’exploration minière dans l’Union européenne sont actuellement estimées à environ 200 millions d’euros par an. Pour contribuer à atteindre les objectifs fixés par le règlement européen sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act), elles devraient être portées à environ 2 milliards d’euros par an pendant cinq ans, soit une multiplication par dix.

Un tel niveau placerait l’Union au-dessus des dépenses actuellement consacrées à l’exploration au Canada et en Australie, deux grandes puissances minières mondiales. En 2024, le Canada représentait ainsi 20 % du budget mondial d’exploration minière et l’Australie 16 %. L’Union européenne ne pesait que 3 %. Certains États membres montrent pourtant qu’une relance de l’exploration est possible. La Finlande et la Suède figurent notamment parmi les exemples cités par l’étude.

D’après la BEI, le problème ne se résume pas au manque de capitaux. L’étude pointe également des procédures d’autorisation complexes et fragmentées, des délais d’approbation trop longs et une connaissance encore insuffisante des enjeux liés aux matières premières critiques dans l’opinion publique.

À cela s’ajoutent des données géologiques parfois incomplètes ou obsolètes, ainsi qu’un nombre trop limité de petites sociétés d’exploration capables d’assumer le risque des premières phases d’un projet. Les dispositifs financiers destinés à ces opérations restent également insuffisants.

« L’Europe dispose d’un potentiel minéral important qui pourrait jouer un rôle beaucoup plus grand dans le renforcement de notre sécurité d’approvisionnement », souligne Nicola Beer, vice-présidente de la BEI. Selon elle, l’enjeu est désormais de créer les conditions permettant de découvrir et de développer ce potentiel « de manière responsable », notamment grâce à de meilleures données géologiques, à des procédures d’autorisation plus rapides et prévisibles et à des outils financiers capables d’attirer les investisseurs privés.

Le rapport recommande plusieurs leviers pour relancer l’exploration : simplifier les procédures administratives, renforcer les services publics de géosciences, mobiliser davantage de capitaux privés et développer un écosystème européen de l’innovation minière.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article