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Professions financières

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Quantique : dans la finance, les risques pourraient prendre les gains de court / Les actifs numériques éclairent certaines vulnérabilités

L’informatique quantique amène avec elle son lot de gains, comme de risques. Il est encore difficile de savoir lesquels se révéleront concrètement en premier pour le secteur financier.
GORODENKOFF PRODUCTIONS/SCIENCE / GPR / Science Photo Library via AFP
GORODENKOFF PRODUCTIONS/SCIENCE / GPR / Science Photo Library via AFP

Un calendrier délicat à anticiper. Si les technologies créent usuellement de la valeur avant de faire naître des problèmes, l’informatique quantique pourrait bien bousculer cet ordre, détaille une note d’Allianz Research, écrite par Ludovic Subran, Björn Griesbach, Jordi Basco-Carrera et Giovanni Scarpato. « Imaginez deux horloges qui [tournent] côte à côte : l’une mesure le temps nécessaire pour que les ordinateurs quantiques deviennent économiquement viables, l’autre le temps nécessaire pour qu’ils parviennent à déchiffrer le cryptage qui sous-tend le système financier. La question de savoir laquelle des deux sonnera la première reste véritablement ouverte », soulèvent les auteurs.

Le potentiel de gain est avéré, estime la note, mais s’observe principalement du côté de la tarification des produits dérivés et d’autres simulations financières complexes. Au-delà de ces terrains, l’impact pour le secteur financier pourrait être plus restreint. Car si l’informatique quantique accélère les méthodes utilisées lors de simulations financières, l’avantage constant, par rapport à l’amélioration des méthodes classiques d’optimisation de portefeuille et d’apprentissage automatique financier, reste encore à démontrer. Les assureurs sembleraient en tout cas bien positionnés pour en tirer parti, dans la mesure où la simulation et l’optimisation sont le nerf de la guerre en matière de tarification des risques, de modélisation du capital ou de la gestion actif-passif.

La monnaie quantique, également, pourrait utiliser des états quantiques non copiables pour certifier la valeur et empêcher la contrefaçon. Son déploiement commercial apparaît toutefois lointain, estime la note. « Les avantages restent pour l’instant théoriques, menacés par la surcharge liée à la correction d’erreurs et par un niveau de référence classique en constante progression, jusqu’à ce que de grandes machines voient le jour. Mais les méthodes d’inspiration quantique apportent dès aujourd’hui une valeur opérationnelle sur du matériel classique, et les talents, les outils et le savoir-faire acquis en cours de route seront réutilisés », poursuit toutefois le rapport.

 

L’anticipation comme clé

 

Il s’agirait en tout cas de ne pas perdre de temps pour appréhender le sujet : le « Q-Day » pourrait arriver plus rapidement que prévu, indique la note, dans la mesure où les données collectées aujourd’hui peuvent être déchiffrées ultérieurement. La méthode pour rompre le chiffrement actuel existe depuis deux décennies, et n’attend plus que la machine elle-même. « Les dossiers médicaux, les informations gouvernementales classifiées et les données financières sensibles doivent rester confidentiels pendant des décennies, mais les experts estiment entre 28 % et 49 % la probabilité que le « Q-day » – c’est-à-dire le moment où un ordinateur quantique capable d’effectuer des calculs cryptographiques existera – survienne d’ici dix ans », souligne la note. Des normes de sécurité ont commencé à émerger depuis 2024, avec des échéances désormais fixées : aux États-Unis, l’Institut national des normes et de la technologie prévoit de remplacer les algorithmes existants après 2030, tandis que, dans l’Union européenne, les infrastructures financières critiques devront avoir migré d’ici à cette même échéance.

Les actifs numériques illustrent cette vulnérabilité. Les économistes indiquent que 400 milliards de dollars de Bitcoins sont déjà à risque, ceci ne constituant que la partie la plus visible de l’iceberg. Ainsi, ils soulignent qu’au printemps 2026, quelque 30 % de l’offre totale des Bitcoins était protégée par des clés publiques exposées, tandis qu’Ethereum prolonge ce risque aux stablecoins, ponts de chiffrement et actifs tokénisés. « Les répercussions sur la finance traditionnelle seraient systémiques : la BRI estime les pertes à plus de 1 % du PIB sur 15 à 20 ans, tandis qu’un scénario pessimiste du Hudson Institute prévoit jusqu’à 3 300 milliards de dollars de pertes de PIB (3 % du PIB mondial) sur six trimestres », ajoute la note.

Les gains de cette technologie attirent les secteurs publics et privés, mais les préoccupations liées à la menace restent plus confidentielles, estime ainsi la note, et donc plus difficilement quantifiables. Pour l’heure, les investisseurs misent essentiellement sur le matériel. « Environ 97 % de chaque dollar finance la machine et moins de 1 % les applications, sur un montant estimé à 12,6 milliards de dollars levés par les startups quantiques en 2025. Les initiatives publiques révèlent un déséquilibre géographique : les États-Unis se préparent aux gains et à la menace par le biais de décrets présidentiels parallèles, tandis que l’Europe, qui ne représente que 5 % des investissements privés dans le quantique contre plus de la moitié pour les États-Unis, met en œuvre sa propre réponse à travers des instruments politiques fragmentés, risquant de revivre l’expérience de l’IA en tant qu’adoptante et régulatrice d’une technologie qui ne lui appartient pas », pointe-t-elle. La préparation ne résulte finalement que d’une décision budgétaire informatique interne, ajoute la note, les ressources étant toutefois en concurrence avec celles dédiées à l’intelligence artificielle, tandis que seules 35 % des grandes organisations ont réalisé un inventaire cryptographique.

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