Feuilleton de l'été / Darrois Villey Maillot Brochier / Avocat / Place de Paris
Feuilleton de l'été
Darrois Villey Maillot Brochier / Avocat / Place de Paris
Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain /
Julie Pasternak, associée chez Darrois Villey Maillot Brochier
La vie des affaires est faite d’accords qui se concluent d’une poignée de mains. Mais derrière les « deals », se jouent aussi des rapports de force plus complexes, où les intérêts se heurtent et pouvant, parfois, conduire les parties devant un juge. Ce qui nécessite, pour les entreprises, d’être bien accompagnées par leur conseil juridique. Pourtant, le prétoire n’est qu’un des terrains où Julie Pasternak, spécialiste du contentieux, exerce son métier d’avocate d’affaires. Le reste se joue autrement bien avant, au cœur de la vie des entreprises. « Quand on pense à la pratique contentieuse, on l’associe souvent aux procès. C’est vrai, mais pas seulement : il y a, en dessous, beaucoup de pré-contentieux, de phases d’échanges qui peuvent opposer les parties à l’occasion de discussions commerciales, de négociation d’une opération ou d’un contrat, de rééquilibrage des pouvoirs dans une société, où chacune des parties muscle sa position et doit se préparer, en anticipation, mais sans forcément être devant un tribunal », explique l’associée au cabinet Darrois Villey Maillot Brochier, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
Car des grandes batailles boursières aux opérations de M & A les plus stratégiques, en passant par des conflits entre actionnaires ou des problématiques de succession, le droit des affaires se pratique au pluriel au sein du célèbre cabinet de l’avenue Victor Hugo, qui conseille et défend les sociétés du CAC 40, les grandes familles industrielles françaises, et autres décideurs et entrepreneurs de la Place. « Il n’y a pas une équipe qui se charge des discussions, l’autre des contestations, l’autre des plaidoiries. Je travaille par exemple au quotidien avec des associés en M & A, les dossiers se situent souvent à la frontière entre les deux matières. Tout est très imbriqué, cela imprègne notre culture et notre savoir-faire », détaille-t-elle.
Le goût du travail avant tout
Cette vision du métier s’est forgée au cours des près de quinze années que Julie Pasternak a passées chez Darrois Villey Maillot Brochier, où elle est devenue associée à seulement 34 ans, il y a cinq années désormais. Une trajectoire construite pas à pas, ne résultant pourtant pas nécessairement d’une vocation précoce. Originaire de Metz, Julie Pasternak décrit une enfance « simple, modeste », où le goût du travail représentait une valeur cardinale. N’ayant pas évolué dans un environnement où les classes préparatoires et les grandes écoles étaient les voies usuelles, elle choisira de s’orienter vers le droit pour ses études, car la discipline lui semblait être suffisamment large pour lui ouvrir divers chemins. Mais, aussi, pour lui donner des clés de compréhension sur la société.
En revanche, son intérêt pour la vie économique et des entreprises était déjà bien installé en elle de longue date. De fil en aiguille, le droit des affaires s’imposera de plus en plus à son esprit. D’abord à l’université de Lorraine, puis au sein du prestigieux magistère des juristes d’affaires (DJCE) de Nancy, dont elle sortira major de promotion. De nouveau, le travail : « Plus je travaillais, plus cela marchait et plus les portes s’ouvraient. Cela a aussi été le marqueur de tout ce qui a suivi à partir de ce moment-là ».
Premier contact
De ses études, elle retient des directeurs de master ayant toujours eu à cœur de pousser à la pratique du droit et de la mettre en regard de la théorie pure, plus austère de prime abord. Une mécanique qu’elle juge indispensable. « C’est comme cela que se créent des vocations, » souligne-t-elle. Master en poche, son arrivée à Paris et son premier contact avec le cabinet Darrois Villey Maillot Brochier, dont elle avait régulièrement entendu parler lors de ses études, se fera sans transition à l’occasion d’un stage d’été. Elle y fera ainsi ses premières armes, préparant de concert l’examen d’entrée à l’école du barreau. « Il était presque dur de revenir sur les bancs de l’école, à certaines périodes, après avoir goûté à la vie professionnelle », se souvient-elle.
L’école d’avocats ne sera pas seulement un passage théorique de sa vie de jeune adulte. Elle aura l’occasion d’y poursuivre son parcours en alternance au sein du cabinet CVML, fondé par d’anciens avocats de sa future maison et de Bredin Prat. Au cours de cette période, elle passera également en stage au Conseil d’État, au sein de la section fiscale, où Julie Pasternak découvrira une approche du droit différente, au contact de juges administratifs.
L’attrait du contentieux
Après une première année de collaboration chez CVML, c’est en 2012 qu’elle signera son retour au sein du cabinet où elle exerce encore aujourd’hui. Si elle avait plutôt débuté en M & A, elle se focalisera plus particulièrement sur le contentieux en arrivant chez Darrois Villey Maillot Brochier. « Beaucoup d’associés travaillaient en revanche sur les deux matières, le cabinet s’est historiquement construit autour de ces deux piliers avant d’élargir ses pratiques à d’autres facettes du droit des affaires », remarque-t-elle. Elle y sera directement plongée dans le grand bain, ayant l’opportunité de rentrer dans le fond des dossiers. Il faut dire que le cabinet ne comptait alors qu’une trentaine d’effectifs, contre près de cent aujourd’hui. De même, il n’était installé que sur un étage de l’immeuble qu’il occupe aujourd’hui dans son ensemble. « C’était pratiquement un associé pour un collaborateur », se rappelle-t-elle.
Julie Pasternak se souvient ainsi d’avoir assisté, lors de ses premières années de collaboration, à de longues sessions de « brainstorming » dans le bureau de Jean-Michel Darrois aux côtés des autres fondateurs, où se construisaient, « en mode commando », souligne-t-elle, des stratégies juridiques sur de grandes opérations. De quoi monter en compétences rapidement, en s’imprégnant de la méthode et de l’expérience des autres. Cette organisation transversale et sans trop de strates, où la formation des plus jeunes se fait par la pratique et la confrontation aux dossiers, reste aujourd’hui l’une de ses signatures. « La seule boussole qui nous anime, est la défense des intérêts de nos clients », résume Julie Pasternak.
Une approche qui suppose évidemment une parfaite maîtrise de la rigueur, de la technique et des rouages du droit. « C’est un prérequis absolu, la base de notre métier. C’est d’abord pour cela que nos clients viennent nous voir », appuie l’avocate. Mais elle ne suffit pas, à elle seule, à résoudre les dossiers plus complexes : « On ne peut pas réduire le rôle d’un avocat à de la technique pure, il faut comprendre ses clients, les juges et ses adversaires, savoir faire preuve de créativité pour trouver les solutions les plus pragmatiques ».
Cette conviction et cette conception du métier se sont modelées au contact de toutes les figures du cabinet. « Je me suis vraiment nourrie des différents associés, des autres collaborateurs, mais aussi de mes clients », explique-t-elle. Mais parmi ses mentors, les fondateurs du cabinet occupent naturellement une place centrale. « Jean-Michel Darrois a une intelligence des relations humaines qui est tout à fait particulière. Il est capable de conseiller des dirigeants du CAC 40 comme un jeune entrepreneur, de travailler avec un associé, un grand professeur ou un jeune stagiaire, et de faire tout cela exactement de la même manière ». Dans sa pratique du contentieux, elle cite également Emmanuel Brochier : « C’est l’un des meilleurs avocats du barreau d’affaires, je lui dois beaucoup dans l’apprentissage du savoir-faire de cette discipline », explique-t-elle.
Construire sa propre trajectoire
Rapidement, Julie Pasternak décidera aussi de développer sa propre clientèle. Ce qui se traduit souvent par des nuits blanches ou des week-ends de travail supplémentaires : ces dossiers doivent être conduits avec exigence, mais relèvent de la seule responsabilité de celui qui en a la charge. Ils se doivent de rester invisibles, ne pouvant et devant jamais empiéter sur ceux qui concernent la clientèle du cabinet, restant la priorité absolue. « Mais je pense que c’est indispensable dans la formation d’un avocat. Être seule face à un client, sans associé pour reprendre la main, oblige à apprendre autrement, en conseillant, en décidant et en assumant », indique Julie Pasternak. Ainsi, elle se souvient par exemple d’un dossier concernant des entrepreneurs, qui souhaitaient se séparer d’un associé sans que cela ne fasse de vagues. Affaire finalement résolue par la jeune avocate.
Ces années de cheminement et de travail au sein du cabinet se seront soldées par son accession à l’association, à un jeune âge, en 2021. La recette ? Julie Pasternak insiste sur le travail, les soutiens reçus et la progression continue plutôt que le statut en lui-même, auquel elle ne s’était toutefois jamais interdit de penser, convaincue depuis toujours que l’assiduité et l’investissement dans le travail lui donneraient de quoi atteindre ses objectifs. « Rien ne change, mais tout change », remarque-t-elle à propos de ce statut.
Transmettre à son tour
Si la nature des dossiers demeure, les responsabilités, elles, s’élargissent : contribuer à développer le cabinet, être en première ligne face aux clients, assumer les responsabilités, recruter, apprendre aux plus jeunes pour composer un collectif solide. « C’est une construction permanente que de gérer des équipes et de former des collaborateurs, on ne peut pas travailler tout seul », souligne-t-elle. La transmission de sa pratique occupe, d’ailleurs, une place résolument centrale chez Julie Pasternak. En parallèle de son travail au sein du cabinet, l’avocate dispense en effet des enseignements universitaires. « Je n’ai pas la prétention de leur apprendre le fond du droit, je leur apporte plutôt un regard très pratique sur l’approche contentieuse, avec laquelle on a peu de contact lorsqu’on est étudiant ». Après avoir enseigné plusieurs années comme chargée de travaux dirigés pour des étudiants en Master 1 à la Sorbonne, elle le fait aujourd’hui dans plusieurs DJCE (à Nancy et à Lyon), mais aussi au sein du Magistère de Droit Économique de Paris, à l’université Paris I Panthéon Sorbonne. Elle s’attache ainsi à leur exposer des cas pratiques, sur des anciens dossiers du cabinet – forcément anonymisés.
Parmi les grands dossiers de Place sur lesquels elle a justement travaillé, elle cite l’un des premiers d’entre eux, lorsqu’elle était jeune avocate : celui pour Veolia, contre EDF, sur le conflit Dalkia. Pourtant, estime Julie Pasternak, « les dossiers les plus marquants sont souvent ceux dont on ne peut pas parler, où des parties judiciaires se jouent en coulisse sans qu’on ne le sache ». Elle pense notamment à ces opérations qu’il faut parfois faire suspendre en 24 heures, à ces injonctions qu’il faut obtenir dans des délais serrés, aux décisions à demander et qui pourraient avoir un impact majeur sur une opération, à l’exercice de conviction de convaincre un juge qu’elles sont nécessaires, justes et prévues par le droit.
Autant de situations différentes, qui appellent à un engagement sans faille, où la réussite ne se mesure pas seulement au verdict final. « Quand cela marche, ce sont des moments très forts de notre métier. Mais au fond, ce n’est pas juste gagner ou perdre. La réalité, c’est que ces victoires permettent uniquement de débloquer une situation. Il arrive souvent qu’il y ait des sujets de principe. Mais ce que cherchent les parties dans les affaires, c’est avant tout de continuer à faire des affaires », assure Julie Pasternak. Le prétoire n’aura finalement été qu’une des facettes de l’histoire. Après avoir fait ses premiers pas au sein du cabinet « Darrois », l’avocate associée continue ainsi d’exercer son métier là où se jouent les dénouements les plus déterminants : au plus près des entreprises et de leurs dirigeants.
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