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SpaceX : une croissance étincelante, mais pas de nature à rassurer les marchés / De premiers résultats post-introduction en Bourse scrutés

Les premiers résultats trimestriels publiés par SpaceX depuis sa tonitruante introduction en Bourse ont été accueillis froidement sur les marchés. En dépit d’une croissance plus qu’au rendez-vous et d’une amélioration de ses résultats, ils ne semblent pas avoir été rassurés par l’ampleur de ses dépenses d’investissements dans l’intelligence artificielle, ou par l’absence de perspectives financières plus détaillées.
Elon Musk et le logo SpaceX (Photo : Imen Ben Youssef / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
Elon Musk et le logo SpaceX (Photo : Imen Ben Youssef / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Quelques mois après avoir réalisé une introduction en Bourse historique, lui ayant permis de lever près de 86 milliards de dollars, SpaceX avait cette fois rendez-vous avec les investisseurs pour publier ses premiers comptes trimestriels depuis l’opération. Un rendu qui ne semble pas les avoir enthousiasmés, puisque l’action de l’entreprise d’Elon Musk a baissé de 7 % dans les échanges électroniques d’après clôture à Wall Street et creuse son recul à 12 % depuis l’ouverture de la Bourse de New York, cet après-midi. Le titre s’échange à date autour de 110 dollars, un prix inférieur au niveau fixé lors de son IPO, de 135 dollars (il avait flambé dans la foulée à plus de 200 dollars).

 

Des interrogations

 

Sur le plan de la croissance, SpaceX a dépassé les attentes des marchés. Ses revenus trimestriels se sont élevés à 7,8 milliards de dollars, enregistrant un bond de 92 % sur un an et se plaçant bien au-dessus des attentes des analystes. Sa perte opérationnelle a été nettement réduite sur un an, de 970 à 143 millions de dollars, tandis que ses pertes nettes, de 541 millions de dollars, sont aussi plus restreintes que ce sur quoi tablaient les anticipations. Et ont même été divisées par presque deux sur un an.

Mais l’ampleur des investissements a elle aussi été au rendez-vous, ce qui semble de son côté avoir créé des inquiétudes sur les marchés. Les capex se sont élevés à 18,4 milliards de dollars… soit près du double par rapport au trimestre précédent, presque six fois plus sur un an, et bien au-dessus des prévisions des marchés. D’autant que, lors de la présentation des résultats, l’entreprise a indiqué qu'ils se maintiendraient à ce niveau pour au moins les deux trimestres à venir. Le tout sera principalement destiné à ses activités d’IA, notamment pour augmenter les capacités de calcul de SpaceX. D’abord grâce à ses centres de données terrestres, puis dans le futur avec ceux qu’il compte installer dans l’espace, grâce au développement de la fusée Starship, qui devra être complètement réutilisable. Or, les marchés ne cachent plus leurs craintes quant aux promesses de croissance de l’IA, et à elle seule, l’IA a absorbé 15,8 milliards de dollars des capex de SpaceX sur le trimestre.

Les prévisions de croissance ambitieuses qu’a détaillées Elon Musk lors de la présentation n’ont, a priori, pas été de nature à rassurer les marchés. L’entrepreneur a assuré que SpaceX atteindrait les 1 000 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel d’ici 2030, soit un an plus tôt que prévu lors de son introduction en Bourse. Il a ajouté qu’il était même probable que ce cap soit atteint en 2029. La marche s’annonce donc haute.

 

Starlink toujours moteur

 

Si les activités d’IA représentent le premier poste d’investissements, le grand moteur de SpaceX reste toujours Starlink : l’activité de services de connexion à internet par satellite a pesé à hauteur de 4,3 milliards de dollars de revenus sur le trimestre, soit une progression de 66 % sur un an, grâce à une hausse d’abonnés et une hausse du chiffre d’affaires réalisé avec les entreprises et les gouvernements. Son résultat opérationnel a quant à lui grimpé de 79 %, à 1,6 milliard de dollars, venant ainsi partiellement compenser les pertes enregistrées par l’activité spatiale (de 542 millions de dollars) et de l’IA (1,2 milliard de dollars de pertes opérationnelles). Du côté des revenus, les vols spatiaux ont vu les leurs grimper de 29 %, à 962 millions de dollars.

Les activités d’IA, elles, ont explosé les compteurs de croissance. Leur chiffre d’affaires a bondi de 247 % sur un an, à 2,6 milliards de dollars, grâce notamment à des contrats de services de fournitures cloud (1,6 milliard de dollars de chiffre d’affaires). SpaceX loue en effet désormais ses capacités de calcul excédentaires à d’autres groupes et a depuis le mois de mai fait plusieurs annonces à ce sujet, comme en a témoigné son contrat avec 1,25 milliard de dollars par mois passé avec Anthropic (il a débuté au mois de juillet).

Alphabet a depuis suivi, la maison mère de Google ayant par exemple signé un accord pluriannuel prévoyant un versement de plus de 900 millions de dollars par mois, à compter d’octobre 2026, afin de profiter des capacités de calcul de l’entreprise. De quoi assurer des revenus à court et long terme, mais de poser également question sur la capacité de SpaceX à pouvoir entraîner ses propres modèles d’IA générative, estimés moins en avance que ceux de ses concurrents. "Nous avons annoncé un accord en vue d’acquérir Cursor pour 60 milliards de dollars [par échange d’actions, ndlr] afin d’accélérer le développement de nos offres d’IA destinées aux entreprises grâce à l’un des outils de codage IA les plus avancés du marché. Nous prévoyons de finaliser cette opération au troisième trimestre 2026", a toutefois rappelé SpaceX à l’occasion de la publication.

 

Échéance rapprochée

 

"Le point faible de la publication est l’absence de perspectives détaillées sur les revenus futurs, les coûts et le niveau de capex, alors que ce sont précisément ces éléments qui permettront de juger la rentabilité réelle du modèle", juge John Plassard, de chez Cité Gestion, pointant également que la réaction sur le titre ne sanctionnait pas la qualité du trimestre, mais aussi l’incertitude liée au prochain déblocage potentiel de 911,5 millions d’actions, susceptible de faire apparaître une importante offre de titres. L’introduction en Bourse de l’entreprise prévoyait en effet l’expiration du premier "lockup" deux jours après la parution de ces comptes trimestriels, qui pourrait permettre à ses investisseurs historiques ou salariés de vendre leurs titres et exercer ainsi une nouvelle pression à la baisse sur son cours.

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