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Quantique : un soutien public qui va appeler à des arbitrages budgétaires et stratégiques / La Cour des comptes en dresse un premier bilan
La France peut compter sur ses atouts pour s’imposer dans la course à l’informatique quantique, dont les implications en matière de souveraineté sont majeures : une recherche de haut niveau, des entreprises solides dans plusieurs de ses technologies et des start-ups en pointe dans leur domaine, ayant notamment bénéficié d’un soutien public, dresse un récent rapport de la Cour des comptes sur le soutien au secteur.
Autre point positif, celui de la qualité de la gestion des fonds publics ayant été alloués jusqu’ici au quantique, grâce à une gouvernance centralisée et à une stratégie équilibrée. « La stratégie nationale quantique (SNQ), suivie par le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI), structure l’effort national sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la recherche fondamentale jusqu’aux applications industrielles, avec un accent particulier mis sur l’informatique quantique. Sur la période 2020 à 2025, elle a été dotée d’1,8 milliard d’euros d’investissements, dont 1,5 milliard d’euros de fonds publics, parmi lesquels 1 milliard d’euros a été consacré à l’informatique quantique », rappelle le rapport des Sages de la rue Cambon. Enfin, il souligne aussi le bénéfice, pour la filière, du coût modéré de l’électricité en France, par rapport à la moyenne des pays de la zone euro.
En revanche, l’enquête de la Cour des comptes démontre aussi plusieurs vulnérabilités. D’abord, les embûches rencontrées par les entreprises pour se capitaliser, qui leur font prendre du retard et pourraient en faire des cibles pour les acteurs d’autres pays disposant de liquidités importantes. Un sujet lié aux difficultés de la France et de l’Europe à financer le passage à l’échelle de ses jeunes pousses, ayant été maintes fois documenté et détaillé – la fragmentation des marchés européens contribuant par ailleurs à cette situation. Ensuite, pointe le rapport, la filière tricolore souffre également d’un déficit d’investissement privé, au regard de l’aversion au risque des acteurs du Vieux continent par rapport à leurs homologues nord-américains.
Après la phase d’amorçage
« Si les soutiens publics étaient indispensables pour amorcer la phase d’impulsion, les montants nécessaires pour passer à la phase industrielle excèdent désormais les capacités financières de l’État », observe le rapport. La mobilisation de financements privés d’envergure devient donc un enjeu crucial, pointe-t-il, regrettant qu’il n’existe qu’un seul fonds privé français de capital-risque spécialisé dans le financement des technologies quantiques. Enfin, indique le rapport, le succès de la filière repose aussi sur une forte coopération entre recherche publique et recherche privée, recherche fondamentale et recherche appliquée. « Cet équilibre vertueux est fragile et la question de la mise en place d’infrastructures performantes et partagées requiert également dès à présent une réflexion collective », pointe le rapport.
En matière de perspectives, aux côtés des enjeux de souveraineté, les vertus économiques à être engagé dans cette course technologique sont claires : selon la loi des rendements décroissants, détaille le rapport, les technologies de rupture offrent des rendements nettement plus importants que l’amélioration apportée à des technologies déjà maîtrisées. « L’avantage comparatif de bénéficier d’un monopole sur une technologie de rupture, même pendant une durée assez brève, justifie donc de s’engager dans une véritable « course » à la réalisation de ce type d’innovation », remarque-t-il.
Et de fait, la compétition pour les technologies quantiques, et plus particulièrement pour la production d’un ordinateur quantique qui puisse être rentable, est féroce entre les grandes puissances industrielles de ce monde. Tous les pays qui le peuvent ont formalisé une stratégie nationale quantique sur les cinq dernières années, tandis que les investissements publics et privés accélèrent, tout comme les dépôts de brevets. C’est ainsi que le Congrès américain a voté, fin mai dernier, un soutien de 2 milliards de dollars à l’informatique quantique en ciblant seulement neuf entreprises. Le lendemain, le président de la République Emmanuel Macron annonçait une nouvelle enveloppe d’un milliard d’euros pour investir dans l’ensemble des technologies quantiques au travers des fonds de France 2030, dont proviennent déjà la majorité des ressources allouées.
« Pour l’heure, contrairement à d’autres pays, la France a fait le choix de l’autonomie stratégique en soutenant l’ensemble de la filière. Cependant, alors que ses ressources sont limitées, ce qui rend indispensable la mobilisation de capitaux privés, elle va devoir choisir entre trois voies budgétaires », indique le rapport. Premièrement : maintenir les financements à leur niveau actuel et les sécuriser sur les années à venir, au risque que le décalage avec les besoins grandissants n’aboutisse à la captation de la valeur créée par des entreprises étrangères. Ensuite, augmenter les moyens alloués afin de soutenir cette « guerre d’attrition » qui s’est engagée et éviter la prise de contrôle des entreprises, ou l’exploitation des résultats publiés en recherche fondamentale par des pays concurrents. « Cela suppose des choix difficiles, à réaliser au détriment d’autres politiques publiques, et reste conditionné au maintien de dispositifs ciblés pour éviter le saupoudrage », pointe le rapport. Enfin, réorienter les moyens alloués vers d’autres priorités stratégiques en deeptech et assumer ainsi le risque d’une perte de souveraineté sur l’ordinateur quantique. Un choix qui devra être fait alors que l’ampleur des financements nécessaires n’est et ne sera pas compensée par l’intervention de l’Union européenne, en dépit des annonces attendues dans le cadre du Quantum European Act, indique le rapport.
Une autre option
« Il serait pertinent de combiner les deuxième et troisième scénarios en nouant des partenariats avec des pays choisis. Cela suppose toutefois de soigneusement identifier les partenaires potentiels car nombreux sont ceux qui assument une intégration très forte avec les États-Unis ou dont le modèle repose sur des conceptions de la souveraineté différentes de celle de la France », observe le rapport, rappelant que seuls les États-Unis et la Chine disposaient réellement des moyens d’une autonomie stratégique, sur le territoire national, pour l’ensemble des technologies quantiques, notamment au regard des composants utilisés. Comme les autres puissances, il restera aussi à la France d’assumer un choix stratégique pour orienter le soutien public à la filière, soit en se spécialisant sur un segment particulier des technologies (ou du calcul) quantiques, à l’instar des méthodes utilisées aux Pays-Bas ou en Finlande, soit en se positionnant en tant que hub, comme l’a fait le Royaume-Uni, ou bien rester en dépendance technologique, vers laquelle s’orientent plusieurs pays à l’égard des États-Unis.
Pour la suite, la Cour formule ainsi plusieurs recommandations. Elle appelle tout d’abord à ce que l’effort supplémentaire financier de l’État ait bien un effet de levier au travers du secteur privé et en renforçant la contribution du ministère des Armées. Du côté du soutien apporté au privé, la Cour recommande aussi d’augmenter davantage le poids des avances remboursables, par rapport aux subventions et de recourir davantage à la commande publique. Un renforcement du suivi consolidé de tous les financements, transversaux par nature, est également recommandé – tant dans leur destination que leur origine. Elle estime aussi qu’il sera nécessaire d’assurer un suivi exhaustif et à jour des entreprises de ce secteur stratégique en coordination avec le SGPI et de construire donc, d’ici 2028, des partenariats industriels ciblés à l’échelle européenne (le cas échéant, avec une spécialisation par pays, par exemple sur des technologies complémentaires).
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