Macro-économie / Taux
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Des chocs successifs qui ont préparé les marchés énergétiques à encaisser les coups / Une résilience analysée point par point à Francfort
Des marchés qui plient mais ne rompent pas. Le pétrole et le gaz n’ont pas vu leurs différents prix partir à la dérive pendant une bonne partie de la crise géopolitique en cours au Moyen Orient. Pourtant, l’ampleur de la crise est bien plus conséquente qu’en 2022, les trois économistes de la Banque centrale européenne (BCE) à avoir travaillé sur ces deux épisodes constatent que celui en cours a engendré des perturbations sans commune mesure avec le premier.
Les données communiquées par leurs soins font état pour le conflit en cours d’une « perte d'approvisionnement moyenne d'environ 14 millions de barils par jour (mbj) à ce jour, représentant 14 % de l'approvisionnement mondial en pétrole. À titre de comparaison, la guerre en Ukraine n'a réduit l'approvisionnement en pétrole que d'environ 1 mbj, soit 1 % de la production mondiale ». Il faut dire qu’à l’époque les quelques 10 mbj en provenance de Russie avaient pu trouver des alternatives pour se déverser sur les marchés, faisant usage de circuits alternatifs pour passer outre les sanctions à l’encontre du Kremlin.
Enquêter
La moindre explication est scrutée par le trio d’auteurs, ceux-ci cherchant à comprendre pour les marchés ont réagi de façon mesurée à cette crise d’une ampleur plus conséquente. Ils considèrent notamment que « l'espoir que la pénurie d'approvisionnement soit temporaire [a joué]. Historiquement, une perturbation de cette ampleur aurait généralement entraîné une hausse des prix du pétrole pouvant atteindre 105 % ». Or les données mobilisées par leurs soins ne faisaient alors part que d’une hausse de 50 % au plus haut avant de se stabiliser à 29%. La hausse des derniers jours montre bien que le potentiel de hausse est existant mais que le marché est davantage capable de s’en accommoder.
Il s’avère ainsi que l’équilibre entre l’offre et la demande était bien meilleur sur le marché pétrolier, avec un excédent de barils de l’ordre de 2,5 mbj. Là où en 2022, on était sur un déficit de l’ordre de 1 mbj, entre temps la production a continué à augmenter aux Etats-Unis et la Chine se tourne de mois en mois un peu plus vers l’électrique. D’autres outils ont également bien entendu été activés tels que les stocks stratégiques de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), certains pays avaient d’ailleurs particulièrement bien préparé la crise. On estime chez les trois économistes « que les stocks chinois de pétrole sont passés de 92 jours de couverture des importations en 2023 à environ 115 jours début 2026 ».
Abondance
Le son de cloche est relativement similaire pour le gaz. A Francfort, l'on s’est également évertués à comprendre pourquoi les prix du gaz « ont réagi plus modérément en 2026 que pendant la crise énergétique ukrainienne ». La première explication est à trouver dans des « marchés bien approvisionnés suite à la diversification des sources d'approvisionnement européennes, réduisant ainsi leur dépendance au gaz russe, et à l'augmentation des capacités d'importation de GNL. À l'inverse, les marchés gaziers européens étaient déjà sous tension avant l'invasion russe de février 2022, avec des prix du gaz naturel TTF compris entre 80 et 90 €/MWh et une forte dépendance au gazoduc russe ».
Une bonne préparation qui profite également d’une moindre concurrence asiatique pour les cargaisons de GNL. Là où en 2022, l'Europe avait dû surenchérir sur les livraisons et ce en partie pour suppléer les défaillances de la production hydroélectrique et nucléaire. Un bel équilibre pouvant rapidement être bouleversé en cas de fermeture prolongée du détroit d’Ormuz. Laquelle « épuiserait progressivement les réserves existantes et les stocks mondiaux, tout en contraignant les marchés à revoir à la baisse leurs prévisions de résolution rapide, ce qui accroîtrait le risque de nouvelles pressions à la hausse sur les prix ». L’incitation forte à entamer un virage pour sortir des fossiles demeure présente, bien que dans un horizon de plus long terme.
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