Macro-économie / Taux
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Cette Légion d’honneur qui valait des milliards / Son attribution aurait un impact sur la Bourse
Les entreprises ne regarderont plus jamais du même œil la Légion d’honneur. Selon un article écrit par les chercheurs Marc Sangnier, Stéphane Benveniste et Renaud Coulomb, à paraître dans la revue Journal of Law, Economics, and Organization, des firmes cotées dont un administrateur reçoit la Légion d’honneur enregistrent une hausse significative de leur valeur boursière dans les jours qui suivent l’annonce officielle.
Les trois économistes ont analysé l’ensemble des décorations civiles de la Légion d’honneur attribuées entre 1995 et 2019, en les croisant avec les conseils d’administration des sociétés françaises cotées. Au total, 1 240 distinctions concernant 1 074 administrateurs ont été étudiées. Dans les deux jours de Bourse suivant la publication du décret, les entreprises concernées enregistrent un rendement "anormal" moyen de 0,21 %.
"Pour mesurer la réaction du marché, nous utilisons une méthode d’étude d’événement et comparons plus précisément les rendements réels des entreprises lauréates autour de la date du décret avec les rendements attendus selon des modèles d’évolution du marché. La différence - un rendement anormal pouvant s’accumuler sur quelques jours - constitue la mesure standard de la réaction du marché à un événement", indiquent les chercheurs. Cinq jours après l’annonce, ce gain atteint 0,43 %, soit environ 7 millions d’euros - en euros constants de 2000 - de capitalisation boursière supplémentaire pour l’entreprise médiane de l’échantillon.
Pourquoi une simple décoration influencerait-elle les marchés ? Ce n’est pas la reconnaissance du mérite qui semble intéresser les investisseurs, mais ce qu’elle peut révéler. C’est en tout cas l’hypothèse avancée par les chercheurs qui soupçonnent que la distinction soit possiblement interprétée comme un signal de proximité avec le pouvoir politique. Or, l’accès aux décideurs publics peut représenter un avantage stratégique pour les entreprises, notamment dans les secteurs dépendant de la réglementation, des marchés publics, des subventions ou de l’investissement de l’État. Ce à quoi les investisseurs ne peuvent se montrer insensibles.
Pour mettre cette hypothèse à l’épreuve, les auteurs se sont appuyés sur les réseaux de quinze grandes écoles. En reconstituant les parcours des administrateurs d’entreprises et de membres des gouvernements entre 1995 et 2019, ils ont identifié les membres des conseils d’administration ayant fréquenté la même école au même moment qu’un responsable politique impliqué dans l’attribution des décorations. "Il s’agit d’un indicateur de lien politique que les investisseurs pourraient raisonnablement déduire à partir des biographies publiques et des registres des anciens élèves", soutiennent les auteurs.
Qu’en ressort-il ? Lorsque cette proximité était déjà visible à travers les parcours scolaires, la remise de la Légion d’honneur n’a entraîné aucune réaction significative des marchés. En revanche, lorsque les investisseurs ne disposaient d’aucun indice public de lien avec le pouvoir politique, l’annonce a provoqué une hausse sensible du cours de l’action.
L’effet est également plus marqué lorsque la distinction est attribuée en début de mandat gouvernemental, période durant laquelle l’accès aux responsables politiques est susceptible de conserver de la valeur plus longtemps. À l’inverse, les décorations remises à l’approche de la fin d’une législature ne suscitent pratiquement aucune réaction des marchés. Sans surprise, les chercheurs montrent aussi que les entreprises les plus dépendantes des décisions publiques profitent davantage de cet effet boursier. Toutefois, les concurrents du même secteur ne bénéficient pas de retombées similaires.
« Nos résultats ne montrent pas que certaines distinctions aient été attribuées à tort ou que certains récipiendaires aient bénéficié d’un traitement de faveur », précisent les trois chercheurs. « La reconnaissance de l’État peut récompenser le service rendu, renforcer les normes civiques et saluer des contributions que les marchés valorisent insuffisamment », rappellent-ils.
Toutefois, « les pouvoirs publics pourraient s’interroger sur le point de savoir si les critères d’attribution, les garanties procédurales et les informations entourant les nominations préservent suffisamment cette finalité première », soulignent les trois économistes. « Des critères plus explicites, un examen indépendant des candidatures et une plus grande transparence quant au processus institutionnel de nomination pourraient limiter le risque que ces distinctions soient principalement interprétées comme des signaux de proximité politique », jugent-ils.
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