Macro-économie / Taux
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La BCE passe son tour / Septembre s'impose comme un rendez-vous décisif
Un coup pour rien. Conformément aux attentes des marchés, la Banque centrale européenne (BCE) a laissé inchangé son taux d’intérêt de la facilité de dépôt à 2,25 %. En juin, elle avait décidé de l’augmenter de 25 points de base. Toujours est-il que face au choc énergétique provoqué par le conflit au Moyen-Orient, l’institution présidée par Christine Lagarde estime que les risques inflationnistes restent orientés à la hausse et refuse toute trajectoire prédéterminée pour sa politique monétaire.
« Nous restons bien positionnés pour faire face à l’incertitude provoquée par le conflit », a déclaré Christine Lagarde, à l’occasion de sa conférence de presse, tout en rappelant que les décisions continueront d’être prises « réunion après réunion » et uniquement sur la base des données économiques. La présidente de la BCE a insisté sur le fait que l’impact inflationniste du renchérissement de l’énergie n’avait « pas encore pleinement produit ses effets », justifiant ainsi une vigilance accrue.
Si l’inflation globale a ralenti à 2,8 % en juin, contre 3,2 % en mai, cette amélioration masque des risques persistants. Sur un an, la hausse des prix de l’énergie, bien qu’en décélération, demeure élevée et continue d’alimenter l’accroissement des coûts des entreprises. La BCE souligne que ces tensions pourraient progressivement se diffuser aux prix des biens et des services ainsi qu’aux salaires. L’inflation sous-jacente est certes retombée à 2,4 %, mais Francfort estime que les effets indirects et de second tour du choc énergétique pourraient se concrétiser. « La hausse observée des prix de l’énergie depuis le début du conflit […] devrait maintenir l’inflation nettement au-dessus de la cible jusqu’au premier semestre 2027 », a expliqué Christine Lagarde.
Pour les experts des marchés, l’absence de hausse de taux décidée aujourd’hui, contrairement à ce qui avait été choisi en juin, ne remet nullement en cause la perspective d’un nouveau resserrement monétaire. « La pause de la BCE aujourd’hui peut être interprétée comme le fait de garder le pied suspendu au-dessus du frein », résume Olivier Dubs, gérant sénior chez J.P. Morgan Private Bank. Selon lui, la Banque centrale continue de privilégier une stratégie d’anticipation plutôt que de réaction, alors que les conditions permettant de maintenir les taux inchangés deviennent « de plus en plus difficiles à réunir » avec le retour des tensions sur l’énergie.
Même lecture chez Nicolas Rajner, CIO chez Banque Richelieu. Pour lui, « le ton du communiqué dépasse celui d’une simple pause ». Il estime que la BCE prépare clairement le terrain pour une dernière hausse de 25 points de base en septembre, qui porterait le taux de dépôt à 2,50 %.
Du côté de Deutsche Bank, Mark Wall, chef économiste Europe, considère également que la décision de juillet ne traduit « aucun doute » de la part de la BCE. Selon lui, cette réunion permet surtout d’actualiser les prévisions macroéconomiques avant une nouvelle hausse en septembre. Reste ensuite à déterminer si un taux de dépôt à 2,50 % sera suffisant pour contenir durablement les risques inflationnistes, une réponse qui dépendra autant de l’évolution de la croissance que de celle des prix.
Carsten Brzeski, chez ING, souligne pour sa part que le statu quo se justifie au regard des données actuelles : le ralentissement de l’inflation et l’absence de diffusion massive des hausses de l’énergie plaidaient pour la prudence. Mais il estime également que les nouvelles projections de septembre devraient mécaniquement conduire la BCE vers une nouvelle hausse des taux, sauf reflux marqué des prix du pétrole dans les prochaines semaines.
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