Macro-économie / Taux
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Finances publiques : Natacha Valla, Xavier Jaravel, Jean-Luc Tavernier et Xavier Ragot ont remis leur rapport à Bercy / Les enseignements pour les années à venir
Un statu quo qui coûterait très cher. C’est le principal message du rapport remis aux ministres David Amiel et Roland Lescure par Xavier Jaravel, président délégué du Conseil d’analyse économique (CAE), Xavier Ragot, président de l’Institut Français d'Economie (organisme issu de la fusion entre l’OFCE et le Cepii), Jean-Luc Tavernier, ancien patron de l’Insee et Natacha Valla, doyenne de l’École de management et d’innovation de Sciences Po, chargés d’évaluer l’avenir des finances publiques françaises à l’horizon 2030. Pour mémoire, cette mission vise à établir un diagnostic objectif de l’évolution probable des comptes publics et à éclairer les choix qui devront être faits à partir de 2027.
A politique inchangée, les finances publiques continueraient de se dégrader mécaniquement. Selon les projections présentées dans le rapport, le déficit public atteindrait 5,9 % du PIB en 2027, avant de se rapprocher de 7 % du PIB en 2030. Dans le même temps, la dette publique passerait de 118 points de PIB en 2026 à plus de 130 points quatre ans plus tard. « L’inaction en matière de finances publiques n’est pas la stabilité », commente-t-on à Bercy à propos du rapport.
L’un des enseignements majeurs du rapport concerne l’évolution dite « spontanée » des dépenses publiques, c’est-à-dire leur progression naturelle lorsque le cadre juridique reste inchangé. Plusieurs postes pèseraient fortement sur les comptes publics dans les prochaines années. La charge de la dette, qui devrait atteindre 78 milliards d’euros en 2026, augmenterait de près de 11 milliards dès 2027 et de 48 milliards à l’horizon 2030. Les dépenses de retraite progresseraient de 47 milliards d’euros entre 2026 et 2030, tandis que les dépenses de santé augmenteraient de 40 milliards sur la même période, notamment sous l’effet du vieillissement de la population et de la hausse du coût des traitements. Les dépenses de défense devraient également progresser, conformément à la loi de programmation militaire, avec une hausse estimée à 19 milliards d’euros entre 2026 et 2030.
Pour les économistes, cette dynamique montre que plusieurs dizaines de milliards d’euros de dépenses supplémentaires apparaissent chaque année sans qu’aucune nouvelle politique publique ne soit décidée. Un effort est donc nécessaire simplement pour éviter une aggravation supplémentaire du déficit.
Face à cette situation, la mission recommande de stabiliser le poids de la dette dans le PIB avant la fin du prochain quinquennat. Pour y parvenir, les experts estiment nécessaire de réaliser environ 126 milliards d’euros d’efforts sur les cinq prochaines années.
Le rapport souligne que cet ajustement devra mobiliser plusieurs leviers : la maîtrise des dépenses publiques en priorité, mais aussi une réflexion sur les recettes et des mesures destinées à renforcer le potentiel de croissance du pays. Les économistes justifient cette priorité donnée aux dépenses par la situation française : le niveau de prélèvements obligatoires est déjà parmi les plus élevés au monde, tandis que les marges d’action sur la dépense apparaissent plus importantes. La mission insiste également sur le calendrier. Les efforts engagés ces dernières années devront être poursuivis dès 2027, car tout report rendrait l’ajustement plus difficile.
Enfin, les économistes recommandent des réformes structurelles, notamment une remise en question de certains mécanismes d’indexation automatique qui contribuent à la progression des dépenses. Ils proposent également que les futurs rapports économiques, sociaux et financiers (document conçu par le Trésor au moment du PLF) présentent systématiquement une trajectoire « à politique inchangée ».
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