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Macro-économie / Taux

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Les banquiers centraux mettent en garde contre les nouveaux risques financiers / L'intelligence artificielle et les marchés sous surveillance

À Sintra, lors du Forum annuel de la Banque centrale européenne, les principaux responsables des grandes banques centrales ont affiché une convergence de vues : si les banques sont aujourd’hui beaucoup plus solides qu’avant la crise de 2008, les risques se déplacent.
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne et Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine - crédits : European Central Bank 2026
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne et Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine - crédits : European Central Bank 2026

Les gardiens de la stabilité financière voient émerger de nouvelles zones de turbulence. Les gouverneurs des principales Banques centrales occidentales ont livré un message de prudence mardi à Sintra, lors du forum annuel organisé par la Banque centrale européenne (BCE).

Réunis autour de Christine Lagarde, présidente de la BCE, pour une table ronde, Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, Tiff Macklem, gouverneur de la Banque du Canada et Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine (Fed), ont insisté sur la nécessité de surveiller de près les vulnérabilités qui émergeaient dans un environnement marquée par la révolution de l’intelligence artificielle et par une forte appétence pour le risque sur les marchés.

Premier à se livrer sur le sujet, Tiff Macklem a reconnu que l’essor de l’IA nourrissait un formidable potentiel de gains de productivité. Mais, a-t-il averti, l’histoire montre que chaque rupture technologique s’accompagne aussi d’excès financiers. « Nous avons déjà vu ce phénomène avec Internet », a-t-il rappelé. Sans prédire l’existence d’une bulle, le gouverneur canadien estime que les niveaux actuels de valorisation apparaissent « tendus » au regard des indicateurs historique, notamment les ratios de valorisation des actions.

Le responsable canadien a également attiré l’attention sur un autre point de fragilité : la montée en puissance des hedge funds sur les marchés de la dette souveraine. Si leur rôle facilite le financement des États, une part importante de leurs positions repose sur un levier financier élevé et sur des financements très courts via le marché des pensions livrées (repo). En cas de regain brutal de volatilité, ces positions pourraient être débouclées rapidement et amplifier les tensions sur les marchés.

Andrew Bailey a inscrit cette analyse dans une réflexion plus large sur les risques systémiques. Revenant sur les enseignements de la crise financière mondiale, le gouverneur de la Banque d’Angleterre a rappelé que les autorités cherchent avant tout à identifier les « risques extrêmes », ces événements rares mais susceptibles de déclencher une crise plus large. Selon lui, plusieurs segments méritent aujourd’hui une attention particulière : l’augmentation du levier dans les marchés d’actions, les fonds indiciels à effet de levier, ainsi que le développement rapide du crédit privé.

La Banque d’Angleterre mène d’ailleurs un nouvel exercice de simulation consacré précisément aux interactions entre ces marchés et le système financier afin d’évaluer dans quelles conditions un choc localisé pourrait devenir systémique.

Interrogé sur les signes d’exubérance qui rappelleraient les épisodes précédant la crise de 2008, Kevin Warsh s’est montré plus mesuré. Le nouveau patron de la Fed a rappelé que les banquiers centraux restaient profondément marqués par cette période. Selon lui, les défis actuels dépassent largement la seule politique monétaire et concernent également la régulation financière, la supervision et les infrastructures de paiement.

« C’est probablement la période la plus importante pour nos économies depuis la crise financière mondiale, voire de toute notre vie économique », a-t-il estimé, tout en soulignant que les États-Unis disposent d’un potentiel de croissance considérable si la Réserve fédérale parvenait à garantir durablement la stabilité des prix.

Christine Lagarde a, pour sa part, insisté sur le fait que le système bancaire est aujourd’hui beaucoup plus résilient qu’avant la crise de 2008 grâce aux profondes réformes engagées depuis quinze ans. Mais cette solidité ne doit pas conduire à relâcher la vigilance. « En 2007-2008, les risques étaient concentrés dans les banques. Aujourd’hui, ils se déplacent très rapidement », a-t-elle indiqué. La présidente de la BCE a souligné que l’innovation financière et la capacité des acteurs de marché à développer de nouvelles stratégies de prise de risque imposait aux autorités une surveillance permanente.

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