Macro-économie / Taux
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La Bourse porte la consommation américaine / Une vigueur qui pourrait se retourner contre elle
Les ménages américains ont défié les pronostics. Alors que l’économie américaine était confrontée en 2025 à une inflation persistante, à un regain de protectionnisme et à de fortes incertitudes liées à la politique économique de l’administration Trump, ils ont continué à consommer vigoureusement. La consommation a progressé de 2,1 % sur l’année, déjouant les prévisions les plus prudentes. Une performance qui intrigue les économistes tant cette dynamique apparaît en décalage avec un environnement macroéconomique peu favorable.
Un billet de blog de la Banque de France s’est penché sur les ressorts de cette résilience. Les facteurs traditionnels ont bien joué un rôle : la progression des revenus du travail, les transferts publics, un marché du travail robuste, un accès au crédit relativement stable et l’épargne accumulée durant la pandémie ont permis d’amortir les effets de l’inflation sur le pouvoir d’achat. Mais ces éléments ne suffisent pas à expliquer l’ampleur du phénomène.
L’étude met en lumière un autre moteur, souvent moins visible : l’envolée de la richesse financière des ménages. Rappelons qu’entre le début de 2023 et la fin de 2025, l’indice boursier S&P 500 a progressé d’environ 80 %. Cette hausse a considérablement accru la valeur du patrimoine détenu par les ménages américains, directement ou via leurs fonds de pension. Tant et si bien que cet enrichissement a eu plusieurs conséquences. D’une part, il a renforcé le sentiment de sécurité financière des ménages, les incitant à dépenser davantage. D’autre part, il a amélioré leur solvabilité et facilité l’accès au crédit tout en réduisant le besoin d’épargne de précaution.
Pour mesurer précisément ce phénomène, Sixtine Bigot et Aurélien Espic, auteurs de la note, ont construit un modèle reliant la consommation à plusieurs variables : revenus, transferts sociaux, crédit, chômage et valorisation des actifs financiers. Il en ressort qu’en 2025, la hausse de la richesse des ménages expliquerait à elle seule près de la moitié de la croissance de la consommation américaine.
Cette influence croissante de la richesse financière n’est pas nouvelle. Depuis les années 1990, son poids dans les comportements de consommation n’a cessé d’augmenter sous l’effet de la financiarisation des patrimoines. Les ménages américains détiennent aujourd’hui une part importante de leur richesse sous forme d’actions. En 2025, celles-ci représentaient près de 40 % de leur patrimoine brut, contre environ 15 % pour les ménages français.
Cette différence contribue à expliquer l’écart de dynamique observé entre les États-Unis et la zone euro. En Europe, et particulièrement en France, le patrimoine reste davantage concentré dans l’immobilier et les dépôts bancaires. Les variations des marchés financiers ont donc un impact plus limité sur les dépenses des ménages. La transmission de la politique monétaire y passe principalement par le crédit et le revenu disponible, alors qu’aux États-Unis, elle agit aussi rapidement via les valorisations boursières.
Mais ce soutien à la croissance a son revers. « Si ce mécanisme a soutenu l’activité à court terme, il constitue aussi une source de vulnérabilité », jugent Sixtine Bigot et Aurélien Espic. « Un retournement marqué des valorisations boursières pourrait rapidement peser sur la consommation, amplifiée par une contraction du crédit et une perte de confiance des ménages. Ainsi, la vigueur actuelle de la consommation américaine reflète une consommation de plus en plus corrélée aux cycles financiers, et qui n’est donc pas exempte de risques », soutiennent les deux économistes.
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